Quel est votre regard sur 2016 ? Une année que beaucoup considère déjà comme historique. Certains vont même jusqu'à dire que c'est le 1933 de notre génération...
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Quel est votre regard sur 2016 ? Une année que beaucoup considère déjà comme historique. Certains vont même jusqu'à dire que c'est le 1933 de notre génération...Pour moi 2016 est l'année qui a vu mourir le rêve de Fukuyama (auteur du The End of History and the Last Man, ndrl). On s'est gaussé de son idée de la fin des temps et l'émergence d'un consensus autour de valeurs centrales, mais pourtant ce que ces personnes ont annoncé s'est vu avérer dans les faits. Qui a apporté un modèle alternatif lors de la dernière décennie ? Personne. Tout ce qui relevait d'une politique progressiste ne s'est développé qu'à la marge. Un peu plus de soins de santé, des impôts plus élevés, les droits holebis et c'est tout. Le capitalisme libéral au niveau mondial est accepté de manière implicite par nos politiques. Aujourd'hui il, n'est plus question de ce passage de témoin perpétuel entre une gauche modérée et une droite tout aussi modérée qui partage dans les grosses lignes un même programme. Les classes dirigeantes, l'établishment ne peut plus gouverner. Ce qui, en tant que progressiste, devrait me réjouir, mais en réalité il n'en est rien. Je ne sais que trop à quel point ce genre de situation peut être dangereuse. La victoire de Donald Trump n'a donc pas dû être une surprise ?Le contre mouvement de droite, le sexisme, le racisme semblait être la seule alternative. Il est crucial que la politique de gauche et les citoyens réagissent de façon adéquate. Avant tout il est important de ne pas démoniser Trump. L'homme est dangereux, mais je conseille à mes amis qui trouvent que les États-Unis sont déjà un état fasciste de passer une semaine dans la période de l'Allemagne nazie. Le président nouvellement élu fait déjà des compromis. Le fascisme n'a pas la moindre chance dans un pays comme les États-Unis. En outre, on ne doit pas lui tourner le dos. Il n'est que le symptôme. Si nous continuons à ignorer l'impact économique de notre monde néolibéral sur une partie de la population - pas seulement aux États-Unis - nous ouvrons à Trump , et à ses successeurs, un véritable boulevard. Son succès n'est que le résultat absurde de la politique incarnée par Hillary Clinton. Que peuvent faire les politiques d'aujourd'hui ? Nous devons nous débarrasser de la gauche politiquement correcte qui soutient le système néolibéral. Même les libéraux perçoivent qu'on ne peut plus continuer comme ça. On ne peut donner toute latitude aux acteurs de la droite pour que ces derniers soient les seuls à canaliser et utiliser cette rage sociale qui gronde. L'état nation n'est pas une solution. Nous avons besoin plus que jamais d'hommes politiques à la fois populistes et progressifs. De politiciens qui arriveront à canaliser la libre circulation du capital et capables de s'attaquer à des problèmes plus globaux. Si cela n'est pas possible, alors nous sommes perdus. De nombreux conservateurs trouvent aussi que l'on doit remettre en question notre système, ne fût-ce que pour des questions écologiques. Nous avons urgemment besoin de restructurer de façon radicale notre société.Mais que se passe-t-il quand ce genre de politiques gagnent des élections ? Par exemple qu'a réussi à sauver un parti comme SYRIZA en Grèce ? Pas grand-chose, je vous l'accorde. Mais la Grèce était un trop petit pays pour survivre seul et l'a vite compris. Mais peut-être qu'un pays plus grand y parviendra-t-il. N'est-il pas trop tard pour inverser la tendance ? Je suis un pessimiste à l'esprit ouvert. Peut-être qu'il est trop tard. Mais il me reste l'espoir de faire comprendre aux gens l'état désespéré de la situation et de les secouer pour qu'ils se réveillent enfin. Pourquoi pensez- vous que les personnes doivent être secouées, après tout il s'agit d'élections démocratiques... Regardez Bernie Sanders. Il est la preuve vivante que la colère sociale peut être calmée par quelqu'un issu de la gauche de l'échiquier politique. Que pensez-vous des accords commerciaux comme le TTIP? Le citoyen lambda découvre subitement qu'on nous impose des mesures qui limitent sérieusement le pouvoir des gouvernements élus démocratiquement. Des questions économiques ne sont plus débattues politiquement, c'est ça la réalité de notre monde aujourd'hui. Elles sont passées en revues par des comités composés d'experts alors que la population se focalise sur des sujets comme l'avortement ou les droits holebi. Il s'agit là de sujets importants, mais ceux-ci prennent de l'ampleur parce qu'on ne se penche pas davantage sur les débats économiques. Cela s'approche tout de même à de la théorie du complot Je flirte souvent avec la paranoïa (Rire). Bien sûr il ne s'agit pas ici d'une politique consciente. Mais c'est dingue comme des politiques s'entendent sur ses sujets sans proposer aucun changement d'un point de vue économique. Vit-on dans des temps dangereux ? Une période extrêmement dangereuse même. L'ordre mondial est en train de tomber en ruine au niveau international. Durant la guerre froide, il existait au moins des règles tacites. Elles sont inexistantes aujourd'hui. Les États-Unis ne sont plus les gendarmes du monde, mais personne n'a encore pris leur place et les nouvelles règles n'ont pas encore été établies. Je vois des catastrophes qui s'annoncent au moment même où notre démocratie a atteint ses limites et que le système néolibéral n'est pas encore au point pour intégrer tous les évènements qui secouent le monde. Vous connaissez The Hunger Games? C'est ce qui nous attend si on ne se bouge pas maintenant.