"Il y avait deux camps" à Léopoldville, la capitale (aujourd'hui Kinshasa): la ville blanche et la cité noire, séparées par une barrière, résume un Congolais, Mathieu Kuka, dans le livre Mémoires Noires du journaliste François Ryckmans, réédité à l'occasion du 60e anniversaire de l'indépendance, qui tombe mardi. Mais la Belgique a néanmoins légué à son ancienne colonie une série d'atouts, comme les infrastructures, des réseaux scolaire et sanitaire - certes largement déglingués - et la création d'une entité géopolitique qui a résisté à nombre de tentatives de balkanisation et d'ingérence des pays voisins lorgnant sur les richesses naturelles de ce "scandale géologique". En 1960, à l'indépendance, le Produit intérieur brut (PIB) congolais était égal à celui de la Corée du sud, soit 20 milliards de dollars. En 2006, année des premières élections libres en 41 ans, il était tombé à 4 milliards de dollars... pour remonter à environ 45 milliards en 2019.

Selon un éminent historien congolais, le professeur Isidore Ndaywel-è-Nziem, la période de la colonisation belge du Congo, qui a en fait débuté le 15 novembre 1908 par la création de l'Etat indépendant du Congo (IEC) par le roi Léopold II, s'est caractérisée à la fois par une mise en valeur des ressources naturelles du pays et par une absence de vision de la part des autorités belges de l'époque. Au cours des 52 ans de colonisation - qui a pris fin le 30 juin 1960 par l'octroi "précipité" de l'indépendance -, la Belgique ne s'est pas assez préoccupée de relever le niveau de vie et d'enseignement, avait-il souligné dans un entretien accordé en 2008 à l'agence BELGA. "L'instruction est restée élémentaire", avait-il expliqué dans une allusion au fait que si la scolarité de base était largement développée, la formation des élites avait été négligée - sauf par l'Eglise catholique. En 1960, le Congo fraîchement indépendant ne comptait ainsi qu'une trentaine d'universitaires.

Selon le professeur Ndaywel-è-Nziem, la période coloniale (1908-1960) s'est caractérisée par une mise en valeur des ressources naturelles de cet immense pays (caoutchouc d'abord, cuivre, étain, diamant) et par des efforts en matière d'agriculture - mais principalement tournés vers l'exportation. "C'est la période de mise en valeur de la colonie", a-t-il souligné, en admettant que la Belgique était arrivée à des "performances non négligeables". La colonisation belge ne s'est, selon lui, toutefois pas suffisamment préoccupée de liberté sociale et économique des populations congolaises. "C'est dû au fait que la Belgique n'avait pas d'idée en tête" sur la manière de diriger sa colonie, a dit l'historien.

Il a cependant souligné que la Belgique n'avait "pas eu la chance d'avoir eu d'autres colonies, sur une longue période", comme ce fut le cas de la France, de la Grande-Bretagne et même du Portugal, pour pouvoir tirer des leçons de différentes expériences. Et après-guerre (en 1945), le Congo se retrouve très en retard en ce qui concerne la prise de conscience de son destin par la population et la formation des élites, a fait valoir ce directeur honoraire de l'agence intergouvernementale de la Francophonie. D'où la difficulté, selon lui de gérer une "indépendance précipitée" à la suite d'une accélération des revendications des premiers dirigeants politiques congolais. "Cela explique en partie la grande débâcle du demi-siècle d'indépendance", a poursuivi le professeur Ndaywel-è-Nziem, tout en notant que depuis l'époque léopoldienne, le territoire n'a cessé d'être "ballotté" par les influences internationales. Il a rappelé que durant l'ère coloniale, le Belgique avait dû contrer les visées françaises, allemandes et britanniques sur le Congo. Puis durant la Guerre froide - et la dictature mobutiste (1965-1997) -, il fallait "garder le Congo dans le camp occidental". Et avec le phénomène de la globalisation, le Congo est redevenu un enjeu sur la scène internationale, en raison de ses minerais (coltan, cassitérite...), de sa forêt et de son pétrole - encore peu exploité. "Cela empêche le Congo de se développer", a encore indiqué l'historien.

"Il y avait deux camps" à Léopoldville, la capitale (aujourd'hui Kinshasa): la ville blanche et la cité noire, séparées par une barrière, résume un Congolais, Mathieu Kuka, dans le livre Mémoires Noires du journaliste François Ryckmans, réédité à l'occasion du 60e anniversaire de l'indépendance, qui tombe mardi. Mais la Belgique a néanmoins légué à son ancienne colonie une série d'atouts, comme les infrastructures, des réseaux scolaire et sanitaire - certes largement déglingués - et la création d'une entité géopolitique qui a résisté à nombre de tentatives de balkanisation et d'ingérence des pays voisins lorgnant sur les richesses naturelles de ce "scandale géologique". En 1960, à l'indépendance, le Produit intérieur brut (PIB) congolais était égal à celui de la Corée du sud, soit 20 milliards de dollars. En 2006, année des premières élections libres en 41 ans, il était tombé à 4 milliards de dollars... pour remonter à environ 45 milliards en 2019. Selon un éminent historien congolais, le professeur Isidore Ndaywel-è-Nziem, la période de la colonisation belge du Congo, qui a en fait débuté le 15 novembre 1908 par la création de l'Etat indépendant du Congo (IEC) par le roi Léopold II, s'est caractérisée à la fois par une mise en valeur des ressources naturelles du pays et par une absence de vision de la part des autorités belges de l'époque. Au cours des 52 ans de colonisation - qui a pris fin le 30 juin 1960 par l'octroi "précipité" de l'indépendance -, la Belgique ne s'est pas assez préoccupée de relever le niveau de vie et d'enseignement, avait-il souligné dans un entretien accordé en 2008 à l'agence BELGA. "L'instruction est restée élémentaire", avait-il expliqué dans une allusion au fait que si la scolarité de base était largement développée, la formation des élites avait été négligée - sauf par l'Eglise catholique. En 1960, le Congo fraîchement indépendant ne comptait ainsi qu'une trentaine d'universitaires. Selon le professeur Ndaywel-è-Nziem, la période coloniale (1908-1960) s'est caractérisée par une mise en valeur des ressources naturelles de cet immense pays (caoutchouc d'abord, cuivre, étain, diamant) et par des efforts en matière d'agriculture - mais principalement tournés vers l'exportation. "C'est la période de mise en valeur de la colonie", a-t-il souligné, en admettant que la Belgique était arrivée à des "performances non négligeables". La colonisation belge ne s'est, selon lui, toutefois pas suffisamment préoccupée de liberté sociale et économique des populations congolaises. "C'est dû au fait que la Belgique n'avait pas d'idée en tête" sur la manière de diriger sa colonie, a dit l'historien. Il a cependant souligné que la Belgique n'avait "pas eu la chance d'avoir eu d'autres colonies, sur une longue période", comme ce fut le cas de la France, de la Grande-Bretagne et même du Portugal, pour pouvoir tirer des leçons de différentes expériences. Et après-guerre (en 1945), le Congo se retrouve très en retard en ce qui concerne la prise de conscience de son destin par la population et la formation des élites, a fait valoir ce directeur honoraire de l'agence intergouvernementale de la Francophonie. D'où la difficulté, selon lui de gérer une "indépendance précipitée" à la suite d'une accélération des revendications des premiers dirigeants politiques congolais. "Cela explique en partie la grande débâcle du demi-siècle d'indépendance", a poursuivi le professeur Ndaywel-è-Nziem, tout en notant que depuis l'époque léopoldienne, le territoire n'a cessé d'être "ballotté" par les influences internationales. Il a rappelé que durant l'ère coloniale, le Belgique avait dû contrer les visées françaises, allemandes et britanniques sur le Congo. Puis durant la Guerre froide - et la dictature mobutiste (1965-1997) -, il fallait "garder le Congo dans le camp occidental". Et avec le phénomène de la globalisation, le Congo est redevenu un enjeu sur la scène internationale, en raison de ses minerais (coltan, cassitérite...), de sa forêt et de son pétrole - encore peu exploité. "Cela empêche le Congo de se développer", a encore indiqué l'historien.