Au deuxième de trois jours d'audience, Aidan O'Neill, l'avocat de quelque 75 députés opposés à la suspension du Parlement, a accusé le Premier ministre conservateur d'avoir commis un "abus de pouvoir".

"On peut penser qu'un gouvernement ne s'engagerait que dans la haute politique, en opposition à la basse politique, malhonnête, les sales coups, mais je ne suis pas sûr que l'on puisse penser ça de ce gouvernement", a-t-il plaidé.

"La mère des parlements est fermée par le père des mensonges (...) Assez c'est assez", a lancé aux juges l'avocat des parlementaires qui avaient obtenu gain de cause devant la justice écossaise la semaine dernière.

La plus haute instance civile écossaise a en effet jugé "illégale" la décision du Premier ministre de suspendre le Parlement pendant cinq semaines jusqu'au 14 octobre, soit deux semaines seulement avant le Brexit prévu le 31 octobre.

Une autre décision rendue par la Haute Cour de Londres a à l'inverse estimé qu'il s'agissait d'une décision politique ne relevant pas de la justice.

Boris Johnson est accusé par ses détracteurs d'avoir manoeuvré, en décidant d'ajourner le Parlement, pour museler l'opposition et précipiter le Royaume-Uni vers une sortie sans accord de l'Union européenne le 31 octobre.

Mais le Premier ministre n'a de cesse de répéter que cet ajournement est justifié par des questions d'agenda, afin de préparer et présenter ses priorités politiques nationales après son arrivée au pouvoir fin juillet.

Son avocat, James Eadie, a quant à lui soutenu mercredi qu'il ne revenait pas à la justice d'intervenir dans la décision du Premier ministre, estimant que le Parlement avait déjà eu amplement de temps pour débattre du Brexit depuis des années.

Il a argué que si les députés avaient eu besoin de temps supplémentaire, ils avaient eu la possibilité de le dire avant la suspension du Parlement le 10 septembre.

La décision du Premier ministre est "fondamentalement politique par nature" car elle concerne la gestion du calendrier législatif par le gouvernement, a plaidé son avocat. "Nous soutenons donc qu'elle appartient au champ de la décision politique, pas des critères juridiques", a-t-il insisté.

La Cour, qui siège dans sa composition la plus complète, avec 11 hauts magistrats, devra trancher. La date de sa décision n'est pas encore connue.

Contrairement à la veille, une poignée seulement de manifestants se sont rassemblés aux abords de la Cour mercredi dans le centre de Londres.

L'audience de la Cour suprême doit prendre fin jeudi.