Internet et les réseaux sociaux n'existaient pas quand Adolf Hitler est arrivé au pouvoir. La télévision non plus. Aujourd'hui, le monde est globalisé et jamais l'information n'a circulé autant et aussi vite. Nous ne pouvons plus ignorer les agissements de dictateurs mégalomanes, de potentats dépravés, d'autocrates bourreaux de leur peuple, de présidents allergiques à toute opposition et de chefs d'Etat narcissiques, menteurs et dépourvus de tout sens moral et social. Pourtant, la longue lignée de dirigeants funestes, ridicules ou inquiétants se renouvelle, et cela en dépit des tragédies du xxe siècle, du souvenir des horreurs commises sous Hitler, Staline ou Pol Pot.
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Internet et les réseaux sociaux n'existaient pas quand Adolf Hitler est arrivé au pouvoir. La télévision non plus. Aujourd'hui, le monde est globalisé et jamais l'information n'a circulé autant et aussi vite. Nous ne pouvons plus ignorer les agissements de dictateurs mégalomanes, de potentats dépravés, d'autocrates bourreaux de leur peuple, de présidents allergiques à toute opposition et de chefs d'Etat narcissiques, menteurs et dépourvus de tout sens moral et social. Pourtant, la longue lignée de dirigeants funestes, ridicules ou inquiétants se renouvelle, et cela en dépit des tragédies du xxe siècle, du souvenir des horreurs commises sous Hitler, Staline ou Pol Pot. Pourquoi la planète n'est-elle pas encore repue de cette folie tyrannique ? Comment expliquer que les psychopathes, sociopathes et autres borderline en charge du destin de leurs concitoyens résistent à ce point au temps et au progrès ? " On s'accommode de leurs excès ", déplore l'ancien correspondant à Washington et ex-patron de Radio France Jean-Luc Hees, auteur de Ces psychopathes qui nous gouvernent, paru chez Plon. " On craint d'affronter leur colère, d'être la cible de leurs menaces. A voir les princes du dérèglement qui règnent actuellement sur les pays du Caucase et l'Asie centrale, sur le Venezuela et le Nicaragua, sur le Soudan et l'Erythrée, sur la Corée du Nord et les Philippines, et peut-être aussi ceux qui occupent la Maison-Blanche et le Kremlin, on se dit que la révolution dans la transmission de l'information n'a pas réussi à faire reculer le phénomène. Bien au contraire, sous le regard passif de la communauté internationale, ces individus qui nuisent au bien-être, à l'avenir, voire à la vie d'autres hommes ont plus d'espace dans le paysage médiatique sans que cela atténue leur folie ou leurs méfaits. Un peu comme si les droits de l'homme ne représentaient qu'une valeur insolite, non gravée dans le marbre de l'humanité. " Professeur à la faculté de psychologie de l'UCL et spécialiste en psychologie politique, Pascal de Sutter a publié, en 2007, un ouvrage au titre fort proche de celui du livre de Jean-Luc Hees : Ces fous qui nous gouvernent. Comment la psychologie permet de comprendre les hommes politiques (Les Arènes). Comment explique-t-il qu'autocrate rime si souvent avec psychopathe ou sociopathe ? " Il faut être un brin mégalomane pour viser les sommets, quelque peu paranoïaque pour faire face aux trahisons et légèrement psychopathe pour éliminer ses adversaires, estime-t-il. La folie, chez les hommes politiques, est une seconde nature, une maladie professionnelle. Il y a eu beaucoup de dirigeants psychiquement perturbés dans l'histoire et il y en aura encore demain. Pour atteindre le plus haut niveau du pouvoir, il faut un ego exacerbé et être capable de planter des couteaux dans le dos de ses amis. Quand le sommet est atteint, on se retrouve dans une tour d'ivoire, entouré de courtisans qui vous flattent, vous considèrent comme un génie et n'osent vous contredire. Un tel contexte rend graduellement intolérant, mégalo et tyrannique. Avant de sombrer dans la paranoïa, Hitler a été un homme affable, témoignent les diplomates européens qui l'ont rencontré. Sa stratégie de conquête du pouvoir a été menée avec habileté, ce que n'aurait pu faire un déséquilibré mental. " Il y a, certes, des degrés sur l'échelle de la cruauté, de la mégalomanie et de la manipulation. Certains leaders relèvent clairement de la psychiatrie et exportent leur enfer personnel dans la vie quotidienne de leurs sujets. Ils craignent de voir leur omnipotence disparaître et d'avoir à répondre de leur extrême violence, ce qui les pousse à aller toujours plus loin dans le délire répressif et le truquage des urnes. D'autres tyrans, en général intelligents et ambitieux, sont des idéologues, pour qui l'objectif est de faire triompher coûte que coûte leur projet. D'autres encore, plus folkloriques, discréditent leur fonction et sont parfois conduits, eux aussi, à tourmenter leurs opposants. " Beaucoup gouvernent avec l'accord tacite ou exprimé des populations victimes de leurs agissements, constate Jean-Luc Hees. Une bonne nouvelle tout de même : il n'y a pratiquement pas de femmes dans la liste des grands parasites planétaires. En revanche, les épouses de dirigeants tortionnaires se révèlent très loyales et attachées à leurs maris ! " De même que les chefs d'Etat au comportement troublant sont très divers dans leur profil et la gravité de leur état mental, tous n'ont pas la même dimension sur la scène internationale et ne présentent donc pas le même danger pour la planète. Un tyran alcoolique et brutal comme le président érythréen Issaias Afeworki, qui a fait de son pays un immense bagne à ciel ouvert, retient peu l'attention des chancelleries et des médias, même si ses concitoyens représentent, aujourd'hui, 12 % des réfugiés qui abordent, dans des conditions périlleuses et misérables, les côtes de l'Italie. De même, l'opinion internationale ne se préoccupe pas des délires du président turkmène. Au pouvoir depuis 2007, Gurbanguly Berdimuhamedow, qui se fait appeler le " Père protecteur ", est obsédé par le luxe, le faste et son image. Vaniteux et mégalomane, il ruine son pays pour servir son prestige. Comme Staline, Hitler, Ceausescu, Kim Jong-un et d'autres dictateurs sociopathes, il a une fascination pour l'architecture. Et il adore le marbre. Il a transformé le centre d'Achgabat, sa capitale, en une sorte de Disneyland d'Asie centrale. Tout y est blanc, symbole de pureté. Il n'y a presque personne dans les rues, sauf les patrouilles de soldats qui assurent la tranquillité du régime. Un Bachar al-Assad présente, de toute évidence, un risque plus élevé pour l'équilibre du monde. L'autocrate syrien, qui a près de 400 000 morts sur la conscience, peut mettre le Proche-Orient à feu et à sang. L'homme est complexe. Né timide, il n'a pas l'exubérance de nombreux tyrans. Il conserve ses bonnes manières et n'éructe pas devant les caméras de télévision. Comment devient-on néanmoins criminel de guerre ? Faut-il des dispositions particulières ? Les circonstances expliquent-elles tout ? A quel moment décide-t-on de voyager jusqu'au bout de l'enfer ? " Sophistiqué dans ses raisonnements, Bachar est capable d'analyser froidement une situation dramatique, quel que soit le prix à payer par son peuple, relève Jean-Luc Hees. Un constat s'impose : le pervers rationnel est infiniment plus dangereux que le dément illuminé ! Car l'homme qui raisonne face à l'adversité trouve les rapports de force qui lui permettent d'échapper à la corde du gibet. Le "boucher de Damas" est toujours aux manettes, poursuit sa vengeance contre les "rebelles", sous le regard du monde entier. " Trentenaire irascible, lunatique et égocentrique, Kim Jong-un retient lui aussi, depuis qu'il dispose d'une bombe H, l'attention de la communauté internationale. Il n'est pas avare de châtiments, même avec les membres de sa famille : il a ordonné l'arrestation et l'exécution de son oncle et mentor, et son demi-frère a été assassiné en 2017 à l'aéroport de Kuala Lumpur via un agent neurotoxique administré par deux tueuses diligentées par Pyongyang. Sa passion pour Mickey fait sourire, pas ses mouvements d'humeur. Avec un corollaire qui concerne le monde entier : la menace de recourir à l'holocauste nucléaire pour assurer la prolongation du régime. D'autant qu'il a face à lui un chef de la Maison-Blanche imprévisible, qui ignore la réalité quand elle le dérange et demande à ses conseillers militaires à quoi sert une bombe atomique si on ne peut s'en servir. " L'état mental de Donald Trump n'intéresse pas seulement ses administrés, remarque Jean-Luc Hees. Il concerne tous ceux qui se demandent s'il est bien sage que le successeur de Barack Obama ait le doigt si près du bouton nucléaire. " Signalons qu'aucun des dirigeants criminels ou instables de la planète ne critique ou ne dénigre l'un de ses confrères. Kim Jong-un et Donald Trump ont semblé, l'an dernier, faire exception - leurs insultes réciproques ont même préoccupé Moscou et Pékin - mais voilà le président américain qui, fin septembre, à la tribune de l'ONU, a assuré qu'il a " appris à connaître et apprécier " son homologue nord-coréen. Un homme qui, selon lui, " veut la paix et la prospérité pour son pays. " Quelques jours plus tard, alors même que les analystes pointaient du doigt l'absence d'avancées concrètes sur la dénucléarisation de la péninsule coréenne, Trump a lancé à ses partisans, lors d'un meeting en Virginie occidentale, que Kim Jong-un et lui étaient " tombés amoureux " !