Les discussions sont dans l'impasse à une semaine d'un sommet européen crucial pour éviter une sortie de l'UE sans accord aux conséquences douloureuses le 31 octobre, ou un troisième report prolongeant l'incertitude sur le chemin que prendra le Royaume-Uni après 46 ans dans le giron européen.

Organisée à la veille d'une visite à Bruxelles du ministre britannique du Brexit, la rencontre entre MM. Johnson et Varadkar "sera privée afin de permettre aux deux dirigeants et à leurs équipes d'avoir des discussions détaillées", a indiqué Downing Street.

Elle aura lieu "dans le nord-ouest de l'Angleterre", sans plus de précisions, et aucun accès n'est prévu pour les médias.

L'Irlande est une question clé, l'UE et le Royaume-Uni ne parvenant pas à s'accorder sur la manière d'éviter un retour à une frontière physique entre l'Irlande du Nord, une province britannique, et la République d'Irlande, qui restera membre de l'UE, et de préserver la paix sur l'île, qui a connu plusieurs décennies de violences.

"Nous travaillerons jusqu'au dernier moment pour obtenir un accord, mais certainement pas à n'importe quel prix.", a déclaré Leo Varadkar mercredi au Parlement irlandais.

Le calendrier est serré. L'UE a donné jusqu'à vendredi au gouvernement britannique pour lui présenter un compromis acceptable sur la frontière et arriver à une séparation à l'amiable plus de trois ans après la victoire du "Leave" au référendum de juin 2016.

Depuis le début de la semaine, les négociations ont lieu sur la base d'un projet présenté la semaine dernière par Boris Johnson et rejeté en l'état par les Européens. Mais aucun progrès majeur n'a été annoncé et Londres et Bruxelles ont appelé ces derniers jours à des concessions mutuelles.

"Traître"

L'eurodéputé libéral belge Guy Verhofstadt, référent sur le Brexit au Parlement européen, s'en est pris mercredi à Boris Johnson: "Tous ceux qui ne jouent pas son jeu sont qualifiés de traîtres, de collaborateurs ou de gens qui capitulent. A mon avis, le véritable traître est celui ou celle qui risque de provoquer une catastrophe pour son pays, son économie et ses citoyens, en poussant le Royaume-Uni hors de l'UE".

Sur un ton plus mesuré, le négociateur en chef de l'UE Michel Barnier a rappelé mercredi devant le Parlement européen que "le temps presse". "Au moment où je vous parle, nous ne sommes pas au point d'envisager et de trouver un accord", a-t-il constaté.

Le secrétaire d'Etat britannique chargé des entreprises, Kwasi Kwarteng s'est voulu optimiste jeudi, assurant qu'il y avait une "chance d'obtenir à un accord".

Leo Varadkar et Boris Johnson "sont extrêmement concentrés pour résoudre ce problème et d'essayer de parvenir à un accord", a déclaré M. Kwarteng.

Vendredi, le ministre britannique du Brexit Steve Barclay se rendra à Bruxelles pour rencontrer Michel Barnier. D'abord annoncée pour jeudi, la réunion a été repoussée à vendredi matin sous la forme d'un "petit déjeuner", a dit une source européenne à l'AFP.

Et dimanche, Emmanuel Macron recevra à dîner à l'Elysée la chancelière allemande Angela Merkel, à quelques jours du sommet clé des 17 et 18 octobre à Bruxelles, présenté comme celui de la dernière chance pour arriver à un accord.

Faute d'accord le 19 octobre, une loi impose en effet au Premier ministre de demander un report de trois mois, bien qu'il ait promis un Brexit "coûte que coûte" le 31 octobre.

Selon plusieurs médias britanniques, le gouvernement compte convoquer une session extraordinaire du Parlement pour le 19 octobre quelle que soit l'issue du sommet européen. Ce serait la première fois que les députés siégeraient un samedi depuis la guerre des Malouines en 1982.

Dans tous les cas, des élections anticipées semblent inévitables vu la profondeur de la crise politique dans laquelle le Brexit a plongé le Royaume-Uni, et tous les partis s'y préparent activement.