"Plus personne ne s'intéresse à ce que la Belgique raconte ", concluait un diplomate amer après un Conseil européen. Il avait cruellement raison. Naguère, elle avait deux présidents d'institution (Conseil européen, Banque européenne d'investissement). Avant, une pléiade de représentants influents : Martens, Claes, Van Miert, Dehaene, Maystadt, Verhofstadt, Van Rompuy... Trois furent des Premiers ministres solides et reconnus. A une époque surréelle, les trois présidents des grands partis européens étaient même tous Belges (Spitaels, Martens, Neyts). La Belgique boxait alors au-dessus de sa catégorie. Maintenant, elle boxe nettement en dessous.
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"Plus personne ne s'intéresse à ce que la Belgique raconte ", concluait un diplomate amer après un Conseil européen. Il avait cruellement raison. Naguère, elle avait deux présidents d'institution (Conseil européen, Banque européenne d'investissement). Avant, une pléiade de représentants influents : Martens, Claes, Van Miert, Dehaene, Maystadt, Verhofstadt, Van Rompuy... Trois furent des Premiers ministres solides et reconnus. A une époque surréelle, les trois présidents des grands partis européens étaient même tous Belges (Spitaels, Martens, Neyts). La Belgique boxait alors au-dessus de sa catégorie. Maintenant, elle boxe nettement en dessous. La médiocrité de la génération actuelle, plus soucieuse de communiquer que de lire ses dossiers, joue un rôle. Une bonne illustration fut la revendication aberrante du Premier ministre belge que le Royaume-Uni notifie le Brexit dès le lendemain du référendum britannique. Une catastrophe totale pour l'Union, et aussi pour nos entreprises, qui auraient perdu neuf mois de préparation. Heureusement, ces déclarations matamoresques ne suscitent le soutien de personne. Depuis, la Belgique souffle le chaud et le froid sur le Brexit. Lors du dernier Conseil européen, elle a clamé une position très dure sur le report... pour se contenter de placer deux mots dans le communiqué. Les partenaires rient sous cape, à juste titre. La mauvaise gestion joue aussi un rôle. Ainsi, lors de l'aggravation de la répression en Turquie, Charles Michel a appelé à une plus grande vigilance des instances européennes... alors que Didier Reynders appelait au contraire (presque seul en Europe) à poursuivre les négociations d'adhésion. On voit là un effet de la rivalité récurrente entre les clans Michel et Reynders au sein du MR (et aussi le besoin de Reynders de soutenir sa candidature au Conseil de l'Europe en témoignant son intense sympathie à la dictature turque). Le double langage, surtout, crée la méfiance. Ainsi, la ministre fédérale de l'Environnement annonce des objectifs ambitieux pour lutter contre le réchauffement climatique. Puis, en coulisse, elle les torpille dans l'Union européenne ou dans le Benelux. De même, le Premier ministre annonce son soutien pour l'avion de chasse français Rafale... alors qu'il a au préalable accepté des critères de sélection qui l'excluent. Le genre d'hypocrisie qui convaincra nos partenaires - s'ils sont particulièrement idiots. Depuis 2014, le dysfonctionnement du gouvernement a renforcé le problème. Un Premier ministre faible a été choisi pour masquer la dominance du parti flamand fort. Régulièrement, le Premier ministre fait un discours, et la solution contraire est mise en oeuvre. Il annonce le soutien de la Belgique à la coopération renforcée sur la taxe financière, mais le ministre des Finances la torpille. Il annonce le soutien à la lutte européenne contre la fraude fiscale, mais le ministre des Finances multiplie les obstacles. Le Premier ministre se présente comme le défenseur des droits de l'homme, puis le secrétaire d'Etat à l'Asile et à la Migration pratique en toute impunité la chasse aux réfugiés pendant des années. Même chose avec l'avion de chasse, où le Premier ministre défend une vision de la défense européenne, puis le ministre de la Défense impose le F-35 qui la démolit. Trop souvent, nos partenaires ont la sensation d'être traités comme des électeurs idiots, auxquels on sert le sound bite du jour, en attendant de changer de position le lendemain. Cela coule notre crédibilité. Pour la regagner, il faudra changer les personnes mais, surtout, retrouver une culture de gouvernement plus sérieuse. Pour nos gouvernants actuels, l'Europe n'est plus une conviction, mais juste un plan de carrière.