Après la semaine la plus chaotique du mandat de Donald Trump, accusé d'avoir partagé des informations secrètes avec les Russes, le moment semble mûr pour s'entretenir avec son opposant le plus passionné et le plus éloquent. Bernie, "The Bern", Sanders a refusé de faire financer sa campagne électorale par les superriches et les groupes industriels - ce qui lui a permis de failli devenir le candidat présidentiel pour les démocrates.

Interrogé sur Donald Trump qui est accusé d'avoir entravé une enquête du FBI, Bernie Sanders déplore amèrement cette situation. "C'est un triste jour pour les États-Unis. Les gens souhaitent parler de choses qui les intéressent vraiment, comme du fait que 28 millions d'Américains ne possèdent pas d'assurance maladie. Ils veulent parler de sécurité sociale, du déclin de la classe moyenne. Et on doit s'occuper des caprices du président. Nous venons d'apprendre qu'il a transmis des informations militaires top secrètes aux Russes, donc aux partisans du meurtrier de masse Assad. Et juste après, on a appris l'information suivante : le directeur du FBI Comey prétend que Trump lui a demandé de cesser l'enquête contre Michael Flynn. Si c'est vrai, Trump s'est rendu coupable d'un crime : obstruction à la justice".

Sanders ne cache pas son inquiétude face au comportement irresponsable de Trump, mais déclare "qu'il fera tout ce qui est en son pouvoir pour contrer les actions dangereuses de Trump". "Son comportement, ses mensonges, ses attaques contre les médias, contre la justice - tout est exaspérant. Et puis il y a son agenda intérieur, avec ses avantages fiscaux extrêmes pour les superriches, alors qu'il y a des familles pauvres qui ont besoin de cet argent. Il est de notre devoir d'unir les Américains contre cet homme".

Pour Bernie Sanders, l'espoir n'est pas perdu : "Je suis très content qu'il y ait une opposition citoyenne incroyablement forte contre Trump. Nous avons eu la Women's March, une énorme action de protestation peu après son investiture. Il y a eu des manifestations fantastiques contre la politique environnementale des républicains, contre la politique de santé impitoyable. Il y a de la résistance partout, et je pense qu'elle augmentera encore".

Le parti républicain est d'extrême droite

Inquiet de l'évolution du Parti républicain, Bernie Sanders n'hésite pas à le qualifier d'extrême droite. "En tant qu'Européen, vous savez très bien que Dwight D. Eisenhower, l'homme qui a ordonné le débarquement en Normandie et qui est devenu président, était un républicain modéré. Mais après Eisenhower, les républicains ont très fort bougé vers la droite du spectre politique. Au fond, ils sont devenus d'extrême droite. (...) Ils veulent sécuriser le pouvoir en se retournant contre les immigrants, les réfugiés et les minorités. Ils veulent diviser la société", confie-t-il au Zeit.

Évolution vers une oligarchie

L'ancien candidat démocrate estime que les États-Unis et le monde sont en train d'évoluer vers une oligarchie. "Aujourd'hui, on assiste à une inégalité grotesque de revenus et de prospérité en Amérique et dans le monde. Si je ne me trompe pas, les huit milliardaires les plus riches possèdent plus que la moitié la plus pauvre de la population mondiale. Le pour cent le plus riche possède plus que les 99% restants. Et en Amérique cette dynamique d'inégalité gagne le système politique. À coup de dons, les milliardaires achètent des services à leurs sénateurs et à leurs gouverneurs. Ils financent des campagnes électorales. Ils paient des sommes inimaginables aux politiques. Je vois de plus en plus évoluer ce pays vers une oligarchie, et pas seulement ce pays. On assiste à ce phénomène dans le monde entier. The big money domine la vie économique et politique".