Transformer une trêve dictée par la crise du coronavirus en une accalmie durable : tel est le défi qu'essaie de relever l'envoyé spécial au Yémen du secrétaire général de l'ONU, le diplomate britannique Martin Griffiths, avec des espoirs de succès limités. La coalition arabe engagée aux côtés du gouvernement légal du Yémen dirigé par le président Abd Rabbo Mansour, élu en 2012, a décrété unilatéralement un cessez-le-feu d'une durée de deux semaines à partir du jeudi 9 avril. Sa principale composante, l'Arabie saoudite, l'a justifié en réponse à l'appel à un silence des armes dans le monde lancé le 25 mars par le patron des Natio...

Transformer une trêve dictée par la crise du coronavirus en une accalmie durable : tel est le défi qu'essaie de relever l'envoyé spécial au Yémen du secrétaire général de l'ONU, le diplomate britannique Martin Griffiths, avec des espoirs de succès limités. La coalition arabe engagée aux côtés du gouvernement légal du Yémen dirigé par le président Abd Rabbo Mansour, élu en 2012, a décrété unilatéralement un cessez-le-feu d'une durée de deux semaines à partir du jeudi 9 avril. Sa principale composante, l'Arabie saoudite, l'a justifié en réponse à l'appel à un silence des armes dans le monde lancé le 25 mars par le patron des Nations unies Antonio Guterres pour contrer la propagation du Covid-19. Le vendredi 10 avril, un premier cas connu d'infection était officiellement signalé par les autorités dans la province de l'Hadramaout, au sud du pays sous contrôle de l'alliance arabe et des forces gouvernementales. La désorganisation de l'Etat après cinq ans de guerre entre les rebelles houthis qui règnent sur le nord et le pouvoir officiel, la faiblesse originelle du système de santé et la focalisation sur les autres épidémies (choléra, malaria, dengue...) font craindre un désastre si le coronavirus s'y répandait. Mais la soudaine préoccupation des Saoudiens pour la population yéménite ne convainc pas totalement. Leur décision pourrait être motivée par une raison plus stratégique : sortir du guêpier dans lequel les a plongés le prince héritier Mohamed Ben Salmane. L'engagement des forces de Riyad n'a pas permis la reddition ou même l'affaiblissement des insurgés houthis, adeptes du zaïdisme, une branche du chiisme, et soutenus par l'Iran. Il s'est même soldé par des dissensions entre les opposants à ceux-ci, les partisans du président Abd Rabbo Mansour, les séparatistes sudistes ragaillardis par l'appui que leur octroient les Emirats arabes unis, autre composante de la coalition armée arabe, et les combattants d'Al-Qaeda dans la péninsule arabique (Aqpa). L'Arabie saoudite a certes patronné un accord entre les deux premiers groupes de belligérants le 5 novembre 2019 qui prévoit une intégration plus forte des séparatistes dans la future armée nationale. Mais le compromis reste fragile. Et l'annonce de la récente trêve unilatérale liée à la crise sanitaire n'a pas conduit les rebelles houthis au pouvoir à Sanaa, la capitale yéménite, à modérer sensiblement leur stratégie. D'après Riyad, ils auraient multiplié les accrochages ces derniers jours. En position de force inespérée d'un point de vue militaire, ils n'ont que peu intérêt à faire des concessions à leurs adversaires. Cette intransigeance pourrait augurer une re-partition du pays entre une entité au nord et une au sud, comme il le fut du début des années 1960 à sa réunification trente ans plus tard entre sa partie septentrionale libérée de l'Empire ottoman et sa partie méridionale ex-colonie britannique. Les tourments du Yémen se confondent en l'occurrence avec ceux du prince héritier saoudien Mohammed Ben Salmane, dont le pouvoir est fragilisé en interne. Pour lui, aucune " bonne solution " ne semble pouvoir émaner de cette " Arabie heureuse " plongée dans un cauchemar sans nom.