"Cela m'a fait mal que mes évêques se soient comportés comme des putschistes, (...) ils se sont disqualifiés comme médiateurs, comme témoins (dans le dialogue), parce que leur message était le coup d'Etat", a déclaré, jeudi après-midi à Managua, le chef de l'Etat de 72 ans devant des milliers de partisans agitant des drapeaux rouge et noir du Front sandiniste de libération nationale (FSLN, gauche).

La Conférence épiscopale du Nicaragua (CEN), présidée par le cardinal Leopoldo Brenes, fait office de médiatrice dans la crise politique qui, depuis le 18 avril, a fait plus de 280 morts et quelque 2.000 blessées. Elle a proposé l'organisation d'élections générales anticipées en 2019 au lieu de 2021, date de la fin du mandat de M. Ortega. Ce dernier a rejeté ces propositions.

"Ortega a disqualifié les évêques pour créer son propre dialogue, un qu'il puisse contrôler, dont il puisse influencer la stratégie et ceux qui y participent", a déclaré à l'AFP Azahalea Solis, une des représentantes de l'opposition qui participe aux négociations.

Le président "ne souhaite plus aborder le thème de la démocratisation", fait valoir le politologue José Antonio Peraza.

L'opposition, elle, veut croire que les pourparlers, dont la dernière session plénière remonte au 15 juin, vont se poursuivre. D'autant que le dialogue est "soutenu par la communauté internationale", rappelle le sociologue Oscar René Vargas.

Côté gouvernement, on estime que l'opération contre la ville de Masaya, bastion de l'opposition, représente un tournant dans la crise.

"La bonne nouvelle en provenance du Nicaragua est que le coup d'État a échoué, c'est-à-dire que la tentative de coup d'Etat au Nicaragua est déjà vaincue", a ainsi affirmé mardi à Bruxelles Paul Oquist, le ministre nicaraguayen chargé des politiques nationales, dans un entretien à l'AFP.

- "Délinquants" -

Le gouvernement qualifie les manifestants de "putschistes" et de "délinquants".

Le Secrétaire général de l'Organisation des états américains (OEA), Luis Almagro, s'est prononcé en faveur d'un dialogue "facilité" par la CEN en tant qu'"instance chargée de résoudre les aspects politiques et électoraux de la crise" au Nicaragua.

Mais l'ex-guérillero de 72 ans, en signe de défi, a souligné que "nos décisions ne se prenaient pas à Washington".

Pourtant, le dialogue reste la meilleure option "de sortir par le haut" pour Daniel Ortega, "vu les difficultés qu'il rencontre", veut croire José Antonio Peraza, en référence à la situation économique de ce petit pays d'Amérique centrale fragilisée par la crise, avec des fermetures de commerces et une défection des touristes.

La Banque centrale a revu en forte baisse sa prévision de croissance pour 2018, de 4,9 à 1%.

"Le problème est que la crise économique se renforce et il ne va pas pouvoir gouverner ainsi. C'est impossible qu'Ortega arrive en 2021", prévient Oscar René Vargas.

Selon la Fondation nicaraguayenne pour le développement économique et social (Funides), les secteurs les plus touchés cette année seront le commerce, avec une perte évaluée à 673 millions de dollars, suivi du tourisme avec 159 millions.

Vendredi, l'opposition a annoncé de nouvelles actions. Elle a appelé à manifester samedi à Managua en solidarité avec la ville de Masaya et lundi pour demander la libération des manifestants arrêtés.

"La lutte du peuple nicaraguayen va se poursuivre avec une insurrection civile contre la dictature d'Ortega", promet Azahalea Solis, membre de l'Alliance civique pour la justice et la démocratie, qui regroupe étudiants, entrepreneurs, paysans et membres de la société civile.

Les revers de l'opposition ces derniers jours "font partie des hauts et des bas d'un processus politique", mais la demande principale du pays, qui est le départ d'Ortega, demeure, juge Oscar René Vargas.

Le Nicaragua, pays parmi les plus pauvres d'Amérique centrale

Le Nicaragua, en proie depuis le 18 avril à une contestation antigouvernementale durement réprimée qui a fait plus de 280 morts, est un pays pauvre d'Amérique centrale dirigé depuis 2006 par l'ex-guérillero sandiniste Daniel Ortega.

- Dictature, révolution et guerre civile -

Indépendant de la couronne d'Espagne en 1821, le Nicaragua devient souverain en 1838.

De 1921 à 1933, il est occupé par les Etats-Unis. La résistance est dirigée par Augusto Sandino, assassiné en 1934.

De 1936 à 1979, le pays vit sous la dictature de la dynastie des Somoza, dont le dernier représentant, Anastasio, est renversé en 1979 par la révolution sandiniste, dirigée par les frères Ortega: Daniel, proclamé président fin 1984, et Humberto, chef des Armées.

La contre-révolution armée démarre fin 1981, soutenue par les Etats-Unis, inquiets de l'alignement de Managua sur Cuba et l'Union soviétique, et qui financent le mouvement des "contras" (contrarevolucionarios).

L'effondrement de l'économie et la guerre civile qui met le pays à feu et à sang, décimant la jeunesse, aboutissent en 1990 à la déroute électorale des Sandinistes. En février, Violeta Chamorro, candidate de l'union nationale d'opposition (UNO), est élue présidente. En avril, un cessez-le-feu met fin à une guerre civile qui a fait quelque 50.000 morts.

- Tandem -

Revenu au pouvoir en 2006, Daniel Ortega est réélu en 2011, face à une opposition divisée. En 2014, la Constitution est modifiée pour autoriser la réélection sans limitation de mandats du président.

Ortega est réélu en 2016 en tandem avec sa femme Rosario Murillo qui devient vice-présidente, après un scrutin boycotté par l'opposition.

A partir du 18 avril 2018 des manifestations dénoncent d'abord un projet de réforme des retraites, depuis abandonné, puis une confiscation du pouvoir par le président. Ils réclament le départ du couple présidentiel qu'ils accusent d'avoir instauré une "dictature" marquée par la corruption et le népotisme. La communauté internationale dénonce la violente répression de la contestation.

- Pays pauvre -

La crise politique qui secoue le pays depuis quatre mois pèse sur l'économie, avec des fermetures de commerces et une défection des touristes.

La Banque centrale a revu en forte baisse sa prévision de croissance pour 2018, de 4,9 à 1%.

Le Nicaragua avait affiché ces dernières années une croissance dynamique, estimée par le FMI à 4% en 2017 . Mais il reste l'un des pays les plus pauvres de la région avec un quart de ses 6 millions d'habitants sous le seuil de pauvreté (Banque mondiale 2016). Près de 10% du PIB provient de l'argent envoyé au pays par les émigrés.

Parmi ses principales exportations figurent le café et la viande.

Le pays est confronté à la diminution de l'aide apportée depuis des années par le Venezuela, plongé dans une grave crise. Les exportations du Nicaragua vers le Venezuela ont été stoppées en octobre 2017 en raison des sanctions américaines contre Caracas.

En termes de corruption, le Nicaragua était classé 151ème sur 180 par Transparency international en 2017.

- Projet pharaonique contesté -

En projet depuis le début du XXe siècle, l'idée d'un canal reliant les océans Atlantique et Pacifique, rivalisant avec le canal de Panama, a été relancée, suscitant controverses et manifestations.

En 2013, le Nicaragua a accordé en toute opacité une concession à un groupe hongkongais pour construire et exploiter le futur canal. L'ouvrage, dont le budget est estimé à quelque 50 milliards de dollars, est censé mesurer 270 kilomètres de long.

Le chantier a été inauguré en décembre 2014, mais l'entreprise a annoncé un an plus tard que les travaux d'excavation et de construction des écluses ne commenceraient que fin 2016. Le promoteur du projet a perdu un an plus tard une grande partie de sa fortune.

Le projet, à l'avenir incertain, reste une épée de Damoclès pour les communautés rurales et indigènes susceptibles d'être expropriées sans être consultées.

"Cela m'a fait mal que mes évêques se soient comportés comme des putschistes, (...) ils se sont disqualifiés comme médiateurs, comme témoins (dans le dialogue), parce que leur message était le coup d'Etat", a déclaré, jeudi après-midi à Managua, le chef de l'Etat de 72 ans devant des milliers de partisans agitant des drapeaux rouge et noir du Front sandiniste de libération nationale (FSLN, gauche). La Conférence épiscopale du Nicaragua (CEN), présidée par le cardinal Leopoldo Brenes, fait office de médiatrice dans la crise politique qui, depuis le 18 avril, a fait plus de 280 morts et quelque 2.000 blessées. Elle a proposé l'organisation d'élections générales anticipées en 2019 au lieu de 2021, date de la fin du mandat de M. Ortega. Ce dernier a rejeté ces propositions."Ortega a disqualifié les évêques pour créer son propre dialogue, un qu'il puisse contrôler, dont il puisse influencer la stratégie et ceux qui y participent", a déclaré à l'AFP Azahalea Solis, une des représentantes de l'opposition qui participe aux négociations.Le président "ne souhaite plus aborder le thème de la démocratisation", fait valoir le politologue José Antonio Peraza.L'opposition, elle, veut croire que les pourparlers, dont la dernière session plénière remonte au 15 juin, vont se poursuivre. D'autant que le dialogue est "soutenu par la communauté internationale", rappelle le sociologue Oscar René Vargas.Côté gouvernement, on estime que l'opération contre la ville de Masaya, bastion de l'opposition, représente un tournant dans la crise. "La bonne nouvelle en provenance du Nicaragua est que le coup d'État a échoué, c'est-à-dire que la tentative de coup d'Etat au Nicaragua est déjà vaincue", a ainsi affirmé mardi à Bruxelles Paul Oquist, le ministre nicaraguayen chargé des politiques nationales, dans un entretien à l'AFP. Le gouvernement qualifie les manifestants de "putschistes" et de "délinquants".Le Secrétaire général de l'Organisation des états américains (OEA), Luis Almagro, s'est prononcé en faveur d'un dialogue "facilité" par la CEN en tant qu'"instance chargée de résoudre les aspects politiques et électoraux de la crise" au Nicaragua.Mais l'ex-guérillero de 72 ans, en signe de défi, a souligné que "nos décisions ne se prenaient pas à Washington". Pourtant, le dialogue reste la meilleure option "de sortir par le haut" pour Daniel Ortega, "vu les difficultés qu'il rencontre", veut croire José Antonio Peraza, en référence à la situation économique de ce petit pays d'Amérique centrale fragilisée par la crise, avec des fermetures de commerces et une défection des touristes. La Banque centrale a revu en forte baisse sa prévision de croissance pour 2018, de 4,9 à 1%."Le problème est que la crise économique se renforce et il ne va pas pouvoir gouverner ainsi. C'est impossible qu'Ortega arrive en 2021", prévient Oscar René Vargas.Selon la Fondation nicaraguayenne pour le développement économique et social (Funides), les secteurs les plus touchés cette année seront le commerce, avec une perte évaluée à 673 millions de dollars, suivi du tourisme avec 159 millions.Vendredi, l'opposition a annoncé de nouvelles actions. Elle a appelé à manifester samedi à Managua en solidarité avec la ville de Masaya et lundi pour demander la libération des manifestants arrêtés. "La lutte du peuple nicaraguayen va se poursuivre avec une insurrection civile contre la dictature d'Ortega", promet Azahalea Solis, membre de l'Alliance civique pour la justice et la démocratie, qui regroupe étudiants, entrepreneurs, paysans et membres de la société civile.Les revers de l'opposition ces derniers jours "font partie des hauts et des bas d'un processus politique", mais la demande principale du pays, qui est le départ d'Ortega, demeure, juge Oscar René Vargas.