Une semaine par mois -du lundi matin au jeudi après-midi pour être exact- les rues de la capitale alsacienne s'animent de voitures immatriculées en Belgique et de gens pressés tirant une valise à roulettes. Les couloirs de l'imposante tour de verre et de métal évidée dans le nord de Strasbourg se remplissent de malles vertes déposées devant les portes de bureaux. A l'intérieur, les documents et le matériel de travail des 751 députés européens et des collaborateurs du Parlement, transportés par camions depuis Bruxelles. Une grande manoeuvre répétée douze fois par an, le temps des sessions plénières du Parlement européen, seul parlement transnational élu au suffrage universel direct. Pendant ces quatre jours à Strasbourg, les eurodéputés votent les textes négociés en amont, comme le budget de l'UE, des règles sociales, des normes environnementales...

Symbole de réconciliation

Pourquoi Strasbourg ? Pour le symbole de la réconciliation franco-allemande d'abord. Ville-frontière meurtrie par les guerres, Strasbourg incarne au lendemain de la Seconde Guerre mondiale l'Europe de la paix, avec l'installation du Conseil de l'Europe puis de la Cour européenne des droits de l'Homme, et dès 1952 de l'Assemblée de la Communauté européenne du charbon et de l'acier (CECA), ancêtre de l'Union européenne.

Pour une question logistique aussi: à la naissance du Parlement européen, le Conseil de l'Europe, organe paneuropéen sans rapport avec l'UE, partageait avec lui son hémicycle, les deux organisant leurs sessions plénières à tour de rôle. Mais avec l'élargissement de l'UE, la place manquait, d'où la construction -non sans polémique sur l'utilité de rester à Strasbourg- d'un nouveau bâtiment inauguré en 1999. Malgré ce siège officiel inscrit dans les traités européens, le travail des commissions parlementaires et des groupes politiques et les "mini-sessions" plénières ont lieu à Bruxelles, dans un autre bâtiment avec un autre hémicycle qui aurait besoin de coûteux travaux.

1.500 malles, 2 trains, 98 voitures

Cette migration mensuelle de Bruxelles à Strasbourg implique une importante logistique: quatre camions transportant 1.500 malles et un autre avec le matériel audiovisuel, 98 voitures, 30 minibus et deux trains Thalys affrétés spécialement. C'est aussi une véritable manne pour les hôtels strasbourgeois, dont environ 15% du chiffre d'affaires est réalisé grâce aux sessions parlementaires, selon Pierre Siegel, président de la délégation hôtelière du syndicat patronal Umih Bas-Rhin. "Pff, j'en ai marre de venir à Strasbourg !", n'est-il pas rare d'entendre dans les couloirs du bâtiment Louise-Weiss.

Le débat entre pro-Bruxelles et pro-Strasbourg est un serpent de mer, les premiers mettant en avant un gâchis de temps et d'argent et une ville mal desservie, les seconds -essentiellement Français- le symbole de Strasbourg et la souhaitable déconcentration des pouvoirs européens. Chaque déclaration politique dans un sens ou dans l'autre, comme récemment celle d'Annegret Kramp-Karrenbauer, dirigeante des conservateurs allemands, parlant d'un "anachronisme", suffit à remettre le feu aux poudres. "C'est une contrainte, c'est vrai, mais les deux sièges ont au moins une utilité: quand on est à Strasbourg, on n'est pas dans le gros brassage du lobbying bruxellois, on est concentré sur le travail législatif encore plus qu'à Bruxelles", estime l'eurodéputée socialiste Karine Gloanec Maurin, qui possède un bureau à Bruxelles et un second à Strasbourg. Ses collaboratrices font le voyage à tour de rôle jusqu'en Alsace.

"Quand on est en session plénière à Strasbourg, on est un vrai Parlement. La quasi-totalité des parlementaires sont là", explique aussi l'eurodéputé LR, Arnaud Danjean, jugeant "pas sain qu'il y ait une centralisation des institutions européennes dans 2 km² à Bruxelles". La Suédoise Anna Maria Corazza Bildt est au contraire vent debout contre Strasbourg, plaidant "pour un parlement plus efficace et moins polluant" à Bruxelles. Un avis partagé par le personnel du Parlement lui-même, qui, sur son site internet, affirme qu'un transfert à Bruxelles ferait économiser 103 millions d'euros par an. Un surcoût qui n'atteint cependant que 51 millions, selon l'Association européenne des jeunes entrepreneurs, favorable à un siège unique à Strasbourg. Mais tout changement ne pourrait se faire qu'à l'unanimité des Etats-membres. Un vrai défi.

Une semaine par mois -du lundi matin au jeudi après-midi pour être exact- les rues de la capitale alsacienne s'animent de voitures immatriculées en Belgique et de gens pressés tirant une valise à roulettes. Les couloirs de l'imposante tour de verre et de métal évidée dans le nord de Strasbourg se remplissent de malles vertes déposées devant les portes de bureaux. A l'intérieur, les documents et le matériel de travail des 751 députés européens et des collaborateurs du Parlement, transportés par camions depuis Bruxelles. Une grande manoeuvre répétée douze fois par an, le temps des sessions plénières du Parlement européen, seul parlement transnational élu au suffrage universel direct. Pendant ces quatre jours à Strasbourg, les eurodéputés votent les textes négociés en amont, comme le budget de l'UE, des règles sociales, des normes environnementales...Pourquoi Strasbourg ? Pour le symbole de la réconciliation franco-allemande d'abord. Ville-frontière meurtrie par les guerres, Strasbourg incarne au lendemain de la Seconde Guerre mondiale l'Europe de la paix, avec l'installation du Conseil de l'Europe puis de la Cour européenne des droits de l'Homme, et dès 1952 de l'Assemblée de la Communauté européenne du charbon et de l'acier (CECA), ancêtre de l'Union européenne.Pour une question logistique aussi: à la naissance du Parlement européen, le Conseil de l'Europe, organe paneuropéen sans rapport avec l'UE, partageait avec lui son hémicycle, les deux organisant leurs sessions plénières à tour de rôle. Mais avec l'élargissement de l'UE, la place manquait, d'où la construction -non sans polémique sur l'utilité de rester à Strasbourg- d'un nouveau bâtiment inauguré en 1999. Malgré ce siège officiel inscrit dans les traités européens, le travail des commissions parlementaires et des groupes politiques et les "mini-sessions" plénières ont lieu à Bruxelles, dans un autre bâtiment avec un autre hémicycle qui aurait besoin de coûteux travaux.Cette migration mensuelle de Bruxelles à Strasbourg implique une importante logistique: quatre camions transportant 1.500 malles et un autre avec le matériel audiovisuel, 98 voitures, 30 minibus et deux trains Thalys affrétés spécialement. C'est aussi une véritable manne pour les hôtels strasbourgeois, dont environ 15% du chiffre d'affaires est réalisé grâce aux sessions parlementaires, selon Pierre Siegel, président de la délégation hôtelière du syndicat patronal Umih Bas-Rhin. "Pff, j'en ai marre de venir à Strasbourg !", n'est-il pas rare d'entendre dans les couloirs du bâtiment Louise-Weiss.Le débat entre pro-Bruxelles et pro-Strasbourg est un serpent de mer, les premiers mettant en avant un gâchis de temps et d'argent et une ville mal desservie, les seconds -essentiellement Français- le symbole de Strasbourg et la souhaitable déconcentration des pouvoirs européens. Chaque déclaration politique dans un sens ou dans l'autre, comme récemment celle d'Annegret Kramp-Karrenbauer, dirigeante des conservateurs allemands, parlant d'un "anachronisme", suffit à remettre le feu aux poudres. "C'est une contrainte, c'est vrai, mais les deux sièges ont au moins une utilité: quand on est à Strasbourg, on n'est pas dans le gros brassage du lobbying bruxellois, on est concentré sur le travail législatif encore plus qu'à Bruxelles", estime l'eurodéputée socialiste Karine Gloanec Maurin, qui possède un bureau à Bruxelles et un second à Strasbourg. Ses collaboratrices font le voyage à tour de rôle jusqu'en Alsace."Quand on est en session plénière à Strasbourg, on est un vrai Parlement. La quasi-totalité des parlementaires sont là", explique aussi l'eurodéputé LR, Arnaud Danjean, jugeant "pas sain qu'il y ait une centralisation des institutions européennes dans 2 km² à Bruxelles". La Suédoise Anna Maria Corazza Bildt est au contraire vent debout contre Strasbourg, plaidant "pour un parlement plus efficace et moins polluant" à Bruxelles. Un avis partagé par le personnel du Parlement lui-même, qui, sur son site internet, affirme qu'un transfert à Bruxelles ferait économiser 103 millions d'euros par an. Un surcoût qui n'atteint cependant que 51 millions, selon l'Association européenne des jeunes entrepreneurs, favorable à un siège unique à Strasbourg. Mais tout changement ne pourrait se faire qu'à l'unanimité des Etats-membres. Un vrai défi.