Le séisme de magnitude 5,4 sur l'échelle de Richter s'est produit à "26 km au sud-est de Privas", possiblement à proximité de la ville du Teil, à 11h52 (10H52 GMT), a précisé dans un communiqué le Bureau central sismologique français (BCSF).

C'est le plus fort séisme en France continentale depuis 2003, selon les données du BCSF. En 2011, un séisme de magnitude 5,5 avait été enregistré mais son épicentre se situait en mer, à 100 km au large de l'île de Corse.

La secousse a surtout été ressentie dans les départements de la Drôme et de l'Ardèche, notamment dans les environs de Montélimar où une personne a été grièvement blessée dans la chute d'un échafaudage, selon la préfecture de la Drôme.

Trois autres personnes ont été légèrement blessées en Ardèche à la suite d'"une crise de panique", a fait savoir sur Twitter le préfet de ce département qui a demandé aux habitants du Teil, une localité particulièrement touchée, de "rester pour le moment à l'extérieur des habitations".

- Sites nucléaires -

"Ca a duré cinq secondes, tout a tremblé autour de moi, les meubles, les murs, comme si un avion s'était écrasé à 800 mètres ou une grosse explosion", a témoigné auprès de l'AFP Kevin Cuer, qui habite au 4e étage d'un immeuble de Montélimar.

"Tout le monde est sorti dans la rue après la secousse, les gens ont eu très peur, on s'est dit +pourvu que ça s'arrête vite+", a-t-il ajouté.

Selon le collectif antinucléaire du Vaucluse, l'épicentre est situé "à moins de 20 km de la centrale de Cruas où la secousse a été ressentie dans la salle des machines des réacteurs et à 30 km du site atomique du Tricastin (Drôme/Vaucluse)".

Ce collectif souligne que le site du Tricastin "implanté sur une faille sismique active et en contrebas du canal de Donzère-Mondragon" est "le plus menaçant site nucléaire d'Europe s'étalant sur plus de 615 hectares", demandant "la mise à l'arrêt sans aucune condition des installations nucléaires".

L'Agence de sûreté nucléaire (ASN) a assuré que le séisme n'avait provoqué "aucun dommage apparent" à ces sites, mais qu'EDF (Electricité de France) devait encore calculer l'impact exact du tremblement de terre.

La sécurité civile a précisé qu'aucun impact n'a été relevé dans ces centrales, pas plus que sur les sites Seveso (le classement en Seveso signale en France la dangerosité d'un site et implique qu'il bénéficie d'une surveillance particulière).

Les réacteurs de la centrale nucléaire de Cruas seront toutefois arrêtés "dans les prochaines heures" pour un "audit approfondi", a dit le préfet de la Drôme.

Le site du Tricastin continuera en revanche à fonctionner, a souligné l'ASN.

- "Le chien a aboyé" -

"C'est un (séisme) rare (...) un séisme important pour la région", a précisé à l'AFP Mustapha Meghraoui, un physicien à l'Institut de physique du globe de Strasbourg, alertant sur la possibilité d'une forte réplique.

"On n'exclut pas qu'il y ait une secousse peut-être aussi forte que celle de ce matin, c'est rare mais on ne l'exclut pas, il faut qu'on soit prudent et vigilant", a-t-il prévenu.

La secousse, d'une intensité rare dans la région, a été ressentie jusqu'à Saint-Etienne, Grenoble, Lyon, distante de quelque 150 kilomètres de l'épicentre du séisme, et même dans le sud de la France.

"J'étais allongé devant mon ordinateur sur mon lit quand j'ai senti un gros bruit derrière la cloison de l'appartement, les meubles ont bougé", a raconté à l'AFP Bertrand Maigre, habitant au 5e étage d'un immeuble du 6e arrondissement de Lyon.

"Le chien a aboyé avant la secousse", a par ailleurs dit à l'AFP Didier Lévy, qui vit dans un château du XVe siècle à Lamotte-du-Rhône. "C'est la première fois que je vis ça, j'ai ressenti la secousse alors que nos murs font un mètre d'épaisseur", a-t-il ajouté. Plusieurs minutes après la secousse, "les lustres bougeaient toujours", a-t-il assuré.

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Des habitants un peu perdus

Les tremblements de terre sont rares en France, pays à la faible sismicité, et encore plus ceux qui provoquent des dégâts.

"Mon bâtiment a été cassé à l'intérieur, à l'extérieur, il est fissuré de partout", a notamment raconté à l'AFP Brahim, un habitant. Selon le maire Olivier Pévérelli, qui assure avoir eu "la peur de (sa) vie", deux clochers "sont prêts à tomber" et le dernier étage de l'hôtel de ville est inaccessible car les plafonds sont tombés".

"Demain je dois travailler et je ne sais pas comment faire", ajoute Asma Dous, 34 ans, dont la maison, achetée et rénovée récemment, présente des fissures après les secousses.

Ce lundi étant férié, son mari appellera leur assureur le lendemain. "J'espère qu'on sera mieux logés avec l'assurance", souffle la mère de famille, assise sur un lit de camp avec ses jeunes enfants dans le gymnase Pierre de Coubertin du Teil.

Quatre personnes ont été blessées, dont l'une grièvement, dans ce séisme. S'il n'a duré que quelques secondes lundi peu avant midi (11h00 GMT), il a provoqué de nombreux dégâts, principalement au Teil, ville limitrophe de Montélimar (Drôme, sud).

Celia Gonzalez, 25 ans, a dû quitter précipitamment avec ses enfants son appartement après la secousse . "Je n'ai eu le temps de rien prendre pour les enfants, tous les papiers sont dans l'appartement".

Quant à leur assurance, "personne n'a répondu" à son appel, ajoute la jeune femme blonde, mère de quatre enfants.

"On ne peut plus rentrer chez nous, il y a une différence de sol d'une dizaine de centimètres. Les enfants ont eu très peur et on avait peur en sortant du bâtiment que le toit tombe", raconte Mme Gonzalez.

- "Heureux qu'on n'ait rien" -

Au Teil, trois gymnases ont été ouverts pour accueillir les personnes contraintes de quitter leur logement après cette secousse de 5,4 de magnitude, la plus forte constatée en France continentale depuis 2003, selon les données du Bureau central sismologique Français (BCSF) de Strasbourg (est).

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Selon la préfète, entre 200 et 250 habitations ont été endommagées, mais au gymnase Pierre de Coubertin, seules une trentaine de personnes restaient sans solution d'hébergement pour la nuit. Les autres sont rentrés chez eux ou dorment chez des proches.

Des personnels de la Sécurité civile, de la Croix-Rouge, ainsi que des pompiers sont présents à leur côté et leur proposent des boissons chaudes et des sandwiches.

A une centaine de mètres, dans leur pavillon, Marie et Jean-Pierre Vettoretti constatent les dégâts. Le sol du séjour est jonché de vaisselle cassée.

Les assiettes décoratives sont "irrécupérables" tout comme la lampe offerte par sa fille, brisée en plusieurs morceaux, se lamente la sexagénaire. Elle s'extasie quelques minutes plus tard en ramassant un autre bibelot en céramique, qui miraculeusement ne s'est pas cassé.

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"On peut s'estimer heureux qu'on n'ait rien, mais ce qui est perdu, c'est affectif", confie Mme Vettoretti.

Le couple a pris des photos et une vidéo des dégâts, sur les conseils de leur assureur qui doit les recevoir demain.

La secousse, d'une intensité rare dans la région, a été ressentie jusqu'à Saint-Etienne, Grenoble, Lyon, distante de quelque 150 kilomètres de l'épicentre du séisme, et même plus au sud sur la Côte d'Azur.

Au Teil, les établissement scolaires seront fermés mardi.