Episode 1 - Où l'on dialogue avec une jeune femme qui sort de scène et refuse les servitudes de la notoriété

L'apparition du phénomène Blanche Gardin remonte au 28 mai 2018. C'était lors de la soirée des Molières, une cérémonie dédiée au spectacle vivant. Quelques années après s'être lancée dans le stand-up, un format importé des Etats-Unis par lequel l'humoriste se raconte dans un monologue ininterrompu, elle a été sélectionnée pour son deuxième spectacle en solo, Je parle toute seule, mis en scène par Maïa Sandoz. Salle Pleyel, à Paris, elle se présente pour décerner le prix de l'humour, dont elle s'avère être l'heureuse lauréate. Audacieux, le procédé révèle au grand public une personnalité qui n'hésite pas à prendre son auditoire à rebrousse-poil. L'artiste s'était déjà signalée aux César, quelques mois plus tôt, en pleine affaire Weinstein. " Dorénavant, les producteurs n'ont plus le droit de violer les actrices, s'était-elle félicitée, avant de s'interroger, faussement naïve : Mais est-ce que, nous, on a encore le droit de coucher pour avoir les rôles ? " Aux Molières, le trophée en main, elle remercie ses parents de lui avoir " transmis cette belle angoisse de mort " et sa thérapeute de lui avoir laissé des " névroses assez intactes ". La séquence se répand sur la Toile comme une traînée de poudre, récoltant en quarante-huit heures plus de quatre millions de vues. Les appels affluent : les théâtres nationaux veulent la programmer et, à l'Européen, à Paris, sa salle de prédilection (de 350 places), la billeterie est prise d'assaut. Elle doit y donner son prochain spectacle, qui lui a valu d'être de nouveau sélectionnée cette année aux Molières. Avec un titre à double détente : Bonne Nuit Blanche, des mots que lui chuchotait sa mère à l'heure du coucher.
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