Le chef de l'Etat joue gros avec ce discours, prévu à 20h, puisqu'il s'agit de dénouer la pire crise depuis son accession au pouvoir, et de répondre à une colère qui, partie d'un ras-le-bol fiscal, est devenue protéiforme et touche à de nombreux aspects de la société française. "Macron joue son quinquennat", estime le quotidien conservateur le Figaro, tandis que le quotidien de gauche Libération estime que le président "va devoir surprendre pour satisfaire l'attente qu'il a lui-même créée".

Le chef de l'Etat avait lancé mi-janvier le "grand débat national" ("GDN"), au format inédit, et a participé à plusieurs réunions à travers tout le territoire. "Des changements en profondeur vont être lancés" assure la présidence, promettant "un nouvel acte", voire "des surprises". Selon un sondage Ifop publié dimanche, 85% des Français jugent qu'Emmanuel Macron doit modifier son attention à leurs préoccupations. Dans tous les cas, il "n'aura pas de seconde chance", l'a averti le président du Sénat, Gérard Larcher (droite). Après son allocution lundi, le chef de l'Etat tiendra mercredi une rare conférence de presse en France où il fera "de nouvelles annonces" et détaillera ces chantiers, a précisé à l'AFP son entourage.

Multiples pistes

Dimanche soir, Emmanuel Macron a mis la dernière patte à ses annonces, en recevant le Premier ministre Edouard Philippe et une partie de son gouvernement. Parmi les pistes évoquées depuis déjà plusieurs jours figurent une baisse de l'impôt sur le revenu avec l'éventuelle mise en place de nouvelles tranches pour le rendre plus progressif, et la réindexation des "petites retraites" sur l'inflation. Des mesures plébiscitées respectivement par 82% et 88% des Français, selon un sondage Ifop publié dimanche, portant sur neuf pistes parmi des dizaines évoquées pendant le grand débat.

Selon cette enquête, une large majorité de Français (87%) jugent nécessaires d'obliger les médecins à s'installer dans les déserts médicaux. Plus de trois sur quatre sont favorables à "un assouplissement des conditions permettant aux citoyens de proposer des référendums" (76%) et 72% se prononcent pour "une allocation unique en direction des plus démunis qui fusionnerait toutes les aides sociales existantes". Egalement sur la table: la prise en compte du vote blanc, la suppression des avantages des anciens présidents, Premiers ministres et ministres, la création de conseillers territoriaux, l'amélioration du paiement de la pension alimentaire aux mères célibataires, la réforme ou la suppression de l'ENA, l'école de formation des élites...

Craignant des "mesurettes", les "gilets jaunes" se sont déjà donné rendez-vous à Paris pour un 23e samedi de manifestation. Et l'opposition, à gauche comme à droite, a déjà fait part de son scepticisme. La présidente du Rassemblement national (extrême-droite) Marine Le Pen, dont la liste aux Européennes talonne celle de la majorité présidentielle, s'attend "à quelques modifications minimes, anecdotiques" que M. Macron "présentera à grands coups de trompettes". "S'il y a un tournant à prendre (...) c'est une baisse durable des impôts pour tous les Français", a pour sa part plaidé dimanche le patron des Républicains (droite), Laurent Wauquiez.

A gauche, Raphaël Glucksmann, tête de liste PS/Place publique aux européennes, juge que la priorité c'est de "mettre fin à l'injustice fiscale (...) soit en rétablissant l'ISF, soit en établissant une nouvelle tranche d'imposition sur les plus hauts revenus". Le chef de l'Etat a écarté à de nombreuses reprises un rétablissement de l'ISF (impôt sur la fortune), dont la suppression avait été un des premiers actes très controversé de son quinquennat. "L'urgence de la baisse des dépenses publiques et des impôts" ne peut être "la principale leçon à tirer de cinq mois d'occupation des ronds-points, de marches pour le climat sans précédents et de quatre mois de grand débat", préviennent également seize personnalités dont l'ex-ministre Nicolas Hulot ou Christophe Robert (Fondation Abbé Pierre), dans une tribune publiée dimanche dans le JDD.