Chez ces gens-là, monsieur, on ne cogne pas, on cause. Quoique. Dans le club très policé des banquiers centraux, où chaque mot est pesé au trébuchet, les gants de boxe sont de sortie. La cible de toutes les attaques ? L'Italien Mario Draghi, le président de la Banque centrale européenne (BCE), qui tire sa révérence cette semaine, et dont l'ancienne patronne du Fonds monétaire international, la Française Christine Lagarde, enfile le costume. Interviews piquantes dans le Financial Times, le journal de l'élite mondialisée, petites phrases assassines distillées dans des colloques de haut vol, communiqué de presse en apparence sibyllins... Presque trois fois rien pour le commun des mortels. Mais, dans ce monde d'hommes où le poids des années nourrit les rancoeurs, le dézingage est de règle. " Christine Lagarde prend la tête d'une institution qui n'a jamais été aussi divisée depuis la création de l'euro ", décrypte l'économiste Eric Chaney, fin connaisseur des arcanes de la BCE. Certes, les fractures ont toujours existé ; elles sont aujourd'hui béantes. Un schisme entre les pro- et les anti-Draghi. Une opposition entre les gardiens du temple d'une orthodoxie monétaire à l'allemande et les partisans d'une politique économique inventive, pragmatique, adaptée au monde qui se dessine. Une division géographique, aussi, entre les buveurs de bière et les amateurs d'huile d'olive.
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