Le bilan est lourd : outre les dégâts matériels, on dénombre dix-huit morts et une trentaine de blessés. Trois jours après la catastrophe, le ministre des Travaux publics est chargé de créer une commission pour réfléchir à des mesures susceptibles de prévenir les incendies dans les bâtiments de l'Etat - et de garantir la sécurité des fonctionnaires. En urgence, le gouvernement décide aussi d'octroyer un crédit d'un million de francs pour aider le ministère à faire face à la situation.
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Le bilan est lourd : outre les dégâts matériels, on dénombre dix-huit morts et une trentaine de blessés. Trois jours après la catastrophe, le ministre des Travaux publics est chargé de créer une commission pour réfléchir à des mesures susceptibles de prévenir les incendies dans les bâtiments de l'Etat - et de garantir la sécurité des fonctionnaires. En urgence, le gouvernement décide aussi d'octroyer un crédit d'un million de francs pour aider le ministère à faire face à la situation. Il apparaît que l'incendie s'est déclaré dans les caves, au service cinématographique. Un soldat, occupé à dresser un inventaire, y a imprudemment mis le feu. La justice se montrera pourtant clémente envers lui : l'homme s'en sortira avec quelques semaines d'incarcération. Les juges estiment en fait que la faute vient d'en haut. Fernand Rigot, le responsable du service, se voit reprocher d'avoir fait installer le dépôt de films dans les caves et de n'avoir pas pris (ou fait prendre) les mesures de sécurité suffisantes. Lorsqu'il écope d'une amende et de douze mois de prison avec sursis, il s'insurge : " A plusieurs reprises, j'avais prévenu mes supérieurs du danger que représentait un tel dépôt dans un bâtiment si occupé. " Tous les yeux se tournent vers Julien Kuypers. Instituteur et fils d'instituteur, ce natif de Pepingen a rejoint le ministère de l'Instruction publique en 1920. Après avoir été le secrétaire particulier du ministre Camille Huysmans, Kuypers s'impose comme l'homme clé des cabinets socialistes. Au lendemain de la guerre, c'est la consécration : à 52 ans, il devient secrétaire général du ministère de l'Instruction. A lui la faute ? C'est l'avis du Tribunal correctionnel. Confirmé par la Cour d'appel : le 15 mars 1951, elle condamne Kuypers à six mois de prison avec sursis. L'homme doit-il aussi être démis de ses fonctions ? Pierre Harmel, ministre social-chrétien de l'Instruction publique, le pense. Mais l'opinion publique s'en mêle. Au Parlement, Camille Huysmans déplore une chasse à l'homme : " Je me demande, finalement, s'il ne serait pas plus pratique de faire droguer l'accusé ", déclare le socialiste, cynique. Rien n'y fait : Harmel remplace son secrétaire général. La fin d'une belle carrière ? Non. Kuypers rebondira. En 1954, Léo Collard - un socialiste ! - devient ministre de l'Instruction publique. A la tête de son cabinet, il place... Kuypers. La revanche est puissante : dans les années qui suivent, le haut fonctionnaire sera l'un des acteurs incontournables de la guerre scolaire.