Le mercredi 17 mars au soir, une image fait le tour des médias néerlandais. On y voit Sigrid Kaag, cheffe de file des D66 (centre démocrate), debout, dansant sur une table au siège de son parti. Elle célèbre sa victoire aux élections législatives. Première femme à se présenter comme adversaire de la majorité en place, le VVD (centre-droit) dirigé par Mark Rutte, le Premier ministre néerlandais, elle réussit le pari de s'imposer au Parlement, avec un gain de quatre sièges (23 au total). Cette victoire place les démocrates en deuxième force politique du pays.
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Le mercredi 17 mars au soir, une image fait le tour des médias néerlandais. On y voit Sigrid Kaag, cheffe de file des D66 (centre démocrate), debout, dansant sur une table au siège de son parti. Elle célèbre sa victoire aux élections législatives. Première femme à se présenter comme adversaire de la majorité en place, le VVD (centre-droit) dirigé par Mark Rutte, le Premier ministre néerlandais, elle réussit le pari de s'imposer au Parlement, avec un gain de quatre sièges (23 au total). Cette victoire place les démocrates en deuxième force politique du pays. Ministre sortante du Commerce extérieur et de la Coopération pour le développement, la politicienne de 59 ans tient à affirmer sa différence avec le chef du gouvernement qui mène la barque aux Pays-Bas depuis dix ans. Sa discrétion sur la scène politique lui vaut de remporter la victoire aux élections internes des D66 en septembre 2020, avec une large majorité: 96% des suffrages. Malgré sa présence au gouvernement, Sigrid Kaag n'est pas tenue responsable du scandale qui le force à démissionner le 15 janvier dernier. Ce scandale concernant de fausses accusations de fraude fiscale envers 30 000 familles provoque la chute du CDA (les chrétiens- démocrates) - 15 sièges contre 19 en 2017 - aux élections, selon David Bos, politologue. Sigrid Kaag, en revanche, a mené sa campagne électorale "avec brio", compare Andrej Zaslove, politologue et enseignant à l'université Radboud de Nimègue. "C'est pour elle que les gens ont voté et non pour les démocrates", soupçonne Andrej Zaslove. "Elle a fait du très bon travail et a volé de multiples électeurs à la gauche et aux Verts. Elle a inclus le climat, les questions culturelles et la vision européenne." Cette dernière approche lui est reprochée par l'extrême droite. Sigrid Kaag n'aurait pas assez vécu aux Pays-Bas, selon Geert Wilders, le leader du PVV (Parti pour la liberté). Elle débute sa carrière politique en 1990 au ministère néerlandais des Affaires étrangères comme cheffe adjointe du département chargé des affaires politiques de l'ONU. La diplomate passe ensuite de nombreuses années au Proche-Orient dès 1994, de par son travail de diplomate aux Nations unies. Sigrid Kaag revient aux manettes gouvernementales en 2017, après une longue absence. Catholique, à l'enfance difficile - la mort de son frère puis celle de sa mère à l'âge de 12 ans, conjuguées à un père dépressif -, cette maman de quatre enfants ne renie pas son intérêt pour une vision européenne "au détriment de la souveraineté nationale". Elle défend cependant son attache aux Pays-Bas. "Parce que c'est mon pays. Et parce qu'en fin de compte, il n'y a rien de mieux que de pouvoir servir son propre pays quand cela compte", explique-t-elle dans une interview au magazine Harper's Bazaar. Sigrid Kaag voit la montée de l'extrême droite aux Pays-Bas comme une raison suffisante pour s'impliquer en politique. "Il y a une fragmentation continue des partis politiques aux Pays-Bas", déchiffre Andrej Zaslove, "et la gauche est en déclin". D66 devient une alternative mêlant les questions écologiques et européennes. "La coalition n'est pas encore formée", avertit David Bos. Et pour le spécialiste, cela risque de prendre du temps, comme en 2017 (environ sept mois). Reste à savoir si Sigrid Kaag va réussir à mener sa politique progressiste, ou si, sous le poids d'une coalition centriste, Mark Rutte gardera les commandes du pays d'une main de fer. Un article de Margaux Solinas, à Amsterdam.