A Bruxelles, le roi passe en revue les troupes anglaises, le 26 janvier 1918. © GALLICA.BNF.FR

LES ALLIÉS EN BELGIQUE : UNE OCCUPATION AMICALE

A la libération, les Belges accueillent les alliés à bras ouverts, réchauffant le coeur des soldats endurcis par quatre ans de combats meurtriers. Mais au fil des mois, cette occupation amicale commence à peser tant aux Belges qu’aux libérateurs qui ont hâte de retrouver leur vie d’avant-guerre.

Quand l’armistice prend effet le 11 novembre 1918, seule une petite partie de la Belgique est libérée du joug allemand. Dans ces localités, les Belges sortent dans les rues afin de saluer leurs libérateurs. Partout on hisse des drapeaux belges et alliés, on chante et on va à la rencontre des soldats. Au fur et à mesure que les alliés avancent vers l’Allemagne, les mêmes scènes, de plus en plus formelles, se répètent. Les civils érigent des arcs de triomphe, accrochent des banderoles  » gloire aux alliés  » et les bourgmestres prononcent des discours d’accueil élogieux.

Les troupes alliées – les soldats britanniques en particulier – sont impressionnés par ces démonstrations de ferveur. Alors que durant la guerre, leurs relations avec les Belges vivant dans les environs d’Ypres étaient plutôt tendues, l’attitude des autres civils à leur égard est bien plus chaleureuse. Comme le raconte un Britannique,  » les soldats trouvent les gens extrêmement hospitaliers, surtout en comparaison avec ceux qui habitent dans d’autres endroits de France et de Belgique où ils ont tendance à exploiter les soldats « .

Cet accueil est important pour les milliers de soldats anglais, australiens, canadiens, écossais, français et autres qui vont s’installer dans les villages et les villes belges (principalement au sud du pays), où ils séjourneront de quelques jours à plusieurs mois. Leur présence prolongée en Belgique est due à deux facteurs. D’abord, les alliés ne veulent pas réduire trop vite la taille de leurs armées de peur d’encourager les Allemands à reprendre les combats. La deuxième raison est plutôt logistique. La démobilisation des grandes armées ne va pas de soi. La concurrence pour le transport -maritime, par voie ferrée ou routier – est rude. De plus, la plupart des gouvernements ne sont pas pressés de rapatrier leurs soldats car l’arrivée en masse d’hommes sans emploi risque de bouleverser les économies nationales.

Des batailles de boules de neige parfois acharnées...
Des batailles de boules de neige parfois acharnées…© AUSTRALIAN WAR MEMORIAL

ENTRE GUERRE ET PAIX

Au début, le séjour des soldats parmi les civils bénéficie aux deux parties. Les militaires peuvent prêter main forte en cas de violences populaires. A Saint-Hubert, par exemple, l’autorité civile fait appel aux Français du 3e Bataillon des Chasseurs à Pied pour calmer  » quelques troubles mesquins « . Souvent, la simple présence des alliés suffit à calmer les esprits nerveux. Ainsi, l’absence de violences dans le Borinage – une des premières régions libérées – est probablement due à la rapidité de l’arrivée des militaires alliés et de la gendarmerie belge.

Une fois les esprits calmés et les soldats installés, on retrouve un soupçon de vie d’avant-guerre. Le début de cette transition de la guerre vers la paix est plus marqué pour les militaires que pour les civils. Cantonnés parmi les Belges, souvent dans leurs maisons, les soldats réapprennent les plaisirs simples tels que passer une soirée en famille ou dormir dans un lit. Un Australien note dans son journal son excitation :  » Nous avons obtenus des lits, des lits véritables, vrais de vrais… Je veux dire des équipements civilisés pour dormir, ce qui nous était… une nouveauté appréciable. « 

L’organisation d’activités destinées à occuper les soldats engendre une reprise de la vie sociale pour tous et consolide les liens entre les militaires et leurs hôtes. Plusieurs matchs de football entre unités et équipes locales ont lieu ainsi que des concerts alliés, souvent aux profits d’oeuvres de charité. Les soldats invitent aussi des Belges – surtout des femmes – au cinéma et aux bals d’unité, très populaires mais parfois source de tensions.

LE SÉJOUR SE PROLONGE

 » Des Ecossais volent « , titre un article de la presse belge fin janvier 1919. Le ton de celui-ci, parlant d’individus  » d’allure louche « , contraste avec les références aux  » beaux athlètes  » d’Ecosse du mois précédent. Au fil du temps, des articles moins élogieux à propos des  » exploits des soldats  » se multiplient.

Cette situation n’étonne guère. Malgré les efforts pour divertir les soldats, la lenteur de la démobilisation est source de frustrations. Leur ennui se manifeste de plusieurs façons, fréquemment au détriment des locaux. Par exemple, lors de batailles de boules de neige, l’acharnement des soldats provoque quelques dégâts : des vitres sont brisées et des visages tuméfiés. Plus graves encore sont les cas d’ivresse, de vol et de violence qui ternissent l’image des alliés. Il faut toutefois souligner que grâce au logement des troupes chez des particuliers généralement amicaux, il n’y a pas d’incidents d’indiscipline collective tels qu’on les retrouve dans d’autres pays.

Où le soldat réapprend les gestes et les plaisirs simples.
Où le soldat réapprend les gestes et les plaisirs simples.© AUSTRALIAN WAR MEMORIAL

Mais cette proximité pose d’autres problèmes. Les jeunes hommes sont jaloux des soldats alliés qui, d’après eux, ont beaucoup de succès auprès de la gent féminine. A Charleroi, ils créent même une  » Ligue du respect moral  » pour veiller sur le comportement des femmes. Les prêtres aussi se plaignent de l’abaissement de la  » moralité publique « . Comme le déplore un religieux à Acoz,  » la présence de troupes (étrangères)… est une cause d’immoralité générale – un désastre. « 

ENFIN LIBRES !

Graduellement, les alliés s’en vont sous les adieux touchants des familles et en particulier  » des jeunes villageoises, les yeux rouges « , créant dans les gares des scènes  » dramatico-comiques « . Dans de rares cas, des civiles mariées aux soldats suivent leur nouvel époux, ou bien c’est le soldat qui reste ou qui revient en Belgique après sa démobilisation. Mais dans l’ensemble, ces hommes qui ont brièvement bousculé la vie belge à la sortie de la guerre ne reviendront pas. Avec leur départ, pour la première fois depuis une soixantaine de mois, la Belgique n’est plus occupée par des militaires étrangers et le peuple est enfin libre !

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