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Le 25 octobre, Elisabeth de Belgique fêtera ses 18 ans. Première dans l'ordre de succession au trône, depuis la suppression dans la Constitution de la loi salique, en 1991, elle sera alors en âge de succéder à son père, Philippe, roi depuis le 21 juillet 2013. L'actuelle duchesse de Brabant deviendra alors la première reine de l'histoire belge à régner sur son peuple, souverain. Le pays aura connu, avant elle, sept autres reines mais des reines consorts, c'est-à-dire sans les pouvoirs de leurs maris de rois régnant : Louise d'Orléans, Marie-Antoinette d'Autriche, Elisabeth en Bavière, Astrid de Suède, Fabiola de Mora y Aragon, Paola Ruffo di Calabria et Mathilde d'Udekem d'Acoz, respectivement épouses de Léopold Ier, Léopold II, Albert Ier, Léopold III, Baudouin, Albert II et Philippe. Ces sept reines-là ont elles-mêmes été précédées sur le territoire qui forme aujourd'hui la Belgique par sept autres femmes de sang royal : aux Pays-Bas bourguignons, espagnols puis autrichiens, le pouvoir monarchique se conjugue ainsi souvent au féminin. Mais ce pouvoir n'est qu'apparence, confié à des gouvernantes aux ordres de Madrid et de Vienne. Elles sont filles ou soeurs de rois ou d'empereurs, précocement veuves de puissants souverains ou épouses de princes de moindre envergure. Elles ont le profil pour être placées à la tête de ce qui n'est guère plus qu'un Etat satellite aux mains de la puissante dynastie habsbourgeoise. Lorsqu'elles sont envoyées aux Pays-Bas pourvues du titre ronflant de gouvernante générale, c'est en mission strictement commandée depuis Madrid puis Vienne. Leur principale vertu est d'être de sang royal. Les monarques qui les désignent ne les conçoivent pas autrement que comme des instruments dociles de leur politique absolutiste. Ils attendent d'elles qu'elles fassent honnêtement tourner la boutique depuis leur cour installée à Malines puis à Bruxelles, lointaines succursales des capitales espagnole puis autrichienne. Si les gouvernantes règnent, elles gouvernent peu, avant tout confinées dans des fonctions d'apparat et flanquées de " ministres " investis de réels pouvoirs. Tâche ingrate. Elle soumet à rude épreuve celles qui en héritent, dans des régions volontiers rebelles à l'autorité centrale. Elle les condamne à se montrer fidèles à leur maison dynastique plutôt qu'à l'écoute de leurs sujets, à taire leurs inclinations personnelles pour ne songer qu'à imposer les intérêts de leur famille, brutalement s'il le faut. Toutes en ont souffert, pas toujours en silence, jusqu'à parfois tenter de se rebiffer. Elles ont beau être nées aux Pays-Bas pour certaines d'entre elles, elles restent des étrangères par leur éducation, la langue qu'elles pratiquent et, surtout, par devoir. Sept gouvernantes ont ainsi cumulé 123 ans de présence à la tête des Pays-Bas tour à tour bourguignons, espagnols puis autrichiens, du xvie au xviiie siècles.Deux fois veuve à 25 ans, elle reçoit en 1507 de son père, l'empereur Maximilien Ier, la gestion des territoires bourguignons. Elle se mue au passage en mère de substitution de son neveu Charles, qu'elle contribue à faire élire empereur en 1519. Ledit Charles Quint confirme sa tante dans sa fonction de gouvernante, pourvue d'une assez grande liberté d'action. Energique, peu encline à faire de la figuration, Marguerite se révèle habile diplomate. Au seuil de la mort, depuis son hôtel de Malines où elle avait établi sa Cour, elle écrit à son neveu qu'elle lui laisse les Pays-Bas non seulement intacts mais " grandement augmentez " (sic). Ex-reine de Hongrie, veuve sans enfants à 21 ans, elle est appelée par son frère Charles Quint à succéder à Marguerite d'Autriche en janvier 1531. Marie hérite des Pays-Bas en proie aux troubles religieux, et cette partisane de la tolérance reçoit pour instruction de lutter sans faiblesse contre l'hérésie protestante naissante. Les désirs de l'empereur étant des ordres, Marie s'y conforme fidèlement quitte à s'attirer une douloureuse impopularité. Elle se console en se faisant construire de somptueux châteaux à Mariemont et à Binche. Eprouvée par une pénible gouvernance, elle suit son frère en Espagne lorsqu'il abdique en 1555 et le suit de très peu dans la tombe en 1558. Fille naturelle de Charles Quint et de la fille d'un tapissier d'Audenarde, Marguerite a à son actif deux mariages malheureux avec des princes italiens quand son demi-frère Philippe II la désigne en 1559 pour les Pays-Bas au bord d'une guerre de religion. Corsetée par les strictes consignes venues de Madrid, la gouvernante est parfaitement impuissante à enrayer l'escalade. Il lui faut alors subir la répression sanglante de l'hérésie protestante menée par l'envoyé de l'intransigeant monarque espagnol, le duc d'Albe. C'est plus que Marguerite ne peut supporter : elle refuse de passer pour complice de ce régime de terreur, obtient de quitter en 1570 des Pays-Bas traités en pays conquis et meurt seize ans plus tard en Italie. Faute d'avoir su faire de sa fille unique une reine de France, Philippe II accorde en 1598 à Isabelle les Pays-Bas et la marie pour la circonstance à Albert d'Autriche, archiduc et cardinal. Le couple est investi d'une autonomie toute relative mais assure à la région une grande prospérité et dote Bruxelles d'une cour flamboyante. Isabelle, de nature démonstrative, parvient à se faire aimer de ses sujets mais elle tient de son père ce caractère foncièrement catholique qui fait triompher la contre-Réforme et reculer l'humanisme aux Pays-Bas. Albert décède en 1621. Isabelle, sans descendance, n'est plus traitée qu'en gouvernante par Madrid et achève de sombrer dans la dévotion. Son frère, l'empereur Charles VI, lui confie en 1725 la charge de gouvernante des Pays-Bas devenus autrichiens dix ans plus tôt, à l'issue de la guerre de succession d'Espagne. Marie-Elisabeth est alors une célibataire endurcie de 45 ans, fière de son rang et inféodée aux Jésuites, ce qui la pousse à prendre en grippe les hérésies janséniste et protestante. Ses pouvoirs ne sont pourtant étendus que sur parchemin mais l'autoritaire et distante Marie-Elisabeth sait se montrer autrement impitoyable sur le respect de l'étiquette. Soeur de l'impératrice Marie-Thérèse, elle est nommée gouvernante des Pays-Bas conjointement avec son mari, Charles de Lorraine. Nous sommes en mai 1744 et la guerre de succession d'Autriche requiert Charles à la tête des armées. Son épouse, enceinte, n'a pas le temps de marquer son empreinte : après l'accouchement difficile d'une fille mort-née, Marie-Anne décède en décembre, à 26 ans. Pour succéder au populaire Charles de Lorraine en 1780, Marie-Thérèse choisit sa fille favorite, Marie-Christine, mariée à Albert-Casimir de Saxe-Teschen. La prise de fonction coïncide avec un nouveau règne, celui de l'autoritaire Joseph II, lequel, selon la formule d'Henri Pirenne, entend cantonner le couple dans un rôle de " vice-rois fainéants ". Au moins trouve-t-il le temps de faire bâtir le château de Laeken en 1782-1784. Orgueilleuse, Marie-Christine souffre de la volonté de son frère l'empereur de tout régenter, elle désapprouve ses réformes à la hussarde qui enflamment les Pays-Bas en 1789. Balayé par cette Révolution brabançonne, le couple regagne Bruxelles en juin 1791, le temps d'une fragile restauration autrichienne, avant que les armées révolutionnaires françaises ne les forcent en 1793 à un second exil, définitif.