La majorité des victimes (41) ont été tuées dans l'une des deux mosquées, ont précisé les forces de l'ordre. La police de Nouvelle-Zélande avait déjà indiqué avoir arrêté trois hommes et une femme après les attaques, sans préciser leur identité

Un tireur est un extrémiste de droite australien, a déclaré le Premier ministre australien Scott Morrison. Les fusillades dans deux mosquées de Christchurch sont l'oeuvre d'un "terroriste extrémiste de droite, violent", a-t-il dit, expliquant que l'enquête était aux mains des autorités néo-zélandaises.

Des témoins ont raconté avoir vu des corps ensanglantés. Des enfants figureraient également parmi les morts. La police a demandé aux gens de ne pas partager "des images extrêmement pénibles" après la mise en ligne d'une vidéo montrant un homme blanc se filmant en train de tirer sur des fidèles dans une mosquée. Les mosquées de cette localité de l'Ile-du-Sud étaient remplies en ce vendredi de prières.

Un Palestinien présent dans l'un des lieux de culte a raconté qu'il avait vu un homme être abattu d'une balle dans la tête. "J'ai entendu trois coups de feu rapides et après environ dix secondes, ça a recommencé. Cela devait être une arme automatique, personne ne pourrait appuyer sur la gâchette aussi vite", a dit cet homme à l'AFP sous couvert de l'anonymat. "Puis les gens ont commencé à sortir en courant. Certains étaient couverts de sang". Les médias locaux ont rapporté que jusqu'à neuf personnes avaient péri et que plusieurs autres avaient été blessées.

Eviter les mosquées

La Première ministre de Nouvelle-Zélande Jacinda Ardern a déclaré que son pays connaissait l'une des ses journées "les plus sombres", dénonçant des attaques inédites dans ce pays réputé pour être sûr. "Clairement, ce qu'il s'est passé est un acte de violence extraordinaire et sans précédent". Les victimes, peut-être des migrants ou des réfugiés, "ont choisi de faire de la Nouvelle-Zélande leur pays, et c'est leur pays. Ils sont nous. La personne qui a commis cette violence contre nous ne l'est pas", a-t-elle déploré.

Un large périmètre de Christchurch avait été bouclé par les forces de l'ordre avant d'être levé quelques heures plus tard. "C'est un incident mouvant et nous travaillons à confirmer les faits", a déclaré le commissaire Mike Bush. La police a demandé aux fidèles d'éviter les mosquées "partout en Nouvelle-Zélande".

Un témoin a raconté au site internet d'information Stuff.co.nz qu'il était en train de prier à la mosquée Masjid al Noord sur l'avenue Deans quand il a entendu des tirs. En prenant la fuite, il a vu sa femme morte devant l'édifice religieux. Un autre homme a dit avoir vu des enfants se faire abattre. "J'avais des corps partout sur moi".

"Du sang partout"

Un témoin a expliqué à Radio New Zealand qu'il avait entendu des coups de feu et vu quatre personnes gisant au sol, "avec du sang partout". Toutes les écoles de la ville avaient été bouclées. La police avait appelé "tous ceux qui sont présents dans le centre de Christchurch à ne pas descendre dans la rue et à signaler tout comportement suspect". Des bâtiments publics comme la bibliothèque centrale étaient aussi fermés.

La municipalité a ouvert une ligne de téléphone d'urgence pour les parents inquiets du sort de leurs enfants, qui participaient à une marche contre le changement climatique non loin de là. "Ne tentez pas de venir chercher vos enfants avant que la police ne dise que les gens peuvent se rendre dans le centre-ville en toute sécurité", a averti la municipalité.

L'équipe de cricket du Banglasdesh, un sport extrêmement populaire dans ce pays, se rendait dans l'une des mosquées au moment de la fusillade mais aucun des joueurs venus jouer un match en Nouvelle-Zélande n'a été blessé, selon un porte-parole. "Ils sont en sécurité. Mais ils sont en état de choc. Nous avons demandé à l'équipe de rester confinée dans son hôtel", a-t-il dit à l'AFP.

La Nouvelle-Zélande est réputée pour sa faible criminalité. Dans ce pays, "l'usage d'armes à feu pour commettre des crimes reste un événement rare", écrit ainsi le département d'Etat américain dans ses conseils aux voyageurs. Selon le recensement de 2013, quelque 46.000 personnes s'identifiaient comme musulmanes en Nouvelle-Zélande, soit un peu plus de 1% de la population totale. En 2017, six fidèles ont été tués dans une mosquée de Québec, au Canada, à l'occasion de la pire attaque antimusulmane en Occident. L'auteur de la fusillade a été condamné à la prison à perpétuité.

Attentats anti-musulmans ou d'extrême droite: des précédents

L'attentat contre deux mosquées vendredi en Nouvelle-Zélande est de très loin la pire attaque contre des Musulmans dans un pays occidental, et évoque, si la piste d'extrême-droite est confirmée, le massacre commis par le néo-nazi Anders Breivik en Norvège en 2011.

D'autres attaques anti-musulmanes

- Le 29 janvier 2017, au Canada, un homme de 27 ans ouvre le feu sur les fidèles rassemblés pour la dernière prière de la journée dans la mosquée de Québec: six musulmans sont tués, 35 blessés.

L'assaillant, Alexandre Bissonnette, un étudiant qui affiche des idées nationalistes sans être affilié à un mouvement, est arrêté. En février 2019, il sera condamné à la prison à vie, sans possibilité de libération avant 40 ans.

Cette tuerie, qualifiée d'"attentat terroriste" par le Premier ministre Justin Trudeau, était jusqu'à ce jour la pire attaque contre un lieu de culte musulman en Occident.

- Le 19 juin 2017, au Royaume-Uni, un Gallois de 48 ans fonce au volant d'une camionnette dans la foule des fidèles qui sortent d'une prière nocturne du ramadan, près de la mosquée de Finsbury Park, dans le nord-est de Londres. Bilan: un mort et douze blessés.

L'auteur des faits, Darren Osborne, animé par une haine personnelle des musulmans et qui s'était radicalisé dans les semaines précédant l'attaque, sera condamné à perpétuité en février 2018.

Extrême-droite : le précédent Breivik

Le 22 juillet 2011, en Norvège, Anders Behring Breivik, 32 ans, commet un double massacre qui fera 77 morts. Il tue huit personnes en faisant exploser une bombe de 950 kilos à Oslo, près du siège du gouvernement, puis 69 autres, sur la petite île d'Utoya, à une quarantaine de kilomètres de la capitale, où se tenait un camp de la jeunesse travailliste.

Breivik a ouvert le feu pendant plus d'une heure sur les 600 participants, et la plupart de ses victimes sont des adolescents.

Arrêté le jour-même, Breivik a été condamné à une peine de 21 ans de prison susceptible d'être prolongée indéfiniment, et la Cour européenne des droits de l'homme a jugé en juin 2018 "irrecevable" une plainte qu'il avait déposée contre ses conditions de détention.

Il ne cesse depuis son arrestation de revendiquer ses opinions extrémistes au point de faire le salut nazi devant ses juges ou de jurer de "combattre" pour le nazisme "jusqu'à (sa) mort".

Ce grand blond, "Norvégien de souche", islamophobe et anti-marxiste, racontait dans un manifeste publié sur internet le jour des faits, avoir passé plusieurs années à mûrir son projet. Il se présentait comme chrétien conservateur, ayant été "exposé à des décennies d'endoctrinement multiculturel".

La Première ministre norvégienne Erna Solberg, réagissant aux événements de Nouvelle-Zélande, a évoqué "des liens douloureux avec notre propre expérience le 22 juillet, le moment le plus difficile de l'après-guerre en Norvège".

"Cela montre que l'extrémisme prospère encore dans de nombreux endroits", a estimé Mme Solberg.