Six ans après les premiers soupçons, le FN, devenu Rassemblement national l'an dernier, comparaît devant le tribunal de Paris tandis que se poursuit une autre enquête sur le financement de la formation d'extrême droite, l'affaire des soupçons d'emplois fictifs chez les assistants de ses eurodéputés.

Au total, sept protagonistes - dont le trésorier du parti Wallerand de Saint-Just et l'eurodéputé Jean-François Jalkh - ainsi que trois personnes morales - le FN, la société de communication Riwal et le micro-parti Jeanne - seront jugés en correctionnelle du 6 au 29 novembre.

Ils sont impliqués à divers niveaux dans des accusations d'escroqueries, abus de biens sociaux, recels ou blanchiments, autour des législatives et de la présidentielle de 2012.

Un proche conseiller de Marine Le Pen, Frédéric Chatillon, 51 ans, se trouve au coeur du dossier. Cet ancien chef du Gud, syndicat étudiant d'extrême droite, est accusé d'avoir mis en place un système frauduleux pour aider le FN, en proie à des difficultés récurrentes de financement, et d'en avoir profité pour s'enrichir, lui et ses proches.

Ni prévenue, ni convoquée comme témoin, la grande absente du procès sera la présidente du parti: Marine Le Pen, mise en examen dans l'affaire des eurodéputés, a en effet échappé aux poursuites dans ce dossier.

Pour les juges d'instructions Renaud Van Ruymbeke et Aude Buresi, c'est bien elle, à sa prise de pouvoir en 2011, qui a imposé au FN de travailler avec Frédéric Chatillon et sa société Riwal, devenue quasiment l'unique prestataire de communication du parti.

Mais les magistrats n'ont pas démontré qu'elle avait joué un rôle ou eu connaissance des montages financiers reprochés, selon leur ordonnance du 5 octobre 2016 sur le volet principal de l'affaire, celui des législatives de 2012.

Dans ce volet, M. Chatillon, son associé Axel Lousteau - autre ancien du Gud - et M. Jalkh seront jugés pour "escroqueries" au préjudice de l'Etat. A l'époque, ils avaient obtenu que le FN oblige 525 candidats à souscrire des "kits" de campagne - tracts, affiches, site internet - fournis par Riwal au prix de 16.650 euros.

Les juges du pôle financier ont estimé que ce montage cachait des prestations "très largement surévaluées", indépendamment des réels besoins des candidats. Ils en ont conclu que le coût des kits était fixé pour obtenir le maximum du remboursement des frais de campagne, assuré par l'Etat pour les candidats dépassant 5% des voix.

Pour acheter ce "kits", les candidats devaient contracter un prêt à intérêts auprès de Jeanne, une opération qualifiée par les magistrats de simple "aller-retour comptable". La Commission des comptes de campagne (CNCCFP), qui avait validé le remboursement des "kits", avait en revanche refusé de compenser ces intérêts.

"Nous allons contester avec virulence ces accusations infâmantes", a déclaré à l'AFP l'avocat du FN, Me David Dassa-Le Deist. "Il est sidérant qu'après cinq ans d'instruction, l'accusation ne soit pas en mesure de chiffrer cette allégation de surfacturation", a-t-il expliqué, soulignant qu'"aucun texte ne fixe de tarif".

Pour les magistrats instructeurs, Jeanne n'était qu'un faux-nez de Riwal, destiné à masquer le financement du FN par une personne morale: le FN se voit ainsi reprocher d'avoir obtenu de Riwal un crédit-fournisseur illégal de quelque 950.000 euros et de lui avoir facturé frauduleusement 412.000 euros d'impressions "largement surévaluées" liées à la présidentielle de 2012.

Pour l'avocat de M. Chatillon et de Riwal, Me Alexandre Varaut, "il s'agit de relations commerciales ordinaires dans le monde extraordinaire de la politique". Il entend démontrer que les tarifs de Riwal ne s'éloignent pas de ceux pratiqués par d'autres partis.

Dans un second volet ouvert en 2016, M. Jalkh, le mouvement Jeanne et Frédéric Chatillon, un proche de Marine Le Pen au centre du dossier, seront également jugés lors de ce procès pour des montages financiers semblables, cette fois à l'époque des municipales et des européennes de 2014 ainsi que des départementales de 2015.