Courageux et responsable, ou opportuniste et versatile ? Le Premier ministre grec Alexis Tsipras restera comme la personnalité la plus énigmatique de cette année en Europe. A 41 ans, il est considéré par les uns comme le sauveur de la Grèce, exsangue sous le poids de la dette publique, et par les autres comme le fossoyeur des idéaux de la gauche anti-austérité. Le dirigeant du parti de la gauche radicale Syriza a, il est vrai, joué en ces premiers jours de juillet une fameuse partie de poker, qui a atteint une dimension ...

Courageux et responsable, ou opportuniste et versatile ? Le Premier ministre grec Alexis Tsipras restera comme la personnalité la plus énigmatique de cette année en Europe. A 41 ans, il est considéré par les uns comme le sauveur de la Grèce, exsangue sous le poids de la dette publique, et par les autres comme le fossoyeur des idéaux de la gauche anti-austérité. Le dirigeant du parti de la gauche radicale Syriza a, il est vrai, joué en ces premiers jours de juillet une fameuse partie de poker, qui a atteint une dimension dramatique comme rarement l'Union européenne en avait connue. C'est lui qui a conçu un référendum sur le plan d'austérité que la troïka lui imposait en contrepartie d'une nouvelle aide financière. C'est lui qui a appelé à voter " non ". Et c'est toujours lui qui, malgré une large adhésion à sa recommandation (62 %), a conclu une semaine plus tard un accord à Bruxelles sans véritablement engranger de nouvelles avancées... De partenaire à la limite de la déloyauté, il est devenu pour les 18 autres membres de la zone euro le meilleur garant de la stabilité de la monnaie unique. Ses défenseurs clament qu'il n'avait sans doute pas d'autre choix : la Grèce se serait encore davantage appauvrie. Ses détracteurs évoquent une " trahison " ou un " espoir qui s'est fracassé en moins de 6 mois ", en référence au premier succès électoral, le 25 janvier, pour Syriza. Qui plus est, entre cette échéance et le second scrutin législatif en septembre, Alexis Tsipras a réussi l'exploit de conserver si pas son aura, la popularité électorale de sa formation politique, qui n'a concédé que quatre sièges au Parlement. Entre-temps, Tsipras s'était séparé de ses amis les plus radicaux que la " reddition " au petit matin du 13 juillet insupportait. Ostensiblement, les ruptures n'effraient pas outre mesure le jeune leader. Former un gouvernement avec les Grecs indépendants de la droite populiste et souverainiste n'était pas une option naturelle pour un allié de Podemos en Espagne et du Front de gauche en France. Mais l'arithmétique électorale et le discrédit des partis traditionnels l'imposaient pour accéder au pouvoir. Faut-il y voir la marque d'un homme d'Etat ou la stratégie d'un opportuniste ? Pour Luuk Van Middelaar, ancien conseiller du président du Conseil européen Herman Van Rompuy, il est trop tôt pour acquiescer à la première formulation. Mais tout le monde reconnaîtra avec lui qu'Alexis Tsipras " a fait preuve d'un grand sens du réalisme ".