Depuis octobre dernier, le Musée des beaux-arts de Verviers, dit musée Renier, voit défiler des classes de primaire, 75 en tout, pour apprendre la guerre 14-18 et la vie de la cité lainière sous l'Occupation. Les adultes peuvent aussi trouver leur compte dans cette exposition de quelques salles didactiques (1), entourées de tableaux, dont celles des intimistes verviétois et un Fernand Khnopff ( Bruges. Une église) qui va participer à l'exposition rétrospective du peintre symboliste au Petit Palais, à Paris (du 11 décembre au 17 mars prochains). Les photographes verviétois Martin Fettweis et Franz Monfort sont également sortis des réserves pour leur art de saisir la vie or...

Depuis octobre dernier, le Musée des beaux-arts de Verviers, dit musée Renier, voit défiler des classes de primaire, 75 en tout, pour apprendre la guerre 14-18 et la vie de la cité lainière sous l'Occupation. Les adultes peuvent aussi trouver leur compte dans cette exposition de quelques salles didactiques (1), entourées de tableaux, dont celles des intimistes verviétois et un Fernand Khnopff ( Bruges. Une église) qui va participer à l'exposition rétrospective du peintre symboliste au Petit Palais, à Paris (du 11 décembre au 17 mars prochains). Les photographes verviétois Martin Fettweis et Franz Monfort sont également sortis des réserves pour leur art de saisir la vie ordinaire de leurs contemporains aussi bien que des événements historiques, comme la retraite des Allemands en 1918 et les cérémonies patriotiques d'après-guerre. Assis sagement par terre, les élèves suivent la vie d'une fillette de leur âge, Marie-Louise Jacob, fille du docteur Constant Jacob, dont les deux frères vont mourir au front. Ils ne manqueront pas de s'intéresser au sort dramatique des quatre fusillés de Verviers, dont celui d'Orphal Simon (1887 - 1915), abondamment documenté par ses descendants. Il avait 28 ans, était père de cinq enfants et d'un dernier à naître, dont il avait choisi par avance le prénom, lorsqu'il fut fusillé à la Chartreuse (Liège), pour espionnage. Il faisait partie du service de renseignement français René-Bénazet basé à Maastricht, derrière la clôture électrique séparant les Pays-Bas neutres de la Belgique occupée. Avec d'autres, Orphal collectait et transmettait des informations sur les trains en provenance d'Allemagne et les mouvements des convois militaires. Ancien contremaître dans une fabrique de bâches, il était agent d'assurances et se déplaçait dans toute la région sans éveiller de soupçons. Jusqu'au jour où le réseau fut démantelé... Orphal Simon cachait chez lui Anne Bénazet, la soeur du capitaine Bénazet, que les résistants cherchaient à faire passer de l'autre côté de la frontière. Les soldats allemands arrêtèrent la jeune femme, ainsi que son hébergeur, et nombre de ses compagnons clandestins. Ils furent tous condamnés à mort, mais la peine d'Anne Bénazet fut commuée en travaux forcés à perpétuité, après une " intervention énergique du marquis de Villalobar, ministre d'Espagne à Bruxelles ", écrivait le poète Adolphe Hardy dans un récit paru dans La Libre Belgique au début d'août 1939, quand il était urgent de ranimer la flamme du patriotisme belge. De la prison Saint-Léonard où sa femme lui apportait du linge propre toutes les semaines, Orphal a écrit à celle-ci des lettres édifiantes, pleines de recommandations pour le futur de leurs enfants : " N'oubliez pas la paix des familles pour avoir la paix des nations. " Ces lettres et d'autres figurent dans Le Drame de la Chartreuse de Liège, publié en 1924 par un moine de Maredsous, Hadelin de Moreau. Après la guerre, l'épouse d'Orphal fut aidée sous la forme d'un poste de concierge. De quoi apprécier la lecture-spectacle donnée au musée Renier, A plus inconnu que le soldat inconnu, sa femme (2).