Le psychodrame touche à sa fin. Trois ans et demi après le vote britannique en faveur d'une sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne, l'incertitude sur la date du Brexit se dissipe. Les Britanniques ont confirmé clairement leur volonté de quitter le navire européen en offrant à Boris Johnson et à son parti conservateur une éclatante victoire aux législatives du 12 décembre. Les tories réalisent leur meilleur score depuis celui de Margaret Thatcher en 1987, alors que le Labour de Jeremy Corbyn s'effondre, y compris dans ses fiefs traditionnels du nord et du centre de l'Angleterre (Londres reste néanmoins en majorité travailliste). Avant même le triomphe électoral du Premier ministre, les remainers (proeuropéens), incapables de s'unir, avaient perdu tout espo...

Le psychodrame touche à sa fin. Trois ans et demi après le vote britannique en faveur d'une sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne, l'incertitude sur la date du Brexit se dissipe. Les Britanniques ont confirmé clairement leur volonté de quitter le navire européen en offrant à Boris Johnson et à son parti conservateur une éclatante victoire aux législatives du 12 décembre. Les tories réalisent leur meilleur score depuis celui de Margaret Thatcher en 1987, alors que le Labour de Jeremy Corbyn s'effondre, y compris dans ses fiefs traditionnels du nord et du centre de l'Angleterre (Londres reste néanmoins en majorité travailliste). Avant même le triomphe électoral du Premier ministre, les remainers (proeuropéens), incapables de s'unir, avaient perdu tout espoir d'obtenir un second référendum. Boris Johnson, lui, peut honorer son engagement de réaliser le Brexit le 31 janvier prochain. Initialement fixée au 29 mars, la date du divorce a été repoussée au 12 avril, puis au 31 octobre. Arrivé au 10 Downing Street en juillet en promettant la sortie " coûte que coûte " à cette dernière échéance, Boris Johnson a juré qu'il préférerait être " mort au fond d'un fossé " plutôt que demander un nouveau report. Toutefois, à trois jours de la date butoir, " BoJo " a dû manger son chapeau et solliciter un nouveau délai, faute d'avoir réussi à faire ratifier par une majorité de députés britanniques l'accord conclu le 17 octobre avec les Vingt-Sept. Arraché à l'issue de négociations laborieuses, ce compromis est censé permettre une sortie en douceur, assortie d'une période de transition courant en principe jusqu'au 31 décembre 2020. Le nouveau traité reprend l'essentiel de l'accord de retrait conclu en novembre 2018 entre l'ex-Première ministre Theresa May et ses homologues européens. Cet accord-là avait pourtant été retoqué trois fois par les députés britanniques, Boris Johnson en tête. A l'époque, il était encore un partisan convaincu d'un Brexit dur. Aujourd'hui, il défend le texte qu'il a négocié avec les Européens, ce qu'a regretté son " ami " Donald Trump. Sur le fond, le nouveau deal avec l'Union reprend les mesures qui règlent la situation des citoyens européens outre-Manche après la séparation et la contribution résiduelle de Londres au budget communautaire. En revanche, deux autres volets du dossier ficelé par Michel Barnier, le négociateur en chef de l'Union, ont été modifiés. Une formule a été trouvée pour maintenir ouverte la frontière entre la République d'Irlande et l'Irlande du Nord, afin de respecter l'accord de paix du Vendredi saint de 1998 qui a mis fin à la guerre civile. La province britannique quittera l'union douanière, mais restera soumise aux règles du marché intérieur communautaire. Outre ces arrangements douaniers complexes, une " déclaration politique " révisée esquisse la relation future entre le Royaume-Uni et l'Union. Si Londres veut négocier un accord de libre-échange avec l'UE, les Britanniques devront d'abord s'engager à aligner leur réglementation sur certains standards européens. Car certains redoutent la mise en place d'un " Singapour-sur-Tamise ", l'Etat ultralibéral et dérégulé dont rêvent les partisans d'un Brexit dur. Theresa May avait fait des promesses de concurrence équitable, mais son successeur les a jugées non contraignantes. Bétonner des règles du jeu afin de préserver le modèle européen sera donc au coeur des prochaines négociations entre les deux partenaires. Ceux qui espéraient être débarrassés du boulet du Brexit une fois bouclée la première et éprouvante première phase du divorce vont déchanter. Les vrais défis sont à venir. Angela Merkel en est bien consciente : la chancelière allemande se demande s'il sera possible de maintenir des liens étroits avec une Grande-Bretagne appelée à devenir un concurrent économique direct de l'Union européenne.