Comment Emmanuel Macron peut-il retrouver durablement la dynamique démocratique qui l'a porté au pouvoir en 2017 ?
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Comment Emmanuel Macron peut-il retrouver durablement la dynamique démocratique qui l'a porté au pouvoir en 2017 ?Ce sera difficile, parce qu'il doit à la fois réaffirmer les principes de l'Etat de droit et les règles de la République, arguer la légitimité de son pouvoir en tant qu'élu de la nation, poursuivre des réformes dont les résultats n'apparaîtront que dans les années à venir, et en même temps donner aux Français les plus modestes le sentiment qu'il comprend leur détresse et leurs aspirations en prenant des dispositions qui leur soient favorables.L'antimacronisme est-il la nouvelle passion française ?Il faut faire la part du ressentiment. Ressentiment face au brio et aux talents exceptionnels d'un homme qui a bouleversé l'ensemble du politique en à peine deux ans. Le système politique français, structuré par les institutions de la Ve République, a ses avantages et ses inconvénients. La concentration du pouvoir entre les mains d'un seul homme fait courir un risque à la démocratie lorsque ce pouvoir présidentiel est battu en brèche. Plus profondément, c'est l'idée même de représentation qui est mise en cause. Par ailleurs, l'affaiblissement de tous les corps intermédiaires et le refus des mouvements de choisir des représentants rendent difficile le dialogue et la négociation propres à la démocratie. La contestation radicale de toute représentation pose un problème de fond à la République représentative, c'est-à-dire à la République française. C'est un signe inquiétant de délitement politique.De quoi les gilets jaunes sont-ils le nom ? D'une réappropriation démocratique ou d'une vague illibérale ?Ils retrouvent l'utopie de la démocratie " totale " ou " directe ", qui refuse toutes les institutions de la représentation, ce qui, dans l'histoire, n'a jamais qu'ouvert la voie à la fin de la démocratie. C'est, au nom de la démocratie " totale ", une forme de la vague " illibérale ", mais en ajoutant aussitôt que la démocratie dite " illibérale " n'est justement pas la démocratie ! En son essence, la démocratie est fondée sur le libéralisme politique. Ce qui est inquiétant, en ce moment, c'est non seulement l'évolution des démocraties de l'Est qui, en Hongrie ou en Pologne, ne respectent plus l'Etat de droit et les libertés publiques, mais également la décomposition politique des plus vieilles démocraties. Regardez ce qui se passe dans le Royaume-Uni du Brexit ou dans l'Amérique de Trump ! L'Italie aussi résiste mal. Jusqu'ici, en Europe, la France, qui a signifié son refus du populisme par la victoire électorale d'Emmanuel Macron en 2017, oppose une digue à la déferlante " illibérale ".Des éditorialistes affirment que le quinquennat d'Emmanuel Macron est d'ores et déjà condamné. C'est aussi votre avis ? Ou hurlent-ils avec les loups ? C'est difficile à dire, mais il ne pourra pas reprendre son programme dans le même style de gouvernement. Il suscite une haine qui rappelle celle que Valéry Giscard d'Estaing a connue à la fin de son septennat. Mais, en quarante ans, tous les cycles se sont accélérés, la légitimité de l'élection s'est émoussée et la société s'est fracturée et délitée.L'entrée en crise des présidences, voire leur effondrement, se fait plus tôt ?Plus rapidement, oui. De plus, le respect des pratiques démocratiques s'est affaibli. Je trouve indigne la joie mauvaise, la " Schadenfreude ", de ces politiques ou de ces commentateurs qui éprouvent une jouissance à voir Emmanuel Macron vaciller. C'est une attitude irresponsable, comme l'a été, avant la deuxième manifestation, celle de François Hollande encourageant des gilets jaunes.Par Alexis Lacroix.