"Donald Trump is back". L'ancien président a participé, le samedi 26 juin, à Wellington, dans l'Ohio, à un premier meeting en vue des élections législatives de mi-mandat de... novembre 2022. Tout un symbole: il est venu apporter son soutien à Max Miller, ancien assistant à la Maison-Blanche, contre le député républicain sortant Anthony Gonzalez, un des dix qui ont voté pour la mise en accusation du milliardaire après l'assaut sur le Capitole le 6 janvier dernier. L'heure de la revanche a sonné pour Trump qui, à propos du scrutin du 3 novembre 2020, a persisté à parler d'une "élection volée".
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"Donald Trump is back". L'ancien président a participé, le samedi 26 juin, à Wellington, dans l'Ohio, à un premier meeting en vue des élections législatives de mi-mandat de... novembre 2022. Tout un symbole: il est venu apporter son soutien à Max Miller, ancien assistant à la Maison-Blanche, contre le député républicain sortant Anthony Gonzalez, un des dix qui ont voté pour la mise en accusation du milliardaire après l'assaut sur le Capitole le 6 janvier dernier. L'heure de la revanche a sonné pour Trump qui, à propos du scrutin du 3 novembre 2020, a persisté à parler d'une "élection volée". Ce refus d'admettre le consensus institutionnel ne se limite pas aux Etats-Unis aux individus les moins informés ou les moins "éduqués". David Brat en constitue un bon exemple. Recteur de l'école de commerce de l'université conservatrice Liberty après avoir été député fédéral républicain au cours de trois mandats, cet homme de 56 ans ne pense pas que la place occupée aujourd'hui par Joe Biden soit le fruit d'une élection organisée "à la régulière". Riche de près de cinquante mille étudiants représentatifs de la diversité ethnique des Etats-Unis, Liberty University est une institution chrétienne baptiste, dite "évangélique". Inventeur du concept de "majorité morale", le pasteur Jerry Falwell, qui l'avait fondée en 1971, a hissé son université au rang des plus importantes institutions d'enseignement supérieur américaines "conservatrices". En 2016, c'est vers Donald Trump que s'est porté la préférence des cadres de l'institution, l'ancien homme d'affaires ayant été jugé le plus à même de favoriser politiquement les valeurs cardinales du mouvement. Outre la promotion de valeurs religieuses et morales strictes, les institutions d'enseignement conservatrices prônent l'autonomie fiscale - posture typiquement républicaine - ainsi que les vertus dites "civiques": participation active à la vie publique, intégrité et rigueur irréprochables dans l'action politique. Ces établissements se posent en outre généralement en opposition à un courant de pensée chrétienne plus "progressiste", davantage attaché à l'égalité sociale et à la protection des minorités. Comme l'explique Marc Maesschalck, professeur de religion comparée à l'UCLouvain, les chrétiens évangéliques américains "sont en général liés à un républicanisme conservateur au regard du rôle de l'Etat et tiennent à un lien ténu entre religiosité et pouvoir politique. Les Etats-Unis sont une république laïque mais au sein de laquelle la liberté d'expression et le multiculturalisme, y compris religieux, constituent un des fondements de l'espace social. Cela permet à des institutions de ce type de faire valoir leurs revendications." Comme le souligne David Brat, le moteur identitaire des conservateurs religieux se base sur une lutte contre un athéisme jugé "rampant" au sein des institutions réputées "élitistes" du pays. C'est de cet "étiolement des valeurs" dont souffre, selon lui, la société américaine. "En ce qui concerne le système universitaire américain, précise l'ancien député, il ne s'agit plus tant désormais d'une opposition entre conservateurs et libéraux ou d'un combat idéologique entre républicains et démocrates mais davantage d'une fracture entre, d'un côté, l'ordre établi "intellectuel" globaliste et élitiste contre une Amérique populaire et traditionnelle, notamment au sens religieux du terme." Pour David Brat, la montée en puissance d'un discours élitiste athée dit "bien-pensant" a constitué une nouvelle omerta politique dont a grandement souffert le débat institutionnel américain. "Les grandes universités athées jouissent d'un monopole total en matière de pensée publique, et si vous vous aventurez hors du politiquement correct, vous êtes directement puni", avertit-il. Comme le souligne George Marsden, professeur émérite d'histoire à l'université catholique de Notre-Dame, à South Bend dans l'Indiana, et auteur du livre L'Ame des universités américaines. Des racines protestantes à un athéisme avéré (Oxford University Press, 1994, non traduit en français), le paysage universitaire américain est composé de quatre grands types d'établissements. Les deux premiers, qui constituent une petite minorité, sont représentés par les universités dites "conservatrices". D'un côté, celles qui sont, comme Liberty University, clairement prosélytes, et de l'autre, celles moins intéressées par la religion, à l'exemple de Hillsdale, établissement privé situé dans le Michigan qui se veut le porte-voix du conservatisme politique non confessionnel. A Hillsdale, c'est avant tout une vision de l'Amérique qui est défendue, celle d'une infaillibilité du projet des pères fondateurs de la nation, qui débouche sur une vision dite "littérale" de la Constitution et de ses amendements. Longtemps en germe après les grands changements sociétaux des années 1960, une césure s'est manifestée vingt ans plus tard entre les deux camps politiques quant à l'interprétation des documents fondateurs: la vision littérale, propre à Hillsdale et au Parti républicain, et une vision plus organique, propre au Parti démocrate, tendant à voir dans ces écrits des" documents vivants" dont les principes évoluent avec le temps. Les deux autres catégories d'institutions universitaires sont davantage orientées politiquement vers le Parti démocrate. Il s'agit premièrement des institutions affiliées religieusement mais dites "progressistes" comme celle de Notre-Dame dans l'Indiana, et des universités qui, bien qu'originellement pour la plupart affiliées religieusement, ont choisi la voie du scepticisme scientifique sur les questions confessionnelles. On pense à des établissements comme Harvard, Yale ou encore Columbia, tous situés sur la côte Est. Selon George Marsden, "les universités religieuses dites "conservatrices" proches des credo républicains ne tolèrent guère la diversité des points de vue en termes religieux. Leurs étudiants sont exclusivement évangéliques. Tandis que les universités religieuses plus centristes acceptent beaucoup plus la diversité, certains de leurs étudiants étant agnostiques."En 1991, au grand dam des conservateurs religieux, des élèves de l'université de Virginie, établissement non confessionnel, se sont vu refuser l'octroi, par leur établissement, de fonds pour la création d'un journal de campus d'orientation catholique. La décision de leur institution, confirmée plus tard par un jugement de la Cour suprême, a remis en exergue la question de la séparation des sphères publique et confessionnelle dans un pays pourtant profondément croyant. Ce cas d'école a attiré l'attention sur le statut particulier du religieux au sein des institutions d'enseignement universitaire américain. Pour l'historien George Marsden, lui-même de confession catholique, "on pourrait partir du principe que la tolérance revendiquée par certains inclut la tolérance des points de vue religieux, en ce compris les perspectives religieuses au sein des institutions académiques. Le pluralisme, pourrait-on également supposer, devrait encourager le débat au sein des universités pour inclure toutes les sensibilités culturelles. Puisque la religion fait partie intégrante de la plupart des cultures, on pourrait être en droit d'attendre qu'un engagement vers la diversité intègre aussi le religieux."Thomas Berns, professeur de philosophie politique à l'ULB, ne suit pas cette voie. Il rappelle que "le pluralisme consiste en une conception politique qui reconnaît qu'il existe une multiplicité de conceptions de la vie "bonne" et que ce n'est pas le rôle de l'Etat de défendre ou de promouvoir une de ces vérités. C'est une façon pour les institutions de se positionner." "Au départ, rappelle-t-il, les conflits religieux ont, dans le contexte européen, poussé les intellectuels à chercher à définir une théorie juridique indépendamment de toute hypothèse proprement théologique. On commence alors à réfléchir le politique à partir de la multiplicité des aspirations individuelles. La distanciation des pouvoirs publics à l'égard du religieux s'est donc faite progressivement sur ces bases." Trois siècles plus tard, et alors même que les Etats-Unis trouvent leur origine dans un désir de chrétiens puritains de pouvoir pratiquer la religion en toute liberté, c'est bien cette situation de distanciation grandissante entre temporel et spirituel qui est combattue par certains établissements conservateurs religieux, comme Liberty University. Si les institutions dites "libérales", au sens américain du terme, c'est-à-dire de gauche, en majorité agnostiques voire athées, sont aujourd'hui largement majoritaires aux Etats-Unis, il subsiste malgré tout toujours de petites poches de professeurs dits "conservateurs" au sein de ces institutions. Mais ils sont largement minoritaires. Pour Philip Lewis, professeur de français à la prestigieuse université Cornell dans l'Etat de New York, les universités sans affiliation religieuse, dont la sienne fait partie, ne sont que le symptôme d'une perte progressive de l'influence du religieux sur la société américaine dite "éduquée". "Au XIXe siècle, la majorité des universités américaines étaient religieuses, mais cette affiliation s'est réduite drastiquement au début du siècle suivant. Progressivement, elles sont devenues "libérales", largement en raison d'une prise de distance progressive des sciences sociales et des lettres envers la religion. Si, de nos jours, on trouve bien quelques conservateurs dans les institutions universitaires non religieuses, cela dépend très fort des facultés. Dans certaines d'entre elles, cependant, on n'en trouve presque plus, comme dans les facultés d'histoire ou de science politique." Sorte de retour de bâton, c'est bien cette disparition progressive du conservatisme au sein d'institutions anciennement confessionnelles qui est à la base de la création d'universités religieuses comme celle de Liberty University. Il n'est donc nullement surprenant, finalement, que ces institutions se déclarent favorables à Donald Trump, même si certains de leurs dirigeants doutent de la moralité intrinsèque du personnage. Pour eux, c'est presque une question de survie identitaire. Comme le soutient le professeur Maesschalck de l'UCLouvain, "le trumpisme a marqué le renouveau d'un évangélisme politique unique par son ampleur qui vise à contrer une laïcisation jugée excessive des pouvoirs publics". "En tant qu'institution universitaire, rappelle David Brat, de Liberty University, nous sommes alignés sur les positions religieuses et politiques telles que symbolisées par Jérusalem et Athènes, en l'occurrence la raison grecque mariée à la mystique judéo-chrétienne. Lorsque Harvard a été fondée par les protestants en 1640, sa devise était "La Vérité pour le Christ et l'Eglise". Aujourd'hui, ils ne croient ni en la Vérité, ni en le Christ, ni en l'Eglise."