"L'ordre mondial est en mouvement", déclare Angela Merkel "et les rapports de pouvoir bougent". Pour elle, la croissance de la Chine et de l'Inde est une cause importante de ce glissement, même si elle évoque aussi le nouveau vent qui souffle en Amérique. "Donald Trump n'a pas la même vision de la globalisation que l'Allemagne. Alors que nous cherchons des possibilités de coopération bénéfiques pour tout le monde, le gouvernement américain voit plutôt dans la globalisation un procès, où il ne s'agit pas de situations gagnant-gagnant, m...

"L'ordre mondial est en mouvement", déclare Angela Merkel "et les rapports de pouvoir bougent". Pour elle, la croissance de la Chine et de l'Inde est une cause importante de ce glissement, même si elle évoque aussi le nouveau vent qui souffle en Amérique. "Donald Trump n'a pas la même vision de la globalisation que l'Allemagne. Alors que nous cherchons des possibilités de coopération bénéfiques pour tout le monde, le gouvernement américain voit plutôt dans la globalisation un procès, où il ne s'agit pas de situations gagnant-gagnant, mais de gagnants et de perdants."Interrogée sur la vision du conseiller à la sécurité nationale américaine H.R. McMaster qui voit le monde comme une arène, Angela Merkel explique qu'elle ne partage pas du tout sa position. "Le G20 est un bon exemple de la façon dont le monde a vaincu la crise financière de 2008/2009 grâce à la coopération internationale. Cette collaboration a été bénéfique pour tout le monde. Le président Trump a été élu parce que beaucoup de gens sont sceptiques à l'égard de la globalisation. Il sent qu'il doit quelque chose aux électeurs. Cependant, il y a longtemps que les organisations telles que l'OCDE et le G20 ne parlent plus uniquement de la croissance économique, elles discutent aussi d'une croissance inclusive et durable. Nous souhaitons que le progrès économique ne bénéficie pas uniquement à un groupe limité. Tout le monde doit en profiter", déclare-t-elle. Au cours de l'interview accordée à nos confrères allemands, la chancelière s'exprime également sur le vide dans le monde creusé par la nouvelle politique américaine : "Si les Américains décident d'un jour à l'autre de se retirer de la lutte contre le terrorisme international, ce serait très problématique. Nous partageons toujours un intérêt commun sur le plan de la sécurité et de la paix et c'est pourquoi nous devons aussi poursuivre des objectifs communs". Partenariat avec l'Afrique Pour pallier à la baisse de l'engagement américain, Merkel estime que les Européens devraient se charger de la protection de leurs frontières extérieures, d'un registre d'entrée et de sortie européen ainsi que d'un service de renseignements. Tout comme le président français Emmanuel Macron, la chancelière se dit en faveur d'un budget commun pour les pays de la zone euro et d'un ministre européen des Finances. "Un ministre européen des Finances ? Pour le fond, je dis oui. Mais ces idées s'accompagnent aussi de questions pratiques. (...) Cependant, quand nous disons que l'Europe doit prendre son sort en main, nous devons toujours garder à l'esprit que l'essentiel est de maintenir les valeurs et intérêts européens et de créer plus de prospérité dans les états membres".