Au centre du conflit, on retrouve le Liban. Son Premier ministre, Saad Hariri (un musulman sunnite qui a vécu en exil pendant des années en Arabie saoudite avant d'être élu Premier ministre il y a onze mois), est parti la semaine dernière en Arabie saoudite pour annoncer sa démission. Ce faisant, il s'est adressé à l'influente milice chiite Hezbollah et à l'Iran qui, selon lui, "ont la mainmise sur le Liban".
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Au centre du conflit, on retrouve le Liban. Son Premier ministre, Saad Hariri (un musulman sunnite qui a vécu en exil pendant des années en Arabie saoudite avant d'être élu Premier ministre il y a onze mois), est parti la semaine dernière en Arabie saoudite pour annoncer sa démission. Ce faisant, il s'est adressé à l'influente milice chiite Hezbollah et à l'Iran qui, selon lui, "ont la mainmise sur le Liban". Le Hezbollah, soutenu par l'Iran, fait partie du gouvernement de Hariri. Au Liban, il existe un équilibre politique fragile entre les différentes tendances religieuses. La préoccupation est telle qu'un nouveau conflit sanglant pourrait éclater à tout moment. Selon le Hezbollah, le Premier ministre démissionnaire Hariri est détenu en Arabie saoudite contre son gré. C'est ce qu'a déclaré le dirigeant du Hezbollah, Hassan Nasrallah dans un message télévisé vendredi dernier. "Hariri ne peut pas rentrer au Liban. Nous condamnons cette insulte au Premier ministre". Le président libanais Michel Aoun a également estimé ce week-end que "la liberté de M. Hariri a été restreinte" en Arabie saoudite. Ce à quoi Saad Hariri a répliqué qu'il allait "très bientôt" rentrer dans son pays, assurant être "libre" en Arabie saoudite.Jeudi dernier, le gouvernement d'Arabie saoudite a appelé ses citoyens à quitter le Liban dès que possible, "compte tenu de la situation". Un appel suivi par les alliés de Bahreïn et du Koweït. Ils n'ont pas fourni davantage d'explications. Avant cela, le ministre saoudien des Affaires étrangères, Adel al-Jubeir, avait déclaré que Riyad considérait la participation du Hezbollah au gouvernement libanais comme un crime de guerre contre l'Arabie saoudite et que le Liban serait un état hostile tant que le Hezbollah en ferait partie. La semaine dernière, une roquette a été tirée en direction de Riyad depuis le Yémen, où une guerre par procuration entre l'Arabie saoudite et l'Iran fait rage depuis plusieurs années. Un acte qui, selon le gouvernement saoudien, s'est produit avec le soutien du Hezbollah et de l'Iran. La montée des tensions pourrait-elle mener à une profonde crise économique ou même à une guerre ? Certains le craignent. "Il y a tant de détonateurs possibles, la communication est si mauvaise, il y a tellement de risques que quelque chose explose, que les chances sont très faibles que tout cela ne tourne pas mal", a déclaré Robert Malley, ancien directeur de la politique proche-orientale de Barack Obama, cité par le New York Times. On peut cependant douter que l'Arabie saoudite veuille se lancer dans une nouvelle confrontation militaire alors qu'elle est encore engagée dans la guerre au Yémen. Ce n'est pas non plus la première fois que l'Arabie saoudite rappelle ses ressortissants au Liban. Selon le NYT, cela s'est produit au moins quatre fois au cours des cinq dernières années. Les Saoudiens semblent avoir un allié remarquable dans la crise actuelle : Israël. Cependant, les deux pays n'ont officiellement pas de relations diplomatiques. Selon le Guardian, le ministre israélien des Renseignements, Yisrael Katz, a déclaré que le moment était venu pour une offensive diplomatique contre l'Iran et le Hezbollah au sein des Nations Unies. Israël est depuis longtemps préoccupé par l'influence excessive du Hezbollah dans le gouvernement libanais et en Syrie où, comme Téhéran, il soutient le gouvernement du président Bachar al-Assad. Toujours selon le Guardian, le gouvernement israélien est de plus en plus convaincu qu'une nouvelle guerre avec le Hezbollah est inévitable. Tous deux se sont battus en 2006 dans un conflit sanglant qui s'est terminé par un cessez-le-feu le 14 août. Dans ce contexte de tensions entre l'Arabie saoudite et l'Iran, le président français Emmanuel Macron a étonnamment adapté le programme de son voyage au Moyen-Orient. Il s'est rendu à Riyad jeudi dernier pour rencontrer le prince héritier Mohammed ben Salman et parler de l'Iran, du Yémen et du Liban. "J'ai entendu des positions très dures" exprimées par l'Arabie saoudite "vis-à-vis de l'Iran, qui ne sont pas conformes à ce que je pense", a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse. Emmanuel Macron a également appelé au respect de la "souveraineté et la stabilité" du Liban, lors d'un échange téléphonique samedi avec son homologue Michel Aoun. Il a réitéré son "appel à ce que les dirigeants politiques libanais soient libres de leur mouvement". (Adaptation: O.L.)