Allez voir les Français, ceux qui sont en colère, déçus, perdus ! Allez dans les cages d'escalier comme sur la place des villages ! Allez au-delà des partis, des appareils, des prédictions et des sondages ! Allez convaincre ceux que plus rien ne convainc ! Allez parler à ceux à qui plus personne ne parle ! "
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Allez voir les Français, ceux qui sont en colère, déçus, perdus ! Allez dans les cages d'escalier comme sur la place des villages ! Allez au-delà des partis, des appareils, des prédictions et des sondages ! Allez convaincre ceux que plus rien ne convainc ! Allez parler à ceux à qui plus personne ne parle ! "19 mars 2017. Benoît Hamon achève par ces mots le discours de son plus grand meeting de campagne pour la présidentielle française, à Bercy. La salle est pleine. Dans les premiers rangs, ses plus proches soutiens. Parmi eux, une très grande majorité de socialistes, dont Olivier Faure, aujourd'hui premier secrétaire du PS. Mais aussi ses alliés d'alors, à commencer par Yannick Jadot, qui a accepté de renoncer à une candidature EELV pour se ranger derrière l'ancien ministre. La campagne prend une tournure dangereuse. Quelques jours plus tôt, un sondage a placé le candidat socialiste à égalité avec Jean-Luc Mélenchon, à 12,5 % d'intentions de vote. Soit cinq points de moins que les études réalisées après la primaire. Il faut marquer le coup, choisir les bons mots pour retrouver une dynamique et renverser la tendance. Benoît Hamon s'en remet à un " intellectuel de gauche " : Raphaël Glucksmann prend la plume et rédige son discours.Au printemps 2019, cette histoire relève de l'impensable. Aujourd'hui, ces hommes, au mieux, additionnent leurs faiblesses (Faure et Glucksmann au sein du PS), au pire, s'affrontent : Yannick Jadot, Raphaël Glucksmann et Benoît Hamon (Génération.s) sont tous les trois têtes de liste aux élections européennes. Ils n'hésitent pas à se lancer des flèches en public, à dire à quel point tout rapprochement est désormais impossible. Comme s'ils avaient accepté l'idée de devoir se partager à trois la part de gâteau réservée à la gauche dite " social-écologiste ". Ensemble, ils seraient forts de 19 % des intentions de vote. Séparés, ils récoltent entre 4 et 8 % chacun.Tous disent avoir pourtant voulu jouer le jeu des alliances. Tous, sauf peut-être Yannick Jadot. L'année dernière, il reçoit tout de même Raphaël Glucksmann, Thomas Porcher et Claire Nouvian. En quête de personnalités issues de la société civile, il propose aux trois futurs fondateurs du mouvement nouvellement créé Place publique de figurer sur sa liste. Echec. " Claire Nouvian ne voulait pas être au Parlement européen et Raphaël Glucksmann avait d'autres préoccupations ", confirme-t-il.Yannick Jadot a fini par refermer sa coquille, refusant obstinément tout projet d'union. Il dit non à Ségolène Royal, non à Benoît Hamon, lorsque celui-ci crée son mouvement Génération.s. Non encore, à l'automne, à Raphaël Glucksmann. Les deux ont pourtant affiché leur proximité par le passé. Ils se sont rencontrés en 2016, lorsqu'ils ont corédigé une tribune pour dénoncer les massacres perpétrés à Alep, en Syrie. Le climat est désormais bien plus frais. " On s'est côtoyés, mais de là à parler d'amitié... Je crois que l'amitié, c'est un peu plus sérieux que ça, tempère Jadot. Les choses sont aujourd'hui très claires, puisque Raphaël Glucksmann assume de porter les couleurs socialistes, en verdisant (sic) le PS. Il se lie même d'amitié avec François Hollande, qui incarne une faillite du point de vue écologique. "Yannick Jadot refuse toutefois de parler de guerre d'ego. " Si c'était le cas, je ne me serais pas retiré de la présidentielle au profit d'Hamon après avoir glané les 500 signatures et été désigné par une primaire ", se défend-il. Il pointe des divergences stratégiques avec la tête de liste de Génération.s, nées durant la campagne de 2017. " Il ne fallait pas aller à Notre-Dame-des-Landes, ne pas trop s'engager sur le nucléaire pour ne pas froisser les uns ou les autres. Mais je n'ai pas de problème avec lui, on se salue lorsque l'on se croise. "Olivier Faure raconte une autre histoire. Témoin de la relation Hamon-Jadot pendant la dernière présidentielle, il évoque des " difficultés à développer un respect mutuel ". Et poursuit : " Yannick Jadot reproche à Benoît Hamon d'avoir cherché à avaler EELV. Il a eu le sentiment d'être pris au piège d'une aven ture personnelle. La campagne s'est alors progressivement rétrécie, avec un candidat qui s'est replié sur lui-même. "Depuis, Benoît Hamon a rompu avec le PS. Deux jours après que l'ancien ministre de François Hollande a proposé une votation citoyenne dans le but de former une liste unique aux européennes, Raphaël Glucksmann raconte avoir reçu un coup de fil de sa part, rapporté par Le Monde : " Je préfère crever en vous faisant échouer plutôt que crever en vous voyant réussir. "Quelques semaines plus tard, juste avant la conclusion de l'alliance entre Faure et Glucksmann, Hamon tente un coup de bluff. Il propose au premier secrétaire du PS de s'allier avec lui... sans l'essayiste. L'information est confirmée aussi bien au sein du Parti socialiste qu'à Place publique. " Je ne suis pas certain que c'était une vraie proposition. Hamon avait plutôt en tête de tout faire exploser ", nuance un témoin privilégié de cette opération. Le principal intéressé conteste formellement ce récit. " C'est de la pure malveillance ! Vous m'imaginez m'allier avec le PS après l'avoir quitté ? Mes électeurs ne comprendraient pas. "Olivier Faure résume, amer : " Cette histoire, c'est une histoire d'hommes qui pensent à leurs intérêts propres et qui se placent les uns contre les autres, se désole-t-il. Yannick contre Benoît, Benoît contre le PS, en oubliant que le parti a fait sa campagne il y a deux ans. " Confiant en son étoile, Yannick Jadot capitalise sur son avance pour arracher un bon score. Les autres risquent gros. "Le drame de la gauche française, c'est de ne pas avoir réussi à rassembler tous ses talents, poursuit le premier secrétaire du PS. Comment peut-on avoir envie d'être le dernier des Mohicans ? " Par Ludwig Gallet.