Brexit : le gouvernement britannique redouble d’efforts pour éviter un « no deal »

Le Vif

Encouragés par l’Union européenne, le gouvernement britannique et l’opposition travailliste redoublaient d’efforts jeudi pour trouver un compromis et éviter un Brexit sans accord, un sujet également abordé par la chancelière allemande Angela Merkel en visite à Dublin.

Un divorce sans accord (« no deal ») le 12 avril, après le report de cette échéance initialement prévue pour le 29 mars, reste l’option par défaut, les députés ayant rejeté à trois reprises le Traité de retrait de l’UE négocié par la Première ministre Theresa May avec Bruxelles.

Un tel scénario se traduirait par un rétablissement des contrôles douaniers, dont la simple perspective effraie les milieux économiques.

Pour éviter une sortie chaotique, près de trois ans après le référendum de juin 2016 par lequel a été décidée la sortie de l’UE, les députés ont damé le pion au gouvernement en votant mercredi de justesse une proposition de loi visant à obliger Theresa May à reporter le Brexit au-delà du du 12 avril si les parlementaires n’arrivent pas à se mettre d’accord sur ses modalités.

Le texte doit être examiné jeudi par la Chambre des Lords, la chambre haute du Parlement, et une demande de report devra être approuvée par les dirigeants de l’UE.

Colère des Brexiters

Empêcher un « no deal » : c’est aussi pour cette raison que Theresa May a entamé des pourparlers avec le chef de l’opposition travailliste, Jeremy Corbyn.

Un porte-parole de la Première ministre a souligné « l’urgence » de la situation.

L’initiative a été encouragée par le négociateur en chef de l’UE Michel Barnier, pour qui « le temps des décisions est venu ».

Le premier cycle de ces discussions, mercredi, a été jugé « constructif » par les deux camps, même si M. Corbyn a qualifié sa rencontre avec Mme May d' »utile mais pas concluante ».

Le quotidien conservateur The Times faisait toutefois de la rencontre un récit nettement moins engageant. « Nous n’avons rien entendu qui laisse penser que (Mme May) est prête à changer sa stratégie », a confié au quotidien une source proche de la direction travailliste.

« Nous ne nous attendons pas à ce que (ces discussions) aboutissent », a déclaré de son côté une source gouvernementale, citée par le Times.

La main tendue de Theresa May à l’opposition a provoqué la colère des défenseurs d’une rupture franche avec l’Union européenne, qui craignent que Londres n’opte pour une sortie plus douce, avec le maintien de liens étroits avec l’UE.

Mais la Première ministre n’a pas le choix, a souligné un ministre. « C’est très simple -il n’y a pas d’autre voie possible », a confié ce responsable sous couvert de l’anonymat au site internet Politico.

Trouver un compromis n’est cependant pas chose aisée, Theresa May et Jeremy Corbyn ayant jusqu’ici défendu des positions aux antipodes.

La dirigeante conservatrice défend une sortie du marché unique, pour mettre fin à la liberté de circulation des personnes, et de l’union douanière, pour que le Royaume-Uni suive sa propre politique commerciale.

M. Corbyn souhaite, quant à lui, une union douanière étroite et le maintien dans le marché unique. Il a dit avoir évoqué auprès de Mme May l’option d’une nouvelle consultation du peuple « pour empêcher une sortie sans accord ou avec un mauvais accord ».

Le responsable du Brexit au sein du Labour, Keir Starmer, a confirmé discuter de ce sujet avec le gouvernement. Mais l’idée d’un second référendum divise même ce parti. Dans une lettre à Jeremy Corbyn, vingt-cinq députés travaillistes ont mis en garde contre un nouveau référendum qui « nuirait à la confiance de nombreux électeurs du Parti travailliste et réduirait nos chances de gagner des élections législatives ».

Déterminée elle aussi à éviter un « no deal » contraire aux intérêts des pays de l’UE, la chancelière allemande Angela Merkel a rencontré jeudi à Dublin le Premier ministre irlandais Leo Varadkar pour discuter en particulier de l’épineux problème de la frontière entre l’Irlande, membre de l’UE, et la province britannique d’Irlande du Nord.

Aide psychologique

Britanniques et Européens cherchent à éviter le retour à une frontière physique afin de préserver les accords de paix de 1998 qui ont mis fin à trente ans de troubles entre partisans d’une union avec la Grande-Bretagne et républicains.

Mais en rejetant l’accord de retrait de Theresa May, les députés britanniques ont dit non au dispositif de dernier recours imaginé afin de garantir l’absence de frontière.

Pour aider les députés à faire face à la pression qui pèse sur leurs épaules, une ligne téléphonique ouverte 24 heures sur 24 heures a été mise à leur disposition s’ils ressentent le besoin d’une aide psychologique, selon le Daily Telegraph.

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