Ce ne sont pas des humains qu'on a gazés à Auschwitz, ce sont des feujs. Ce ne sont pas des gens qu'on a réduits en esclavage, mais des macaques. Ce ne sont pas des femmes qu'on a violées avec des tessons de bouteille, pendant la guerre d'Algérie, mais des femelles de gris (un mot qui désigne, à la base un escargot baveux). Marie Treps a livré l'année dernière un ouvrage aussi laid que passionnant : Maudits mots, la fabrique des insultes racistes (1). Et toujours plus d'actualité, au vu de l'installation au pouvoir grandissante de candidats à la parole très libérée et aux discours de plus en plus agressifs à l'égard des minorités. De quoi nous autoriser à revenir sur un ouvrage à la parution pas toute récente. Pour cette sémiologue, qui a travaillé au Trésor de la langue française, voilà des siècles que la France nourrit la bête immonde. Et elle continue de la garder bien au chaud, dans les replis de son présent, lui trouvant sans arrêt de nouveaux moyens de s'exprimer, l'humour étant le dernier en date.
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