"250 victimes potentielles de faits non prescrits de pédophilie ont été identifiées au cours de l'enquête", a annoncé lundi le procureur de La Rochelle (sud-ouest), Laurent Zuchowicz.

Joël Le Scouarnec, âgé de 68 ans, est incarcéré depuis mai 2017 dans le cadre d'un premier volet de ce dossier pour lequel il doit comparaître devant la justice du 13 au 17 mars 2020. Ces premiers faits concernent des "viols sur mineur de moins de 15 ans par personne ayant autorité, agressions sexuelles et exhibition sexuelle" sur quatre victimes. Ces faits, qu'il reconnaît partiellement, remontent aux années 1989 à 2017. Durant cette période, le chirurgien a travaillé dans le centre et l'ouest de la France, notamment à l'hôpital de Jonzac, lieu de son dernier domicile.

Après la clôture de ce dossier en mars, la justice a décidé d'ouvrir une procédure distincte pour retrouver et entendre d'autres éventuelles victimes, car la liste des accusations s'est allongée laissant entrevoir une affaire d'une ampleur inégalée.

L'enquête s'est accélérée ces derniers mois avec la découverte lors d'une perquisition de carnets dissimulés sous le plancher du domicile du chirurgien.

Le praticien y décrit des scènes sexuelles à caractère pédophile, près de 200 cas au total. Ces carnets répertorient les garçons d'un côté et les filles de l'autre avec les noms et les prénoms, et parfois les coordonnées. Des images pédopornographiques, des poupées cachées dans le plancher et des perruques ont également été retrouvées.

Viols ou fantasmes ?

Les enquêteurs tentent depuis de déterminer si ces carnets décrivent des agressions sexuelles ou viols qui se sont effectivement produits, ou s'il s'agit de simples "fantasmes", comme le martèle l'avocat du chirurgien gastrique, Thibaut Kurzawa. Contacté par l'AFP, il n'a pas souhaité faire de commentaire, indiquant qu'il n'avait "toujours pas accès au dossier".

Parmi les 250 victimes finalement identifiées, "209 ont pu être auditionnées, plusieurs d'entre elles faisant état de souvenirs précis", stipule le communiqué du procureur ajoutant que "184 ont souhaité déposer plainte". Parmi ces plaignants, 181 victimes "étaient mineures au moment des faits", selon le magistrat. L'enquête se concentre sur la Bretagne (ouest), où 159 faits potentiels ont été répertoriés, a encore révélé le procureur.

Devant le nombre important de plaignants résidant dans ce secteur, le parquet de La Rochelle s'est dessaisi du dossier au profit du parquet de Lorient qui poursuivra les investigations.

Le "chirurgien de Jonzac" avait été arrêté en mai 2017 à la suite d'une plainte pour viol déposée par les parents d'une fillette, une voisine de sa maison de Jonzac, dont le témoignage a lancé l'affaire. La justice constate à l'époque que l'homme n'est pas un inconnu: il a déjà été condamné en 2005 pour détention d'images pédopornographiques.

"La voix de L'Enfant va s'assurer qu'il y ait des enquêteurs formés et en nombre", a déclaré à l'AFP Martine Brousse, présidente de l'association de défense des enfants, partie civile au procès.

Entre le recueil de dossiers médicaux de victimes et les auditions qui restent à mener, notamment de personnels hospitaliers, l'enquête s'annonce encore longue.