Paris a tellement été photographiée sous toutes ses coutures que chaque nouvelle publication ne manque pas d'égratigner le regard. Bonne nouvelle, certains projets échappent au devenir-carte postale de la Ville lumière. C'est le cas de Paris Impasse (1), ouvrage signé par la Belge Karin Borghouts (Kapellen, 1959), artiste visuelle dont le travail est centré sur l'architecture....

Paris a tellement été photographiée sous toutes ses coutures que chaque nouvelle publication ne manque pas d'égratigner le regard. Bonne nouvelle, certains projets échappent au devenir-carte postale de la Ville lumière. C'est le cas de Paris Impasse (1), ouvrage signé par la Belge Karin Borghouts (Kapellen, 1959), artiste visuelle dont le travail est centré sur l'architecture. C'est à partir de 2011 que l'intéressée s'est passionnée pour les culs-de-sac parisiens, une spécialité urbanistique de la capitale française qui en compte plus de 600. En près de dix ans, Karin Borghouts en a immortalisé des centaines. Signe distinctif? Ces tronçons de rue sont toujours photographiés déserts, sans qu'aucune silhouette n'en perturbe la géométrie. Cette quête compulsive aboutit aujourd'hui à la parution d'un très bel ouvrage, compact et souple à manier, qui reprend 200 artères sans issue classées par arrondissement. D'emblée, on est frappé par la démarche documentaire rigoureuse - faisant de l'ouvrage une somme précieuse pour mesurer les inévitables changements à venir au sein d'un des périmètres urbains les plus concentrés au monde (20.000 habitants au kilomètre carré) - qui n'est pas sans rappeler les prises de vue froides, frontales et distanciées de l'école de Düsseldorf. Il reste qu'en y regardant de plus près, le livre révèle des charmes que l'on ne suspectait pas. Ceux-ci tiennent à la nature même des impasses. Ces lieux dominés par une circulation intérieure échappent à la frénésie des logiques urbaines habituelles. "Une impasse est un lieu de paix et de tranquillité dans la ville. Vous êtes sur un terrain public, mais souvent vous avez l'impression que c'est privé", explique la photographe. Il n'en faut pas plus pour que se révèle un monde suspendu et poétique, une sorte de parenthèse intime à la vie en société.