De grosses enveloppes blanches à la main, des salariés new-yorkais quittaient le siège américain de l'établissement allemand, situé en plein coeur du quartier financier au sud de Manhattan, a constaté un journaliste de l'AFP. D'autres arrivaient avec des sacs pour collecter leurs effets personnels.

Face aux médias qui s'agglutinaient devant l'entrée principale de l'immeuble, un employé s'excusait ironiquement de ne pas pouvoir offrir les mêmes images que lors de la chute de la banque américaine Lehman Brothers en septembre 2008. Ces derniers, hagards, avaient été filmés par les médias quittant, cartons à la main, les bureaux de l'établissement.

Lundi, le téléphone des employés non affectés par les coupes chez Deutsche Bank n'a pas arrêté de sonner, raconte à l'AFP un banquier new-yorkais de Deutsche Bank. Les appels venaient pour la plupart des clients, inquiets pour leurs affaires et investissements.

"Ma réponse a été de leur dire que +rien n'a changé+", confie-t-il, soulagé de constater que son activité a été épargnée par la restructuration. S'il dit qu'il ne connaît pas personnellement un des collègues licenciés, ce banquier estime que la déroute de la banque allemande est due à de mauvais choix stratégiques.

"C'est la preuve une fois de plus que la stratégie en cours a échoué", fustige-t-il, disant ne pas savoir si cette cure d'austérité sera la dernière ou pas. "Personne ne peut dire si c'est fini ou pas".

- L'action s'écroule -

L'action du géant allemand est tombée jusqu'à 6,66 euros avant de clôturer en baisse de 5,39% à 6,79 euros à la Bourse de Francfort, après l'annonce dimanche de la suppression de 18.000 emplois d'ici à 2022.

Deutsche Bank prend peu ou prou congé de l'activité prestigieuse de banque d'investissement (trading et conseil en fusions-acquisitions) qui fut sa priorité depuis les années 90.

"Nous devons nous concentrer sur là où nous sommes le plus compétitifs (...) et apporter de l'oxygène à nos plus fortes activités en nous retirant des autres", a déclaré lundi devant la presse Christian Sewing, le PDG de l'institut francfortois.

"Nous devons faire plus que simplement réduire le périmètre comme par le passé", a-t-il dit avant de se rendre dans les bureaux londoniens où des indemnités de licenciement ont été distribuées.

Plusieurs analystes jugent qu'il était temps d'arrêter les dégâts, la banque allemande n'ayant pas réellement volé des parts de marché aux géants de Wall Street (Goldman Sachs, JPMorgan Chase, Morgan Stanley...).

"Même si nous considérons que la réduction de ses réserves de fonds propres est négative, nous estimons que le plan de redressement à plus long terme est essentiel pour la banque", a déclaré l'analyste d'ING, Suvi Platerink Kosonen.

La restructuration, qui va toucher le monde entier, a d'abord été ressentie en Asie, où la banque met fin à ses activités à Sydney et Bombay.

Dans la Cité de Londres, centre névralgique des investissements financiers, les employés licenciés ont été aperçus en train de quitter le bâtiment avec des cartons et des sacs contenant leurs effets personnels.

Plusieurs se montraient inquiets face à un avenir déjà compliqué par la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne, programmée pour le 31 octobre.

"C'est la mauvaise période pour chercher un travail avec l'accalmie de l'été et les conditions de marché plutôt médiocres", a déclaré auprès de Bloomberg News, Joseph Leung, directeur associé chez Aubreck Leung, un cabinet de recrutement pour cadres à Londres.

"Cela étant dit, les salariés qui sortent de Deutsche Bank pourraient être attractifs car ils seront disponibles immédiatement -- ils auront probablement des congés à prendre et n'auront aucun délai de préavis", a-t-il expliqué.

Deutsche Bank a décidé de supprimer environ un cinquième de ses effectifs, à 74.000, afin d'économiser 6 milliards d'euros par an.

Ces coupes s'ajoutent aux quelque 6.000 déjà effectuées l'an dernier.