Les députés doivent voter lundi sur la motion du Premier ministre Boris Johnson pour déclencher un tel scrutin, qui se tiendrait le 12 décembre. Le leader conservateur espère d'ici là faire adopter par le Parlement les textes nécessaires à la mise en oeuvre de l'accord de Brexit qu'il a décroché il y a dix jours à Bruxelles. Car si les députés ont approuvé sur le principe l'accord de Brexit de Boris Johnson, ils ont rejeté le calendrier à marche forcée qu'il voulait leur imposer, et réduit à néant ses espoirs d'une sortie de l'UE au 31 octobre, qu'il a promise tant et tant de fois "quoi qu'il arrive".

Contraint et forcé, Boris Johnson, qui n'a plus de majorité parlementaire, a dû demander un report de la date du Brexit, plus de trois ans après le référendum où les Britanniques ont voté à 52% pour quitter l'Union européenne. Les 27 se sont accordés sur le principe d'un nouveau délai pour éviter un "no deal" aux conséquences redoutées.

Les ambassadeurs des 27 pays de l'UE se réuniront lundi matin pour discuter d'un projet de report à trois mois du Brexit, soit au 31 janvier 2020, mais avec la possibilité du divorce avec l'UE au 30 novembre et au 31 décembre en cas de ratification de l'accord de sortie avant ces échéances, a-t-on appris dimanche auprès de sources européennes.

Pour déclencher des législatives anticipées, Boris Johnson, aura besoin lundi d'une majorité des deux tiers, soit 434 votes. La partie est loin d'être gagnée, le principal parti d'opposition, le Labour, campant sur sa position de n'accepter un tel scrutin qu'une fois le risque d'une sortie sans accord écarté.

Ian Blackford © Reuters

Samedi soir, deux partis d'oppositions, opposés au Brexit se sont dits prêts à accepter des élections, avec un plan différent. Si le Brexit est repoussé jusqu'à fin janvier, le parti national écossais (SNP) et les Libéraux-démocrates, qui rassemblent 54 députés, veulent introduire mardi un amendement pour déclencher des élections le 9 décembre. Ils n'auraient besoin pour cela que d'une majorité simple.

- "Acrobatie" -

Le nationaliste écossais Ian Blackford et la dirigeante du Parti libéral-démocrate Jo Swinson ont exposé leur proposition dans une lettre commune adressée au président du Conseil européen, Donald Tusk. Proposition jugée "raisonnable" par l'eurodéputé Guy Verhofstadt, qui préside le groupe chargé du Brexit au Parlement européen.

Mais le calendrier qu'ils prévoient empêcherait Boris Johnson de faire adopter, avant la dissolution du Parlement, la loi sur son accord de Brexit. Un scénario politiquement défavorable au Premier ministre, dont le parti bénéficie d'une large avance dans les sondages.

Chez les conservateurs, la ministre de la Culture Nicky Morgan a qualifié la proposition d'"acrobatie". "Si le SNP et le LibDem veulent une élection, ils ont la possibilité de voter pour pas plus tard que demain", a-t-elle ajouté sur la chaîne Sky News.

Parmi les 27, la France est le pays le plus réticent à accorder des reports au Royaume-Uni.

Si les Britanniques "veulent faire des élections, il faut qu'on leur donne le temps de le faire", a déclaré dimanche la secrétaire d'Etat aux Affaires européennes Amélie de Montchalin.

"Il ne faut pas donner du temps basé sur de la politique fiction, mais sur des élections ou un deuxième référendum", a-t-elle souligné sur RFI/TV5MONDE/le Monde.

Samedi soir, Boris Johnson a accusé les députés de tenir la Grande-Bretagne "en otage", en refusant de soutenir la tenue d'élections ou son accord de Brexit.

"Des millions d'entreprises et de personnes ne peuvent pas planifier leur avenir, cette paralysie est en train de causer de réels dommages et le pays doit passer à autre chose en 2020", a déclaré Boris Johnson dans un communiqué.