Penché au-dessus du coffre d'un vieux pick-up cabossé, un policier saisit avec précaution un fusil et un petit revolver, enroulés dans des chiffons. Au volant de la voiture, le propriétaire des armes à feu, James L., attend patiemment que l'opération se termine. Comme plusieurs centaines d'Angelenos, ce militaire à la retraite participe ce matin à un programme de rachat d'armes à feu, appelé gun buyback, organisé sur un parking désaffecté de Los Angeles. Mise en place par la mairie en 2009, l'initiative tente d'enrayer la violence dans la Cité des anges, en diminuant le nombre d'armes en circulation.
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Penché au-dessus du coffre d'un vieux pick-up cabossé, un policier saisit avec précaution un fusil et un petit revolver, enroulés dans des chiffons. Au volant de la voiture, le propriétaire des armes à feu, James L., attend patiemment que l'opération se termine. Comme plusieurs centaines d'Angelenos, ce militaire à la retraite participe ce matin à un programme de rachat d'armes à feu, appelé gun buyback, organisé sur un parking désaffecté de Los Angeles. Mise en place par la mairie en 2009, l'initiative tente d'enrayer la violence dans la Cité des anges, en diminuant le nombre d'armes en circulation. " Je suis venu me débarrasser de plusieurs armes qui ne me sont aujourd'hui plus d'aucune utilité, explique ce vétéran de la guerre du Vietnam. Même si je continue aujourd'hui de soutenir le second amendement de la Constitution (NDLR : qui garantit aux citoyens américains le droit de posséder une arme), je dois avouer que la multiplication des fusillades de masse me fait beaucoup réfléchir ", explique James, qui compte gâter ses petites-filles en leur offrant le bon d'achat de 200 dollars que lui a remis la police, en échange des armes déposées. Derrière lui, une conductrice attend patiemment son tour. " J'ai acquis un revolver il y a dix ans, avec l'intention de me défendre contre mon mari de l'époque, qui me frappait ", raconte la quinquagénaire. " Aujourd'hui, je suis divorcée et j'ai besoin d'argent. Ce bon d'achat va me permettre de payer mes courses pendant au moins un mois ", confie cette habitante de South Central, un quartier chaud de Los Angeles, qui souhaite aussi éviter que l'arme ne se retrouve entre les mains de son fils. Un peu plus loin, l'inspecteur Mersereau, en charge de l'opération, passe en revue le butin de ce début de matinée. Sur une table, il a aligné une dizaine de revolvers, de fusils d'assaut, de grenades et autres armes de guerre. " La plupart de ces armes ont été acquises illégalement. C'est tout l'intérêt de cette initiative qui permet aux gens de s'en débarrasser anonymement. " Au total, plus de 16 000 armes à feu ont été récupérées depuis le début du programme à Los Angeles. La majorité d'entre elles ont été fondues puis recyclées pour en faire du matériel de construction. La Cité des anges n'est pas la seule ville à organiser des rachats d'armes : des opérations similaires ont régulièrement lieu à travers tout le pays, de Seattle à San Francisco en passant par Boston ou Tucson. L'efficacité des gun buybacks demeure toutefois controversée. Certains experts estiment en effet que les participants à ces opérations ont rarement le profil de criminels violents. Plusieurs études récentes ne sont, par ailleurs, pas parvenues à prouver que le rachat d'armes à feu avait eu un impact significatif sur la diminution de la violence armée. Le nombre de victimes par armes à feu a toutefois baissé à Los Angeles ces derniers années (-10,7 % en 2017 par rapport à 2015). Une tendance que la police locale attribue, elle, au moins en partie, aux gun buybacks. Par Noémie Taylor-Rosner à Los Angeles.