Alphonse XIII règne toujours sur l'Espagne lorsque naît, le 11 juin 1928, Fabiola de Mora y Aragón. Son père est don Gonzalo de Mora y Fernández et sa mère doña Blanca de Aragón. Elle est le sixième enfant des sept que connaîtra cette grande famille. Le roi est d'ailleurs un familier du palais de la calle Zurbano où il vient régulièrement jouer au bridge. Lorsque le camp républicain remporte les élections de 1931 et la guerre civile qui s'en suit, de 1936 à 1939, de nombreuses familles, dont celle de Fabiola, prennent le chemin de l'exil. Trop jeune à l'époque, elle ne s'en souviendra plus tard que par bribes. C'est à l'hôtel Royal, à Lausanne, que le clan Mora élit provisoirement domicile dans l'attente de jours meilleurs. Fabiola, qui a 8 ans, y partage une chambre avec sa soeur Maria-Luz. Elles suivent les cours à l'école des Soeurs de l'Assomption. La victoire des franquistes consacre le retour de la famille à Madrid, en 1939.
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Alphonse XIII règne toujours sur l'Espagne lorsque naît, le 11 juin 1928, Fabiola de Mora y Aragón. Son père est don Gonzalo de Mora y Fernández et sa mère doña Blanca de Aragón. Elle est le sixième enfant des sept que connaîtra cette grande famille. Le roi est d'ailleurs un familier du palais de la calle Zurbano où il vient régulièrement jouer au bridge. Lorsque le camp républicain remporte les élections de 1931 et la guerre civile qui s'en suit, de 1936 à 1939, de nombreuses familles, dont celle de Fabiola, prennent le chemin de l'exil. Trop jeune à l'époque, elle ne s'en souviendra plus tard que par bribes. C'est à l'hôtel Royal, à Lausanne, que le clan Mora élit provisoirement domicile dans l'attente de jours meilleurs. Fabiola, qui a 8 ans, y partage une chambre avec sa soeur Maria-Luz. Elles suivent les cours à l'école des Soeurs de l'Assomption. La victoire des franquistes consacre le retour de la famille à Madrid, en 1939.La vie reprend son cours, l'enfant devient adulte... À quoi ressemblent ses journées ? Fabiola se lève chaque jour à 7 heures. Au volant de sa Seat, elle se rend quotidiennement à la messe. Le petit-déjeuner se partage ensuite entre la lecture des journaux et les propos de sa mère, dont l'une des grandes passions est de recueillir les chiens abandonnés.Une demi-heure plus tard, la voilà vêtue de blanc pour assister les meilleurs chirurgiens de l'hôpital militaire. Les gestes sont énergiques et précis, l'esprit sans cesse en éveil. Mais à peine a-t-elle rangé le scalpel que Fabiola revient au palais pour organiser le travail quotidien des serviteurs. Le personnel de la maison éprouve pour la jeune fille une profonde tendresse. N'est-elle pas le fidèle portrait de son père, décédé en 1957? D'ailleurs, chaque midi, elle entrouvre une porte au premier étage de la grande demeure et pénètre dans le bureau du marquis où rien n'a changé depuis son décès. Dans un vase près de la fenêtre, elle dispose un bouquet de roses rouges, fleurs qu'il affectionnait particulièrement.Mais il y a une autre Fabiola, celle qui revêt un vieux tablier moucheté de couleurs pour manier la palette, les fusains, les pinceaux ou pour saisir une plume trempée dans l'encrier pour s'évader dans des forteresses mystérieuses où résident de courageux chevaliers. De ses périples imaginaires, elle rapporte des contes destinés à ses neveux et nièces, qu'elle illustre avec inesse. La jeune Fabiola signe ainsi Los Doce Cuentos Maravillos. C'est l'histoire d'une princesse dont les larmes se changent en roses et les roses en ravissantes demoiselles. La reine Myrta y vit des aventures particulièrement épiques. Flip, un vilain garnement, y est pris en main par des leurs qui lui enseignent patiemment à bien se conduire dans la vie.Quant à ses soirées, un texte de Laure Boulay de la Meurthe, intitulé L'ordre et la discipline règnent sur la maisonnée, nous les raconte : "Au moment de ses iançailles, Fabiola est le seul enfant qui habite encore au palais. Elle se plie à un emploi du temps rigide et immuable : 21 heures : repas du personnel. 22 heures : dîner de la comtesse Fabiola, chacune en bout de table. Trente minutes plus tard, le personnel doit se réunir devant la table de la salle à manger pour réciter le rosaire, dit alternativement un soir par la fille, un soir par la mère. Les dix-sept membres du personnel agenouillés murmurent les prières à voix basse. Deux bougies tiennent lieu d'éclairage dans l'énorme pièce. À 23 heures, toutes les lumières de la maison doivent être éteintes."On peut facilement imaginer le sourire pincé du Premier ministre belge, Gaston Eyskens, en 1960, lorsqu'il prend connaissance de cet article paru dans un magazine français qui annonce froidement la prochaine entrée de Baudouin dans les Ordres et le couronnement de la princesse Paola -- qui a épousé l'année précédente le prince Albert -- comme reine des Belges. De fait, nos ministres ont été informés depuis quinze jours du futur mariage du chef de l'État. Le secret est bien gardé, tant par Milagros, la vieille gouvernante de Fabiola, que par ses soeurs : Neva, l'aînée, mariée au marquis d'Aguilar et déjà mère de dix enfants; Maria-Luz, la préférée de la future reine, et épouse du très sérieux comte Saltes; et enfin la cadette, Anna-Maria devenue comtesse de Salinas. Pourtant certains signes ne mentent pas. N'a-t-on pas surpris Fabiola en train de se plonger dans une grammaire néerlandaise ou écouter les journaux, attentive à la moindre nouvelle concernant le Congo, en pleine ébullition depuis son indépendance, proclamée le 30 juin de cette année?Le cardinal Suenens souligne le rôle essentiel qu'a joué une religieuse irlandaise dans la rencontre entre les deux futurs époux. Le roi a demandé à Veronica O'Brien, la soeur en question, de lui trouver une épouse profondément croyante comme lui. Ce qui l'a conduit dans la bonne société madrilène connue pour sa piété. Néanmoins, deux historiens, Emmanuel Gerard et Mark Van den Wijngaert, contestent quelque peu cette version en affirmant que le couple s'était déjà rencontré lors d'une grande fête dans l'aristocratie espagnole, puis lors de l'Exposition universelle de 1958. Mais il ne fait néanmoins aucun doute que soeur Veronica O' Brien est une facilitatrice. D'autres sources relèvent qu'on attribue au roi, en cet été 1959, une idylle avec Marie-Thérèse de Bourbon-Parme. Fabiola et Baudouin ont tout le loisir de se voir alors qu'ils séjournent tous les deux près de Mougins, lui dans la villa de son père près de Cagnes, elle dans la famille de Luxembourg, et donc chez la soeur du souverain, Joséphine-Charlotte!Mais au-delà de la ferveur religieuse de Fabiola, qu'est-ce qui séduit, chez elle, le jeune souverain? Sa parfaite spontanéité et son étonnante simplicité. Baudouin déteste les snobs, dégoûté par les intrigues et les flatteries qui ont altéré le climat déjà fort tendu dans lequel il a dû succéder à son père, au lendemain de la Question royale qui l'a chassé du trône.Fabiola est présentée à la presse à Ciergnon. Pour la circonstance, la fiancée a choisi une tenue simple faite d'une jupe très sport, d'un chandail bleu et d'un sac sans aucune fioriture.Le 15 décembre 1960, la capitale arbore à qui mieux mieux les trois couleurs nationales. Par une journée brumeuse, des millions de Belges assistent sur place ou devant leur écran de télévision, qui retransmet la cérémonie en direct, au mariage de leur souverain avec cette aristocrate espagnole. Après l'échange de consentements civils devant le bourgmestre Lucien Cooremans, le long cortège rejoint celle que l'on appelle encore la collégiale. La messe et la bénédiction nuptiale ont lieu sous l'égide du vieux cardinal Van Roey, qui décédera quelques mois plus tard, et du cardinal Suenens qui lui succédera, mais qui n'est encore que l'évêque auxiliaire du diocèse de Malines. Les puissants orgues distillent du Bach et du Haendel.Dédaignant le vouvoiement qui convient à un tel échange, le souverain prononce le serment de mariage de cette manière "Moi, Baudouin, je te donne à toi que je tiens ici par la main, ma foi de mariage et je te prends pour ma légitime épouse devant Dieu et Sa Sainte Église. "Le mariage a été précédé d'un grand bal à la Cour le 13 décembre. Jo Gérard, historien et journaliste bien connu, s'en souviendra vingt-deux ans après, en ces termes : "Le homard aux aromates était réussi, la selle de marcassin plutôt banale, le château Yquem 1949 inoubliable, mais le Dom Pérignon 1952 moins marquant. Je vois encore la robe lilas de Margaret d'Angleterre, les deux filles de Juliana épanouies comme des tulipes, le grand collier de l'Ordre d'Isabelle la Catholique sur l'uniforme de Baudouin et cette robe couleur soleil dont resplendissait Fabiola. " Et avec son humour grinçant, à propos des commentaires de la RTB, Jo Gérard ne pourra s'empêcher de souligner : "Quand le cortège royal arriva Grand-Place, on eut droit à deux énormes pataquès. Le premier, une allusion au bombardement de Bruxelles par Villeroy, ce qui dût faire plaisir à nos hôtes français. Le second : le récit de la décapitation d'Egmont et Hornes, délicate attention pour les invités espagnols."Le voyage de noces est écourté, le roi étant rappelé au pays par l'explosion sociale qui l'agite. En effet, le gouvernement de Gaston Eyskens a pris des mesures d'austérité qu'il a consignées dans la fameuse Loi Unique. Cette dernière suscite la colère des syndicats qui déclarent la grève générale. Le mouvement s'essouffle rapidement en Flandre, mais en Wallonie, sous la conduite du syndicaliste André Renard, fédéraliste wallon convaincu, il prend une ampleur sans précédent, notamment par le saccage de la gare des Guillemins à Liège. Devant une telle contestation, le gouvernement se résout à retirer la Loi.Le 15 février, un Boeing de la Sabena s'écrase à Berg dans le Brabant flamand, faisant septante-deux morts. La reine réconforte du mieux qu'elle le peut les familles endeuillées.Quelques mois plus tard, Baudouin et Fabiola sont reçus en audience par le pape Jean XXIII. La reine dissimule mal une grosse fatigue et des symptômes qui ne semblent tromper personne. Le couple royal confie son secret au souverain pontife qui ne peut s'empêcher d'annoncer devant la presse à l'issue de la rencontre : "La reine attend un heureux événement, c'est à moi que la reine Fabiola a réservé cette heureuse nouvelle et j'en suis extrêmement ému. Rien ne relève la hauteur des sentiments et de la piété des souverains."Dès le lendemain, plusieurs radios relaient la nouvelle, avant même que le gouvernement, pris de cours, ne puisse à son tour s'adresser aux Belges en priorité comme il est de coutume de leur réserver ce type de nouvelle. Théo Lefèvre, le Premier ministre, déclare à son tour : "Il est exact que le roi et la reine ont confié au pape leurs espérances de naissance possible. Il est naturel et de tradition que l'annonce au peuple belge, en tout premier lieu, d'un heureux événement, soit faite en toute certitude. Je crois être l'interprète du pays en formant des voeux pour qu'une espérance puisse bientôt être confirmée dans la joie de tous." On ne peut être plus clair et plus nuancé.De fait, Fabiola fait une fausse couche conirmée par un communiqué officiel du palais : " Un heureux événement ne doit pas être attendu au château royal de Laeken dans les temps prochains. L'état de santé de la reine ne donne signe d'aucune inquiétude. Sa Majesté sera complètement rétablie dans les prochains jours." Malgré de nombreuses visites dans le monde auprès des plus grands spécialistes dans le domaine de la fertilité, Fabiola n'aura plus aucun espoir de grossesse, et c'est vers leurs neveux et nièces et tous les enfants du pays que se tournera son affection, ainsi que celle du souverain.Comme un malheur n'arrive jamais seul, Baudouin et Fabiola doivent affronter une nouvelle tempête médiatique. Alors qu'ils passent leurs vacances en Espagne, ils décident de rendre à son invitation une visite de courtoisie au général Franco à bord de son yacht, l'Azol. À cette fin, ils obtiennent l'aval du gouvernement belge, qui n'a aucune raison de refuser ce contact alors que presque tous les pays, dont le nôtre, ont reconnu depuis bien longtemps l'Espagne dirigée d'une main de fer par le Caudillo. Quelques photographes qu'un vent favorable a avertis sont cachés non loin de l'endroit de la rencontre et fixent sur la pellicule une poignée de main que d'aucuns jugeront inadéquate entre le roi et Castiella, présentement ministre des Affaires étrangères, mais aussi ancien commandant de la sinistre légion Azul, qui a combattu auprès des troupes nazies sur le front russe. Notons au passage que depuis la fin de la guerre, Léon Degrelle continue à vociférer son amour pour l'Ordre nouveau et coule, jusqu'à sa mort, des jours paisibles sur la côte ibérique.La réaction ne se fait pas attendre dans les rangs de la gauche belge. Sous la plume de l'un de ses journalistes, Le Peuple, organe officieux du Parti socialiste, notera : "Je me rappelle la visite du couple royal aux anciens déportés lors de la cérémonie de Breendonck de mai dernier. La reine avait été charmante et nous avons cru à son émotion. Ce n'était donc que de la comédie puisque nous apprenons maintenant qu'elle s'est assise à la table des amis d'Hitler et de Mussolini. Finie la royauté! Vive la république pour nous éviter ce genre de camouflet! Nous avons travaillé pour le pays, contre les Franco et consorts et voilà que notre roi ne craint pas de s'asseoir à la table de ces gens.." L'affaire demeure une tempête dans un verre d'eau.Quelques jours plus tard, les souverains doivent interrompre leurs vacances pour assister aux funérailles du cardinal Van Roey, déjà bien soufrant lors de leur mariage. Elles se déroulent à la cathédrale Saint-Rombaut, à Malines.Ce qui caractérise notre souveraine? Une éternelle soif d'apprendre. Elle est très loquace, comme on a pu le constater lors de sa visite de l'exposition La Femme et l'Enfant à travers les affiches de la Première Guerre mondiale qui se tient au musée de l'armée en 1979, dans le cadre de l'année de l'enfant! Elle pousse alors ses interlocuteurs dans leurs derniers retranchements par ses questions qui ne manquent jamais de pertinence.Si elle a des préférences? Mais bien entendu, pour les problèmes liés à l'humanisation des soins de santé, à l'enfance, et aux difficultés que rencontrent les adolescents. Ainsi les contes écrits par la reine font non seulement l'objet d'un disque, mais sont adaptés par un théâtre de Malines qui ne cache pas sa vocation pédagogique. La reine assiste en personne aux répétitions du spectacle en y ajoutant sa petite touche personnelle.À Namur, début 1982, elle se mêle à un groupe d'enfants défavorisés qui redonnent vie à une vieille carcasse automobile par des couleurs chatoyantes. Fabiola, dont la sensibilité artistique n'est plus à démontrer, leur suggère un choix harmonieux de peintures. D'autres fois, elle visite incognito les plaines de jeux de la capitale pour tantôt pousser une balançoire ou rattraper, au bas d'un toboggan, d'intrépides garnements.Elle montre le même enthousiasme quand elle s'implique dans la sécurité routière et son long apprentissage pour les enfants. Très bien informée des problèmes de la jeunesse d'alors, guère différents de celle d'aujourd'hui, elle suit de très près toutes les initiatives favorisant la prévention en matière de drogue, et notamment les efforts fournis par SOS Jeunes. Fabiola va au contact, toujours. Un jour, à Namur, elle déjeune avec une soixantaine d'élèves du secondaire. Des jeunes d'origines fort diverses qui craignaient le décorum et ont au contraire la surprise de pouvoir parler avec une franchise totale à notre souveraine, très à l'aise au milieu des adolescents parfois contestataires. Pour preuve ce dialogue et ces questions d'un journaliste parti à la rencontre de ces élèves qui ont côtoyé la reine :""Elle est chouette", me dit ce collégien de Carlsbourg. "Avec elle, on est à l'aise", de surenchérir cet élève de l'athénée d'Arlon.Tiens et que faisait-elle dans ton athénée?"Elle était venue au cours de flamand et après, elle a dit : 'je vais déjeuner avec vous à la cantine.'"Et qu'a-t-elle mangé?"Mais comme nous, tiens, et avec nous."Parlait-elle?"Oh oui! Et nous aussi. On lui a dit qu'on aimait le rock, les BD et le foot. Elle s'est renseignée sur nos joueurs préférés, où on allait en vacances, ce qu'on ferait plus tard."Et vous n'étiez pas intimidés? Car enfin,une reine..."Une reine, bien sûr, mais on avait l'impression de parler à notre grande soeur. Gaie, elle riait souvent avec nous. Comment dire cela? Voilà : elle nous comprenait sans jamais faire semblant.""Le souci constant d'améliorer la condition des plus démunis se reflète dans les buts des associations sans but lucratif créées et encouragées par la souveraine. Ainsi en est-il des OEuvres de la reine dont les ressources proviennent des cadeaux reçus à l'occasion du mariage, auxquels se sont ajoutés de nombreux dons de particuliers. Son but? Encourager la prévention de l'arriération mentale et former le personnel adéquat. Un exemple d'intervention : Les OEuvres de la reine ont accordé une bourse pour étudier le contenu d'une vidéo montrant aux enfants souffrant d'un déficit mental comment passer une chaussette au pied ou se nourrir. Il s'agit aussi de recruter et de former des volontaires pour assister à cette mise en place.Ce que l'on nomme encore couramment à l'époque le quart-monde fait l'objet de sollicitudes de la souveraine, qui n'hésite pas à prendre une part active aux réunions, soucieuse d'améliorer le sort des laissés-pourcompte de la société contemporaine. Mais on trouve aussi de nombreux inadaptés sociaux dans les familles plus favorisées, dont les parents travaillent sans compter pour leur aisance matérielle, au détriment de l'éducation de leurs enfants, dont ils n'ont plus guère le temps de s'occuper.Mieux encore dans le contexte de la Belgique des années 1980 en proie aux premiers soubresauts fédéralistes, les OEuvres de la reine assurent au palais des rencontres entre les chercheurs des deux communautés, qui trouvent là encore une des trop rares occasions d'échanger leurs idées et leurs réalisations sur le plan médical, familial et scolaire, le tout avec le soutien actif de l'Organisation mondiale de la Santé. C'est ainsi que se tient un important colloque sur les soins de santé primaires, apportés par les généralistes, les infirmières et les soignants à domicile.La Fondation reine Fabiola pour la Santé mentale est constituée en 1967. Les délégués de divers organismes privés créés dans le même but s'y retrouvent pour tenter de combler les lacunes qui subsistent dans la thérapeutique des maladies sociales.Fabiola assure parfaitement ce rôle de médiatrice sociale entre le citoyen et les institutions grâce au service social qu'elle active au sein de son secrétariat. Celui-ci répond aux demandes d'aides qui arrivent continuellement. Réveillant un dossier en panne, pressant le versement d'une allocation, s'il s'avère judicieux, le service intervient financièrement pour soulager les besoins de première nécessité de familles privées des deniers d'un organisme public ou privé.Dans tous les contacts qu'elle noue, la reine manifeste toujours un intérêt particulier pour le pourquoi et le comment de toute réalisation. Elle adore fréquenter le Concours reine Élisabeth, mais elle aime aussi discuter avec les membres des Jeunesses musicales en se documentant sur le contenu de l'enseignement de la musique dans les classes. Si elle admire les peintures d'un artiste accrochées aux cimaises d'une galerie, elle apprécie grandement de visiter son atelier et de mieux comprendre de cette manière la genèse d'une oeuvre comme elle le fait à Heusden, chez Octave Landuyt, un monument de notre peinture contemporaine.Elle aime aussi la poésie. Ainsi la retrouve-t-on en toute discrétion chez Moussia Haulot, l'épouse d'Arthur Haulot, grand résistant et poète belge et commissaire général au tourisme encore unifié. Moussia fait entrer les enfants dans le monde merveilleux des vers poétiques. Fabiola encourage également le grand chef d'orchestre André Vandernoot dans son entreprise de raconter aux jeunes les arcanes de la musique.La reine, dans une monarchie moderne telle qu'elle la vit, a un rôle important de représentation dans les manifestations publiques, ou quand elle doit accueillir les chefs d'État étrangers en visite officielle en Belgique. Ici aussi elle agit en parfaite maîtresse de maison. Maniant à la perfection plusieurs langues, elle facilite les rapports, au point qu'ils deviennent plus amicaux que protocolaires.La in de vie du roi est assombrie par un problème de conscience qu'il partage avec la reine. En 1990, la loi sur la dépénalisation de l'avortement a été adoptée par la Chambre et le Sénat, et ne demande plus pour être promulguée que d'être signée par le roi. Mais c'est contraire aux principes religieux et moraux du roi qui en avertit le Premier ministre Wilfried Martens : " En résumé, écrit-il, je crains que ce projet n'entraîne une diminution sensible du respect de la vie de ceux qui sont les plus faibles. Vous comprendrez donc pourquoi je ne veux pas être associé à cette loi. "Le roi va-t-il abdiquer et laisser son frère lui succéder? Ministres et constitutionnalistes se consultent autour d'un cas inédit dans notre histoire dynastique. La Belgique est alors au bord de la crise de régime, alors que les deux partis sociaux-chrétiens sont ravis de cet appui royal. Comment sortir de la crise? On invoque l'article 82 de la Constitution sur l'impossibilité du roi de régner du fait d'une grave maladie ou d'une démence. C'est évidemment faux, mais une petite entourloupe à la Constitution ne fait pas de tort quand il s'agit de la raison d'État. Le roi est donc déclaré en indisponibilité de régner le temps que soit signée par le Gouvernement, à la place du souverain, cette loi dont il ne veut pas. Dans ce refus, certains voient la main de la très pieuse Fabiola.L'un des derniers moments forts du règne de Baudouin est sans aucun doute la visite qu'il fait à Anvers, au début des années 1990. Faisant i de l'agenda officiel, et parce que cela lui a été suggéré à l'oreille, contre toute attente, le roi se rend dans le quartier chaud de la métropole, à la rencontre des prostituées. On est dans les bas-fonds les plus glauques de la société. De son dialogue avec de jeunes Philippines arrachées à leur famille pour se retrouver sur le trottoir à la merci de prédateurs sexuels, le roi sort profondément ému. Aussitôt, avec la reine, il se saisit du problème. La fameuse maison Payoke, qui accueille dorénavant ces jeunes filles désemparées, devient le symbole de ce nouveau combat moral qui sera révélé au monde entier lors de l'enterrement de Baudouin. Notamment par ce texte au sein de la cathédrale, écrit de la main de l'une des jeunes femmes en question, Luz e Oral, et qui, trop émue, laissera au journaliste Chris De Stoop le soin de le lire : " Mon ami est mort. Qui nous aidera? Je viens de Manille. Ma famille est très pauvre. On m'avait promis un beau travail ici en Europe. Mais ici nous avons été traités comme des esclaves. Nous pleurions, mais personne ne pouvait nous aider. Et quand je me suis enfuie, j'ai été arrêtée par la police. J'ai eu beaucoup trop de problèmes. L'année dernière, le roi est venu nous voir. Nous étions cinq filles. Nous avons pleuré à nouveau, mais ce n'était pas les mêmes larmes. Le roi me tenait par le bras et il m'écoutait. Seul le roi nous écoutait. Et il était choqué. Il y a trop de victimes ici, toutes espérant une vie meilleure en Occident, toutes trompées et traitées comme des objets. Mais le roi a pris notre défense. C'était un vrai roi. Je l'appelais "mon ami" et maintenant nous pleurons à nouveau. Nous avons perdu notre ami. " Baudouin meurt à Motril, dans la villa Astrida, le 31 juillet 1993. Le pays est orphelin de son roi, qui représentait si bien l'unité de la Belgique. L'hommage de la population est à la mesure du dévouement du souverain pour la nation, tout au long de son règne de 40 ans. Lors des funérailles, Fabiola, de blanc vêtue, supporte avec beaucoup de courage cette nouvelle épreuve que lui a réservée la vie. Elle est la première à applaudir chaleureusement sur le balcon du palais royal son beau-frère Albert II qui vient de prêter le serment constitutionnel.Fabiola part se ressourcer en Espagne chez sa soeur préférée, Marie-Luz, qui l'accueille dans son palais non loin de Saint-Jacques-de-Compostelle. C'est là qu'elle apprend par la presse qu'il est question de canoniser son défunt mari. Revenue, elle conserve sa résidence à Laeken jusqu'en 1998 pour terminer sa vie au Stuyvenberg, avec la volonté de ne pas faire d'ombre aux nouveaux souverains désireux de conserver le château du Belvédère.Jusqu'en 2000, Fabiola voyage beaucoup à travers le monde en s'intéressant au sort réservé aux femmes dans les campagnes. Elle représente d'ailleurs notre pays au sommet mondial des Nations unies sur les femmes à Pékin. Elle accorde son patronage au Télévie et devient la marraine de la Frégate Léopold Ier, toujours en service aujourd'hui.En 2009, un individu la menace de mort tant et si bien qu'avec l'humour qui la caractérise, on la voit, le jour d'un traditionnel défi lé militaire, tenir une pomme au-dessus de la tête pour accueillir la flèche du potentiel assaillant.Elle crée une éphémère fondation dans le but d'aider ses neveux et nièces. Celle-ci fait couler beaucoup d'encre, car certains y voient une manière d'échapper aux droits de succession. Elle est rapidement dissoute sur ordre du gouvernement, qui en profite pour raboter la dotation annuelle de la reine.Ses deux dernières apparitions publiques remontent à 2013, lors de la prestation du roi Philippe et de la messe commémorative de la mort de Baudouin. Dès ce moment, fait unique dans l'histoire de notre pays, la Belgique compte trois reines.Le Palais annonce sa mort le 5 décembre 2014. Une semaine plus tard, ont lieu en la cathédrale Saints-Michel-et-Gudule les funérailles, avec un moment fort et émouvant, le Salve Rociera. Cette chanson de prière andalouse est accompagnée de castagnettes par l'une de ses nièces et chantée par le roi Juan Carlos avec le choeur.