Avec 499,1 morts par million d'habitants, ce pays scandinave, habitué à être cité en exemple dans de nombreux domaines, pointe à une peu enviable cinquième place mondiale concernant ce taux de mortalité. Derrière quatre autres Etats européens (Belgique, Royaume-Uni, Espagne et Italie) et devant la France, selon les données officielles compilées par l'AFP. "Je pense que nous aurions dû commencer les tests de masse beaucoup plus tôt, nous aurions dû tester plus de gens", estime Lars Falk, médecin et chef de service au prestigieux hôpital Karolinska de Stockholm. "Dès que quelqu'un est testé positif, il ne sort plus autant et ne rencontre pas autant de gens que s'il n'est pas au courant", dit-il à l'AFP.

Le nombre des patients en soins intensifs est en nette baisse dans son unité comme ailleurs, la Suède a passé le pic, les statistiques s'améliorant progressivement. Mais la pression augmente sur le gouvernement, accusé en particulier de s'être trop réfugié derrière son administration, en l'occurrence l'autorité sanitaire dirigée par son épidémiologiste en chef, Anders Tegnell.

Le Premier ministre social-démocrate Stefan Löfven a réaffirmé au cours du week-end que la politique de son pays "n'était pas un échec". Le même, au fatalisme prémonitoire, avait pourtant averti début avril : "Nous allons devoir compter les morts par milliers, autant nous y préparer".

Si la Suède n'a pas de plus mauvais bilan que les autres pays européens les plus touchés, elle est très mauvaise comparé à celui de ses voisins immédiats et alliés nordiques, où l'épidémie est arrivée à peu près à la même date. Relativement à la population, cinq fois moins de morts au Danemark et - à densité comparable - huit fois moins en Finlande et onze fois moins en Norvège.

Le nombre très important des gens ayant péri dans les maisons de retraite "n'a rien à voir avec la stratégie. Il est lié aux failles dans la société que nous corrigeons", a toutefois plaidé M. Löfven, citant l'hygiène déficiente dans les résidences pour seniors.

Un pas en arrière

Les responsables des partis politiques, qui comme une grande partie de la population ont largement soutenu la décision de ne pas confiner les 10,3 millions de Suédois, commencent aussi à émettre des critiques. Ils déplorent notamment le retard dans la mise en place d'une campagne de tests massifs, qui n'a réellement commencé que cette semaine et révèle souvent plus de 1.000 cas supplémentaires quotidiens ces derniers jours.

"Un leader doit faire un pas en avant, mais Löfven a fait un pas en arrière", a dénoncé Ebba Thor, la dirigeante des chrétiens-démocrates, dans l'opposition de droite. Pour le chef des libéraux au Parlement, Johan Pehrson, l'approche moins stricte de la Suède "pourrait avoir contribué au bilan très élevé". Le patron des conservateurs a quant à lui réclamé la constitution immédiate d'une commission d'enquête sur la gestion gouvernementale de la crise.

Les Suédois, interdits de passer leurs vacances dans plusieurs Etats de l'Union européenne y compris chez leurs voisins nordiques, auront finalement le droit de passer leurs congés dans dix pays, a annoncé mercredi la ministre des Affaires étrangères Ann Linde. Et la Suède peut espérer entrer dans la phase finale de l'épidémie, selon les médecins.

En soins intensifs, "les chiffres ont vraiment baissé. Il y a une vraie différence par rapport à il y a deux mois", explique Karin Hildebrand, médecin à l'hôpital Södersjukhuset de Stockholm, qui s'attend à une poursuite de la décrue.

Quant à Anders Tegnell, avocat d'une "stratégie marathon", il a répété que les confinements ne marchaient pas et qu'une fois les restrictions levées, le virus recommencerait tôt ou tard à circuler. Sans vaccin, "on ne peut pas entièrement éliminer le virus", a-t-il dit mardi.

Une étude - dont la fiabilité est controversée - montre que 14% des quelque 50.000 habitants de Stockholm qui ont fait le test de dépistage ont des anticorps agissant face au Covid-19. La capitale est de loin la région la plus touchée du pays.

Coronavirus : trois choses à savoir sur la stratégie suédoise

La Suède a choisi une approche originale en Europe en ne confinant pas sa population pour lutter contre le nouveau coronavirus apparu début février sur son sol.

Voici trois choses à savoir sur la stratégie adoptée par le royaume scandinave, qui a dépassé mercredi les 5.000 morts.

L'administration en première ligne

Le gouvernement suédois n'a jamais cessé de suivre les recommandations de l'Agence publique de santé depuis le début de la crise sanitaire, en dépit d'une certaine perplexité dans le pays comme à l'étranger face à la politique suivie.

Pour comprendre cette confiance accordée aux autorités et à l'administration, il faut remonter au XVIIIe siècle, lorsque qu'administration et politique ont pris leurs distances.

Depuis, les agences disposent d'une large autonomie et d'une indépendance aujourd'hui inscrite dans la Constitution et qui permet de s'assurer que les décisions reposent sur des expertises et n'ont pas de fins politiques.

Un ministre qui tenterait d'influencer une autorité administrative pourrait se voir accuser de "ministertyre" (de voulor imposer une "règle ministérielle" en français), une pratique interdite.

Si aujourd'hui l'avis de ces agences n'a qu'une valeur consultative pour les gouvernements successifs, ceux-ci s'attachent généralement à les suivre, privilégiant ainsi l'expertise face au politique.

Pas de confinement mais des mesures

Si la Suède n'a jamais rendue obligatoires des mesures de confinement, les autorités sanitaires ont appelé chacun à prendre ses "responsabilités" : distanciation physique, application stricte des règles d'hygiène, isolement en cas de symptômes.

Parmi les dispositifs les plus stricts mise en place jusqu'à présent figurent l'interdiction des rassemblements de plus de 50 personnes et celle des visites dans les maisons de retraite, toujours en vigueur.

Le gouvernement continue de défendre son modèle et parle de mesures pertinentes sur le long terme, répétant que cette lutte contre le virus est un "marathon, pas un sprint".

La Suède considère depuis le début que le virus ne va pas disparaître de sitôt et qu'il doit circuler lentement au sein de la société pour ne pas engorger les services hospitaliers.

5e pays le plus touché

L'épidémiologiste en chef Anders Tegnell, de l'Agence publique de la santé, a insisté à plusieurs reprises sur le fait que, d'après lui, des restrictions plus strictes n'auraient pas sauvé davantage de vies.

Le royaume est pourtant largement touché par le Covid-19 : avec 499,1 morts par million d'habitants, derrière la Belgique, le Royaume-Uni, l'Espagne et l'Italie - mais juste devant la France qui compte 452,7 morts par million d'habitants -, la Suède se hisse en 5e position parmi les pays les plus touchés (hors Saint-Marin et Andorre)

Le taux de mortalité enregistré y est près de cinq fois plus élevé que chez son voisin danois et jusqu'à onze fois plus qu'en Norvège.

Pour Anders Tegnell, comparer ces chiffres doit toutefois être fait avec prudence. "En Suède, quiconque est diagnostiqué (atteinte) du Covid-19 et meurt dans les 30 jours suivants est qualifié comme étant un cas de Covid-19, quelle que soit la cause réelle de la mort. Et nous savons que dans beaucoup d'autres pays, on utilise d'autres modes de comptage", avait-il dit fin mai à l'AFP.

Avec 499,1 morts par million d'habitants, ce pays scandinave, habitué à être cité en exemple dans de nombreux domaines, pointe à une peu enviable cinquième place mondiale concernant ce taux de mortalité. Derrière quatre autres Etats européens (Belgique, Royaume-Uni, Espagne et Italie) et devant la France, selon les données officielles compilées par l'AFP. "Je pense que nous aurions dû commencer les tests de masse beaucoup plus tôt, nous aurions dû tester plus de gens", estime Lars Falk, médecin et chef de service au prestigieux hôpital Karolinska de Stockholm. "Dès que quelqu'un est testé positif, il ne sort plus autant et ne rencontre pas autant de gens que s'il n'est pas au courant", dit-il à l'AFP.Le nombre des patients en soins intensifs est en nette baisse dans son unité comme ailleurs, la Suède a passé le pic, les statistiques s'améliorant progressivement. Mais la pression augmente sur le gouvernement, accusé en particulier de s'être trop réfugié derrière son administration, en l'occurrence l'autorité sanitaire dirigée par son épidémiologiste en chef, Anders Tegnell.Le Premier ministre social-démocrate Stefan Löfven a réaffirmé au cours du week-end que la politique de son pays "n'était pas un échec". Le même, au fatalisme prémonitoire, avait pourtant averti début avril : "Nous allons devoir compter les morts par milliers, autant nous y préparer".Si la Suède n'a pas de plus mauvais bilan que les autres pays européens les plus touchés, elle est très mauvaise comparé à celui de ses voisins immédiats et alliés nordiques, où l'épidémie est arrivée à peu près à la même date. Relativement à la population, cinq fois moins de morts au Danemark et - à densité comparable - huit fois moins en Finlande et onze fois moins en Norvège.Le nombre très important des gens ayant péri dans les maisons de retraite "n'a rien à voir avec la stratégie. Il est lié aux failles dans la société que nous corrigeons", a toutefois plaidé M. Löfven, citant l'hygiène déficiente dans les résidences pour seniors. Les responsables des partis politiques, qui comme une grande partie de la population ont largement soutenu la décision de ne pas confiner les 10,3 millions de Suédois, commencent aussi à émettre des critiques. Ils déplorent notamment le retard dans la mise en place d'une campagne de tests massifs, qui n'a réellement commencé que cette semaine et révèle souvent plus de 1.000 cas supplémentaires quotidiens ces derniers jours."Un leader doit faire un pas en avant, mais Löfven a fait un pas en arrière", a dénoncé Ebba Thor, la dirigeante des chrétiens-démocrates, dans l'opposition de droite. Pour le chef des libéraux au Parlement, Johan Pehrson, l'approche moins stricte de la Suède "pourrait avoir contribué au bilan très élevé". Le patron des conservateurs a quant à lui réclamé la constitution immédiate d'une commission d'enquête sur la gestion gouvernementale de la crise.Les Suédois, interdits de passer leurs vacances dans plusieurs Etats de l'Union européenne y compris chez leurs voisins nordiques, auront finalement le droit de passer leurs congés dans dix pays, a annoncé mercredi la ministre des Affaires étrangères Ann Linde. Et la Suède peut espérer entrer dans la phase finale de l'épidémie, selon les médecins. En soins intensifs, "les chiffres ont vraiment baissé. Il y a une vraie différence par rapport à il y a deux mois", explique Karin Hildebrand, médecin à l'hôpital Södersjukhuset de Stockholm, qui s'attend à une poursuite de la décrue.Quant à Anders Tegnell, avocat d'une "stratégie marathon", il a répété que les confinements ne marchaient pas et qu'une fois les restrictions levées, le virus recommencerait tôt ou tard à circuler. Sans vaccin, "on ne peut pas entièrement éliminer le virus", a-t-il dit mardi. Une étude - dont la fiabilité est controversée - montre que 14% des quelque 50.000 habitants de Stockholm qui ont fait le test de dépistage ont des anticorps agissant face au Covid-19. La capitale est de loin la région la plus touchée du pays.