Armistice: mémoire et tensions diplomatiques contemporaines

10/11/18 à 15:42 - Mise à jour à 15:42

Source: Afp

Des dizaines de chefs d'Etat et de gouvernement convergeront dimanche à Paris pour marquer le centenaire de l'armistice de la guerre de 14-18 et participer à un forum international sur la paix, organisé par Emmanuel Macron comme un plaidoyer contre le déclin de l'ordre mondial multilatéral.

Armistice: mémoire et tensions diplomatiques contemporaines

© Belga

L'emblématique Arc de Triomphe parisien, en haut de l'avenue des Champs Elysées, sera l'écrin d'une cérémonie hors norme dimanche à 10H00 GMT à laquelle participeront près de 70 dignitaires dont Donald Trump, Vladimir Poutine, Angela Merkel, Justin Trudeau, Recep Tayyip Erdogan, Muhammadu Buhari...

La capitale française sera placée sous haute sécurité avec près de 10.000 membres des forces de l'ordre mobilisés. Une manifestation d'opposants à Donald Trump est prévue à 13H00 GMT sur la place de la République, dans l'est parisien.

Tous les chefs d'Etat et de gouvernement seront accueillis dimanche matin au Palais de l'Elysée par Emmanuel Macron, pour qui cette journée marquera le point d'orgue des commémorations du centenaire de la fin de la Première Guerre mondiale, qui a fait 18 millions de morts.

Au-delà du cérémonial, du recueillement et du décorum, le président français a voulu ancrer cette journée dans le présent.

"Il s'agit de faire résonner le 11 novembre 1918 avec le 11 novembre 2018", fait-on valoir dans son entourage, exprimant une volonté "de faire de ces célébrations un moment du présent, pas uniquement du passé".

Emmanuel Macron a donc organisé un forum international pour défendre le multilatéralisme, ce socle idéologique qui encadre les relations internationales depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, et est sévèrement mis à mal par certains chefs d'Etat, dont le président américain Donald Trump.

- 'Utiliser les leçons du passé' -

"On n'est pas seulement sur les commémorations, on est sur l'utilisation des leçons du passé pour préparer l'avenir", explique l'ancien ambassadeur Michel Duclos, qui a travaillé à l'organisation du forum.

Ce "Forum de Paris sur la paix" s'ouvrira dimanche après-midi à la grande halle de la Villette. Il regroupera des prises de parole, des ateliers de réflexion auxquels participeront des chefs d'Etat défenseurs de l'ordre multilatéral.

Donald Trump en revanche se tiendra à l'écart de cette réunion où ses positions politiques et diplomatiques, bâties sur le rapport de force, la pression, le bilatéralisme, voire l'unilatéralisme, risquent fort d'être battues en brèche. Il ira se recueillir au cimetière américain de Suresnes, près de Paris.

Emmanuel Macron, Angela Merkel, Justin Trudeau, qui tous se heurtent régulièrement à Donald Trump dans les enceintes internationales comme le G7 ou le G20 (ils se retrouveront fin novembre pour un sommet en Argentine), participeront au forum où il sera question de gouvernance mondiale, de paix, de coopération, de liberté d'expression.

La chancelière allemande prononcera le discours d'ouverture avec Emmanuel Macron et le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres. Elle devrait souligner l'importance du multilatéralisme pour la paix et de la coopération dans les organisations internationales.

"L'idée c'est de construire un début de coalition de pays qui défendent le multilatéralisme et la capacité des instruments du multilatéralisme à aider les gens", explique M. Duclos.

Pour un haut responsable américain, la visite de Donald Trump "est une opportunité historique d'honorer le sacrifice" des soldats, mais "la participation du président servira aussi à rappeler le rôle important qu'ont joué et que continuent de jouer les Etats-Unis pour la paix et la sécurité en Europe".

- Trump et Macron -

Armistice: mémoire et tensions diplomatiques contemporaines

© Reuters

"Beaucoup de dirigeants viendront notamment parce que les Etats-Unis seront présents", a affirmé Donald Trump, dont les relations avec Emmanuel Macron sont marquées par de profonds désaccords sur des sujets majeurs comme l'environement ou le nucléaire iranien

Armée européenne: l'Elysée évoque une "confusion" après la réaction de Trump

Dans un entretien à Europe 1, M. Macron avait successivement évoqué les menaces pour l'Europe d'intrusions dans le cyberespace, le retrait américain annoncé du traité sur les armes nucléaires à portée intermédiaire (INF), conclu à l'époque de la Guerre froide, et appelé de ses voeux la création d'une "vraie armée européenne".

Cette déclaration du chef de l'Etat français mardi sur la radio Europe 1, avait suscité un tweet furieux vendredi soir du président américain, jugeant "très insultant" que M. Macron ait suggéré selon lui que l'Europe construise "sa propre armée" pour se protéger contre la Russie et la Chine mais aussi les Etats-Unis.

"L'armée européenne" prônée par Emmanuel Macron ne vise pas les Etats-Unis, a précisé la présidence française en vue d'un apaisement, évoquant une "confusion" dans l'interprétation des propos du président français qui ont déclenché la fureur de Donald Trump.

"Je comprends que l'enchaînement des sujets dans l'interview puissent créer de la confusion mais ce sont bien deux sujets différents, le traité INF et ce sujet d'une force de défense des Européens où il y a des travaux en cours", a souligné samedi la présidence française auprès de la presse.

Emmanuel Macron "n'a jamais dit qu'il fallait créer une armée européenne contre les Etats-Unis", a-t-on ajouté. Mais dans la mesure où le retrait du traité INF "concerne la sécurité de l'Europe, il faut que l'Europe puisse être associée au dialogue sur ce sujet", a-t-on poursuivi.

Le président Macron avait déclaré mardi: "Nous sommes bousculés par les tentatives d'intrusion dans le cyberespace et l'intervention d'ailleurs dans notre vie démocratique de plusieurs. Nous devons nous protéger à l'égard de la Chine, de la Russie et même des Etats-Unis d'Amérique". Avant d'ajouter: "Quand je vois le président Trump annoncer il y a quelques semaines le fait qu'il sorte d'un grand traité de désarmement qui avait été pris je le rappelle après la crise des euromissiles au milieu des années 80 qui avait frappé l'Europe. Qui en est la victime principale ? L'Europe et sa sécurité".

"On ne protégera pas les Européens si on ne décide pas d'avoir une vraie armée européenne", avait aussi insisté le chef de l'Etat français.

"Face à la Russie qui est à nos frontières et qui a montré qu'elle pouvait être menaçante (...) on doit avoir une Europe qui se défend davantage seule, sans dépendre seulement des Etats Unis, et de manière plus souveraine, avait-il conclu.

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