C'est l'heure de la revanche pour Robert Habeck. Ce vert très populaire avait dû céder la tête de liste en vue des élections législatives de septembre dernier à Annalena Baerbock et n'avait pas caché sa déception. Il héritera dans le prochain gouvernement d'un ministère taillé sur mesure, en charge de l'Economie et du Climat, en plus du poste de vice-chancelier d'Allemagne.
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C'est l'heure de la revanche pour Robert Habeck. Ce vert très populaire avait dû céder la tête de liste en vue des élections législatives de septembre dernier à Annalena Baerbock et n'avait pas caché sa déception. Il héritera dans le prochain gouvernement d'un ministère taillé sur mesure, en charge de l'Economie et du Climat, en plus du poste de vice-chancelier d'Allemagne. Quinquagénaire parfois qualifié de "Vert pâle", c'est à lui que reviendra la tâche de mettre en oeuvre le programme de mesures contre le réchauffement climatique négocié par les partenaires de coalition. Robert Habeck n'a pas caché que les tractations avec le futur ministre des Finances Christian Lindner n'avaient pas toujours été de tout repos. Le vert et le libéral devront faire bon ménage dans l'équipe d'Olaf Scholz, alors que tout ou presque les oppose: Lindner a exclu d'augmenter les impôts ou de laisser filer la dette, là où Habeck réclame un vigoureux plan de relance basé sur le développement des énergies renouvelables (lire plus loin). Robert Habeck est né en 1969 dans la ville hanséatique de Lübeck, au sein d'une famille de pharmaciens. "Des bourgeois conservateurs", commentera-t-il plus tard. A 20 ans, il prend le large, étudie la philosophie, l'allemand et la philologie à Fribourg, à l'autre bout du pays, multiplie les escapades, comme à Pise où il joue de la flûte face à la cathédrale pour gagner de quoi se payer le vin du soir. C'est à cette époque qu'il rencontre son épouse, l'écrivaine Andrea Paluch, avec laquelle il vit, à la campagne, dans un petit village non loin de la mer. Le couple réside quelque temps à Copenhague, y découvre l'art de vivre à la scandinave, s'installe sur une île de la mer du Nord, se lance dans l'écriture de romans à quatre mains. La politique est alors loin de ses préoccupations et il faut attendre 2002 pour le voir entrer chez les Verts. Son ascension est d'autant plus spectaculaire. Deux ans plus tard, Robert Habeck obtient la direction de la petite cellule régionale des Grünen. On est loin du grand saut dans la politique: le poste est bénévole. En 2009, il entre au parlement régional du Schleswig-Holstein, négocie la coalition SPD-Verts qui prend le pouvoir dans le Land en 2012 et obtient son premier poste de ministre régional avec le portefeuille de la Transition énergétique. Robert Habeck a introduit les expressions "énorme", "d'enfer" et "cool" dans le débat politique. Cheveux rebelles, barbe de trois jours, il est "bio et cool", résume le magazine de centre droit Focus. Père de quatre fils, diplômé de culture allemande et docteur en philosophie, parfois qualifié de "Brad Pitt de la gauche allemande", il pose pieds nus sur la plage, ou en train de repasser sa chemise à même le sol avant un rassemblement des Verts. Les Allemands apprécient son style décontracté et on ne lui connaît que de rares revers, notamment un dérapage jugé arrogant à l'attention des électeurs de Thuringe, en ex-RDA, à qui Habeck se proposait - sur Twitter - de "donner des leçons de démocratie". Aussitôt suivi de la décision abrupte de mettre fin à son compte sur le réseau social. Le politicien devait alors concéder "mal maîtriser son impulsion verbale". C'est un vrai défi qui attend le nouveau ministre allemand de l'Economie et du Climat. D'autant que les jeunes de Fridays for Future ont déjà critiqué les ambitions trop modestes de la nouvelle coalition.