"Elle nous a ouvert la voie à toutes", souligne à l'AFP la Première ministre islandaise, Katrin Jakobsdottir, pour qui elle a été "une grande inspiration".

"J'ai grandi avec Vigdis comme présidente, et j'ai réalisé son impact quand elle a quitté le pouvoir et que ma nièce de six ans m'a demandé: 'Est ce qu'un homme peut être président?'", raconte la cheffe du gouvernement en riant.

Avec 16 années consécutives aux responsabilités grâce à trois réélections, Mme Finnbogadottir, ancienne enseignante et directrice de théâtre, détient un record de longévité au pouvoir pour une femme, que pourrait égaler l'an prochain la chancelière allemande Angela Merkel.

"Il était temps de voter pour une femme et de prouver que les femmes peuvent jouer le même rôle que les hommes. Les filles arrêtent complètement de s'excuser. Elles savent qu'elles sont tout aussi importantes pour le pays que les garçons", s'est félicitée dans une récente interview la nonagénaire à la chevelure blonde impeccable, privée de jubilé public à cause du Covid-19.

Une série de Premières ministres - la Sri Lankaise Sirimavo Bandaranaike (1960), l'Indienne Indira Gandhi (1966), l'Israélienne Golda Meir (1969) et la Britannique Margaret Thatcher (1979) - l'avaient devancée sur les chemins du pouvoir. Mais elle fut bien la première cheffe d'Etat élue démocratiquement.

Divorcée et mère d'une enfant, elle remporte à 50 ans une victoire surprise lors de l'élection présidentielle à un tour du 29 juin 1980, avec environ un tiers des suffrages devant trois autres candidats masculins.

"Un exploit considérable", se souvient Ólafur Hardarson, professeur de sciences politiques à l'Université d'Islande, même si les pouvoirs de la présidente sont limités.

L'élection de "Vigdis" - les Islandais s'appellent par leurs prénoms, politiques inclus - arrive dans le sillage d'un autre évènement fondateur: une grève des femmes historique, cinq ans plus tôt.

Vigdis Finnbogadottir avec la reine Elizabeth, Getty
Vigdis Finnbogadottir avec la reine Elizabeth © Getty

Grève des femmes

Le 24 octobre 1975, 90% des Islandaises cessent de travailler et 25.000 d'entre elles, dont la future présidente, se retrouvent dans les rues de la capitale Reykjavík pour démontrer l'indispensable contribution des femmes.

D'une société ultra-patriarcale avec 5% de parlementaires féminines en 1980, l'Islande est aujourd'hui considérée comme un des pays les plus paritaires du monde, en tête de l'indice d'écart entre les sexes du Forum économique mondial depuis onze ans.

"C'est capital psychologiquement pour les gens de grandir dans un pays où le rôle d'une femme dirigeante est aussi moderne", souligne Brynhildur Heidar-Omarsdottir, directrice de l'Association pour le droit des femmes.

Cultivée, Vigdis Finnbogadottir s'est d'abord fait connaître des Islandais à la télévision où elle enseignait le français en 1968, deux ans après l'arrivée du petit écran en Islande.

Cette francophile qui a étudié à Grenoble et Paris a mis l'accent sur l'importance de la langue, dans un pays à la littérature étonnamment dynamique relativement à ses 365.000 habitants.

"Les mots sont nos châteaux à nous, les Islandais", clamait-elle dans son discours d'investiture.

Europhile, elle soutient l'adhésion à l'Espace économique européen en 1994, en dépit d'opposition profondes de ses soutiens lui demandant de bloquer la promulgation de la loi, l'un des rares pouvoirs constitutionnels du président.

"Cet épisode a été le plus difficile de ma carrière", avoua Vigdís Finnbogadóttir par la suite.

La présidente oeuvre également pour la reforestation de la vaste île de l'Atlantique nord, qui reste néanmoins le pays le moins boisé d'Europe.

"Ce sont les deux éléments qui importent le plus à chaque Islandais aujourd'hui: la nature et la langue. Elle était très en avance sur son temps", observe Páll Valsson, son biographe.

"Vigdis", qui avait entamé une carrière d'actrice en 1954, était devenue directrice du théâtre de Reykjavík de 1972 jusqu'à son élection. Elle n'y manque aujourd'hui encore aucune représentation.

"Elle nous a ouvert la voie à toutes", souligne à l'AFP la Première ministre islandaise, Katrin Jakobsdottir, pour qui elle a été "une grande inspiration"."J'ai grandi avec Vigdis comme présidente, et j'ai réalisé son impact quand elle a quitté le pouvoir et que ma nièce de six ans m'a demandé: 'Est ce qu'un homme peut être président?'", raconte la cheffe du gouvernement en riant.Avec 16 années consécutives aux responsabilités grâce à trois réélections, Mme Finnbogadottir, ancienne enseignante et directrice de théâtre, détient un record de longévité au pouvoir pour une femme, que pourrait égaler l'an prochain la chancelière allemande Angela Merkel."Il était temps de voter pour une femme et de prouver que les femmes peuvent jouer le même rôle que les hommes. Les filles arrêtent complètement de s'excuser. Elles savent qu'elles sont tout aussi importantes pour le pays que les garçons", s'est félicitée dans une récente interview la nonagénaire à la chevelure blonde impeccable, privée de jubilé public à cause du Covid-19.Une série de Premières ministres - la Sri Lankaise Sirimavo Bandaranaike (1960), l'Indienne Indira Gandhi (1966), l'Israélienne Golda Meir (1969) et la Britannique Margaret Thatcher (1979) - l'avaient devancée sur les chemins du pouvoir. Mais elle fut bien la première cheffe d'Etat élue démocratiquement.Divorcée et mère d'une enfant, elle remporte à 50 ans une victoire surprise lors de l'élection présidentielle à un tour du 29 juin 1980, avec environ un tiers des suffrages devant trois autres candidats masculins."Un exploit considérable", se souvient Ólafur Hardarson, professeur de sciences politiques à l'Université d'Islande, même si les pouvoirs de la présidente sont limités.L'élection de "Vigdis" - les Islandais s'appellent par leurs prénoms, politiques inclus - arrive dans le sillage d'un autre évènement fondateur: une grève des femmes historique, cinq ans plus tôt.Grève des femmes Le 24 octobre 1975, 90% des Islandaises cessent de travailler et 25.000 d'entre elles, dont la future présidente, se retrouvent dans les rues de la capitale Reykjavík pour démontrer l'indispensable contribution des femmes.D'une société ultra-patriarcale avec 5% de parlementaires féminines en 1980, l'Islande est aujourd'hui considérée comme un des pays les plus paritaires du monde, en tête de l'indice d'écart entre les sexes du Forum économique mondial depuis onze ans."C'est capital psychologiquement pour les gens de grandir dans un pays où le rôle d'une femme dirigeante est aussi moderne", souligne Brynhildur Heidar-Omarsdottir, directrice de l'Association pour le droit des femmes.Cultivée, Vigdis Finnbogadottir s'est d'abord fait connaître des Islandais à la télévision où elle enseignait le français en 1968, deux ans après l'arrivée du petit écran en Islande.Cette francophile qui a étudié à Grenoble et Paris a mis l'accent sur l'importance de la langue, dans un pays à la littérature étonnamment dynamique relativement à ses 365.000 habitants."Les mots sont nos châteaux à nous, les Islandais", clamait-elle dans son discours d'investiture. Europhile, elle soutient l'adhésion à l'Espace économique européen en 1994, en dépit d'opposition profondes de ses soutiens lui demandant de bloquer la promulgation de la loi, l'un des rares pouvoirs constitutionnels du président."Cet épisode a été le plus difficile de ma carrière", avoua Vigdís Finnbogadóttir par la suite.La présidente oeuvre également pour la reforestation de la vaste île de l'Atlantique nord, qui reste néanmoins le pays le moins boisé d'Europe."Ce sont les deux éléments qui importent le plus à chaque Islandais aujourd'hui: la nature et la langue. Elle était très en avance sur son temps", observe Páll Valsson, son biographe. "Vigdis", qui avait entamé une carrière d'actrice en 1954, était devenue directrice du théâtre de Reykjavík de 1972 jusqu'à son élection. Elle n'y manque aujourd'hui encore aucune représentation.