Ministre de l'Intérieur ou secrétaire d'Etat aux pâtés de sable ? Au gré d'une longue tournée des plages du sud de l'Italie, achevée le 11 août en Sicile, le duce de la Ligue (extrême droite), Matteo Salvini, a accumulé les selfies, déjeuné torse nu en bord de mer, joué les DJ et martelé ses anathèmes antimigrants. Depuis le sabordage, trois jours plus tôt, de la coalition forgée avec le Mouvement 5 étoiles de Luigi Di Maio, aux commandes depuis quatorze mois, celui que ses fans s...

Ministre de l'Intérieur ou secrétaire d'Etat aux pâtés de sable ? Au gré d'une longue tournée des plages du sud de l'Italie, achevée le 11 août en Sicile, le duce de la Ligue (extrême droite), Matteo Salvini, a accumulé les selfies, déjeuné torse nu en bord de mer, joué les DJ et martelé ses anathèmes antimigrants. Depuis le sabordage, trois jours plus tôt, de la coalition forgée avec le Mouvement 5 étoiles de Luigi Di Maio, aux commandes depuis quatorze mois, celui que ses fans surnomment " Il Capitano ", fort de son triomphe lors des européennes de mai - 34 % des suffrages - et pourvu de sondages prometteurs, exige la tenue dès octobre prochain d'élections législatives anticipées. Quitte à pactiser le moment venu, dans l'espoir de sceller une alliance majoritaire robuste avec les postfascistes de Fratelli d'Italia, le parti europhobe qu'anime Giorgia Meloni, mais aussi avec Silvio Berlusconi, le " Cavaliere " vieillissant, toujours avide de remonter en selle. Le hic ? Le seul à détenir le pouvoir de dissoudre le Parlement est le président, Sergio Mattarella, qui rechigne à convoquer l'électorat au moment où son pays, endetté, doit adopter le prochain budget tout en marchandant avec Bruxelles. Si le retour aux urnes paraît inéluctable à moyen terme, ce démocrate-chrétien envisagerait de confier à l'actuel président du Conseil, Giuseppe Conte, le soin de former un cabinet de techniciens. Option privilégiée par deux anciens chefs de gouvernement de centre gauche. Matteo Renzi préconise ainsi la mise en place d'une équipe " institutionnelle ", afin de " sauver l'Italie " du péril d'une " dérive extrémiste " et de préparer les futurs scrutins dans une relative quiétude. Quant à Enrico Letta, il estime urgent de conjurer le spectre du " chaos politique " et d'entraver l'aventurisme d'un Salvini qui, à ses yeux, " pourrait entraîner le pays hors de l'Europe ". En clair, le précipiter sur la voie d'un " Italexit ". Poussé par les vents porteurs du populisme, du souverainisme et de l'obsession identitaire, le capitaine Salvini veut aller vite. A l'inverse, ses adversaires tentent, faute de mieux, de freiner sa course. Le temps, peut-être, pour l'ancien journaliste natif de Milan, plagiste à ses heures, de mesurer la portée de cette évidence : bains de pieds et bains de foule ne suffiront pas à mener la Botte à bon port. Par Vincent Hugeux.