Qui accuser dans la hausse des actes antisémites ?

"Il y a un saut quantitatif qui est accompagné d'un saut dans la gravité des événements. Nous avons eu depuis les années 2000 plusieurs meurtres, et des actes de séquestration avec violences, qui changent la nature du phénomène.

Or en France nous avons, ce que certains considèrent comme une grandeur et d'autres comme un problème, une absence de statistiques officielles sur l'ethnicité et la religion des citoyens. Ca pose effectivement une barrière puisqu'on ne peut pas savoir exactement qui sont les personnes ayant perpétré ces actes.

On a des tendances, que le rapport annuel de la commission nationale consultative des droits de l'homme confirme: la part des actes violents imputables à l'extrême droite est minoritaire aujourd'hui.

Dans les affaires les plus graves, ce n'est jamais l'ultradroite qui est à la manoeuvre. Ce qui pose toutefois la question de savoir si, intellectuellement, le nouvel antisémitisme et les nouveaux acteurs d'origine arabe ou musulmane ne sont pas venus se greffer sur un terreau déjà formé par les stéréotypes anciens charriés par l'extrême droite.

Aujourd'hui la majorité des auteurs appartiennent à un autre type de population, avec des stéréotypes différents."

Q: Les partis politiques ont-ils une responsabilité ?

"Le Rassemblement national (RN, ex FN) n'utilise pas l'antisémitisme comme une arme politique. Il a compris, depuis l'époque de Jean-Marie Le Pen (président du FN de 1972 à 2011, NDLR), que ça avait été son erreur historique que de tolérer les petites phrases de son président. Et que l'usage politique de l'antisémitisme disqualifiait, notamment lorsque vous ambitionnez de former une coalition de gouvernement avec la droite classique.

Marine Le Pen, outre le fait qu'elle n'est pas, à titre personnel, antisémite, n'est pas à la tête d'un parti dont l'antisémitisme est le programme.

Et le RN ne fait pas campagne sur des thèmes antisémites. Même si des thèmes résonnent parfois de manière extrêmement désagréable, comme à Lille (au congrès du RN en mars 2018, NDLR), quand Marine Le Pen a opposé le sédentaire et le nomade dans son discours. Mais clairement ce n'est pas un parti néonazi.

A la France insoumise, il y a quelque chose qui pose problème. Ce ne sont pas les convictions individuelles de Jean-Luc Mélenchon ou celles de dirigeants comme Manuel Bompard, François Ruffin, mais ce refus idéologique de considérer que certaines formes d'antisionisme mènent à l'antisémitisme.

Il ne s'agit pas de dire que toutes les formes d'antisionisme mènent à l'antisémitisme mais c'est par là que le ver entre dans le fruit.

On a absolument le droit d'être opposé à la politique menée par le gouvernement de Benjamin Netanyahu. La ligne de partage à ne pas franchir c'est quand on remet en question le droit d'Israël à exister.

Etre antisioniste aujourd'hui ça veut dire démanteler l'Etat d'Israël, les habitations et les gens qui vont avec. C'est une condamnation à mort."

Q: Les "gilets jaunes" sont-ils antisémites ?

"Les +gilets jaunes+ ne sont pas antisémites en tant que mouvement. Ils ont commencé avec des revendications sociales. Mais c'est un mouvement qui a fait le pari de l'horizontalité, de l'absence de chefs, de services d'ordre et qui s'est mis dans une situation de voir très vite les éléments radicaux déborder les mots d'ordre des figures de proue médiatiques.

Les +gilets jaunes+ se sont aussi laissés prendre au piège parisien. A Paris, cela devient une manifestation contre les symboles du pouvoir, et naturellement les éléments les plus radicaux se montrent davantage.

Il n'y a pas de responsabilité collective des +gilets jaunes+, mais des responsabilités individuelles. Ce qui est extrêmement gênant c'est que les figures médiatiques du mouvement n'ont pas réagi très vite après l'agression de Alain Finkielkraut."