A l'issue du scrutin, celui qui n'hésite pas à se décrire comme une personne "ennuyeuse" est parvenu à plus que doubler le nombre de sièges de son parti, passant de 17 à 39. Seulement 0,2 point sépare les Vrais Finlandais des sociaux-démocrates, premiers. Durant la campagne, le parti a été porté par la question de l'immigration et ses positions climatosceptiques qui dénotent avec celles défendues par l'ensemble des autres partis. Bien habillé et rasé de près, l'eurodéputé Halla-aho --l'un de ceux les plus à droite du groupe Conservateurs et réformistes européens au Parlement européen-- est aussi décrit par les médias finlandais comme donnant une "impression tendue et même timide" lorsqu'il est le centre d'attention.

- Implosion du parti -

Né à Tampere, à 180 km de la capitale Helsinki, le 27 avril 1971, M. Halla-aho a étudié la gestion dans l'hôtellerie et la restauration après ses études secondaires. L'astronomie, le tir au pistolet et au fusil sont ses passe-temps favoris. En 1995, il a commencé à étudier le russe à l'Université d'Helsinki où il a également enseigné le vieux-slave avant de démarrer sa carrière politique. M. Halla-aho est marié et père de quatre enfants mais les médias finlandais ont révélé en 2017 qu'il en avait un cinquième né hors-mariage. Le président des Vrais Finlandais est connu pour ses idées climatosceptiques, lui qui parle d"hystérie climatique" autour du réchauffement de la planète qui "détruit l'économie et l'industrie finlandaises". Il a également fondé son capital sympathie sur ses idées europhobes et défend une ligne dure sur l'immigration.

En 2017, deux jours après l'élection de M. Halla-aho comme président à la tête des Vrais Finlandais --l'un de trois partis de la coalition gouvernementale alors au pouvoir--, centristes et conservateurs décident de sortir son parti de l'alliance, invoquant une incompatibilité de valeurs. Un coup de théâtre qui a chamboulé la ligne politique du parti: les Vrais Finlandais ont implosé, se scindant entre les fidèles à leur nouveau et controversé président, et des frondeurs qui ont annoncé la création d'un nouveau parti, Nouvelle Alternative, rebaptisé Réforme bleue par la suite (eurosceptique), formation restée au pouvoir.

- Condamnation judiciaire -

La popularité de M. Halla-aho au sein du parti n'est pas due à sa présence médiatique mais plutôt à son discours musclé contre l'immigration. En 2008, M. Halla-aho avait tenu des propos islamophobes, comparant notamment l'islam à la pédophilie.

Il a plaidé non coupable, soutenant qu'il avait simplement utilisé des exemples sarcastiques pour mettre en évidence un "deux poids deux mesures" pour ce qu'il est permis de publier ou non en Finlande. Ses écrits lui ont valu une amende pour incitation à la haine raciale et blasphème, dans une affaire qui est allée jusqu'à la Cour suprême en 2012.

En 2012, Jussi Halla-Aho est cité dans le manifeste de quelque 1.500 pages rédigé par l'extrémiste norvégien Anders Behring Breivik, avant qu'il ne commette la double attaque à Oslo et sur une île proche où s'étaient rassemblés des jeunes travaillistes tuant 77 personnes.

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Antti Rinne, d'ancien syndicaliste à probable Premier ministre

Il a promis aux Finlandais de mettre fin à l'austérité et améliorer l'Etat-providence: Antti Rinne, dont le Parti social-démocrate est arrivé de justesse en tête des législatives dimanche, est un ancien syndicaliste surtout connu pour son intransigeance. A 56 ans, ses cheveux gris et son gabarit imposant ne sont pas étrangers aux Finlandais puisque le probable futur chef de gouvernement est aussi l'ancien ministre des Finances (2014-2015) sous deux coalitions droite-gauche. Durant la campagne, il s'est engagé avec ferveur contre les mesures de rigueur du Premier ministre sortant, le centriste Juha Sipilä. Il entend améliorer les conditions de vie des personnes âgées, en promettant d'augmenter de 100 euros par mois les retraites les plus basses. "Nous devons trouver des moyens équitables de rendre la société finlandaise durable", assurait-il au journal Helsingin Sanomat. "La politique fiscale ne peut pas y parvenir seule".

- Intransigeance -

Avocat de formation, Antti Rinne a oeuvré comme président de plusieurs syndicats dans les années 2000, jusqu'en 2014. Il s'est taillé dans le monde du syndicalisme une réputation d'intransigeance: menaçant régulièrement de faire grève, il s'est vu attribuer le sobriquet de "bandit du marché du travail" par ses opposants. En 2014, il bat Jutta Urpilainen pour la présidence du Parti social-démocrate, alors le deuxième mouvement le plus représenté au Parlement, derrière le Parti de la coalition nationale (droite). Il la remplace du coup dans ses fonctions de ministre des Finances. M. Rinne s'était auparavant fermement opposé à la décision de Mme Urpilainen de soutenir les réductions de dépenses proposées par le Parti de la coalition nationale à la tête du gouvernement droite-gauche. A la tête des sociaux-démocrates, M. Rinne entend bloquer toute tentative d'imposer des mesures d'austérité souhaitées par le gouvernement.

- Echec législatif -

En 2015, Antti Rinne échoue à placer son parti à la première place aux élections législatives: arrivé quatrième derrière les Vrais Finlandais (alors eurosceptiques), il n'est pas parvenu à mobiliser son électorat vieillissant. Siégeant depuis dans l'opposition, le parti est resté très critique à l'égard des mesures de réduction des dépenses imposées par le gouvernement de centre-droit. Durant la campagne 2019, certains sympathisants ont à nouveau reproché à M. Rinne son incapacité à attirer les jeunes pour renouveler l'électorat vieillissant du parti, contrairement aux Vrais Finlandais --parti anti-immigration et eurosceptique-- parvenus à mobiliser une base électorale jusqu'alors peu intéressée par la politique. En février, deux mois seulement avant le scrutin législatif, M. Rinne a révélé avoir souffert de graves problèmes cardiaques. En son absence, Sanna Marin, 33 ans, a assuré l'intérim aux commandes du parti. Mais contre toute attente, le quinquagénaire est retourné en campagne quelques semaines plus tard.