A eux trois, ils incarnent la " révolte des parapluies ", le mouvement prodémocratique qui, à l'automne 2014, balaya Hong Kong. Cette campagne de désobéissance civile entraîna manifestations de rue et sit-in géants dans le coeur de l'ex-colonie britannique, à l'ombre des tours de bureaux du quartier des affaires. Durant près de trois mois, elle mobilisa des milliers de jeunes, en particulier, montrant l'inanité du discours officiel, à Pékin comme à Singap...

A eux trois, ils incarnent la " révolte des parapluies ", le mouvement prodémocratique qui, à l'automne 2014, balaya Hong Kong. Cette campagne de désobéissance civile entraîna manifestations de rue et sit-in géants dans le coeur de l'ex-colonie britannique, à l'ombre des tours de bureaux du quartier des affaires. Durant près de trois mois, elle mobilisa des milliers de jeunes, en particulier, montrant l'inanité du discours officiel, à Pékin comme à Singapour, selon lequel les Chinois seraient plus attachés à une mystérieuse " harmonie confucéenne " qu'aux débats contradictoires propres aux démocraties.En août dernier, Joshua Wong, Nathan Law et Alex Chow sont condamnés à des peines allant de six à huit mois de prison, pour " rassemblement illégal ". Ce jugement fait suite à un appel du ministère public qui demandait des sanctions plus lourdes que celles décidées en première instance, à savoir des travaux d'intérêt général et du sursis. Tous trois avaient été libérés sous caution quelques semaines après ce verdict, le temps de l'examen de leur pourvoi devant la Cour suprême, la plus haute juridiction hongkongaise. Le 6 février, coup de théâtre : ils gagnent en appel. Sans joie... " La justice n'a pas été rendue ", estime Joshua Wong, 21 ans. Pour l'aîné des trois, Alex Chow, ex-secrétaire général de la fédération étudiante, Hong Kong s'achemine vers un régime autoritaire : " Beaucoup de gens s'arrêteront au fait que nous ne sommes pas renvoyés en prison, explique-t-il. Mais, si on regarde le verdict en détail, il dit que notre action de désobéissance civile était violente. Et cela a de graves conséquences pour l'avenir de la liberté de manifester à Hong Kong. "De fait, le président de la Cour suprême, le juge Geoffrey Ma, indique que " des manifestants qui auraient recours à n'importe quel degré de violence seront punis plus durement à l'avenir ". Et il appelle de ses voeux des " sanctions qui découragent les assemblées illégales éventuellement violentes ". Déjà, en début d'année, le nouveau procureur en chef de Hong Kong, David Leung, a laissé entendre que les 700 personnes arrêtées durant la " révolte des parapluies " restaient passibles de poursuites. A Pékin, l'harmonie de la société se conçoit ainsi. Avec des menottes aux poignets. Par Marc Epstein.