Le co-président du groupe des Verts au Parlement européen, le député belge Philippe Lamberts, juge "très positif" le maintien de la Danoise Margrethe Vestager à la Concurrence, une compétence où elle a tenu tête à de grandes entreprises et à des puissances commerciales sous la Commission Juncker. Mais il s'interroge sur la volonté de Mme von der Leyen d'obliger les commissaires à supprimer une réglementation chaque fois qu'ils en introduiront une nouvelle. "Il y a un risque important d'affaiblir la protection des consommateurs et de l'environnement", estime-t-il. Plus que le casting, le Belge veut surtout connaître au plus tôt le contenu du programme de travail de la Commission.

Sa collègue Ska Keller souligne quant à elle l'importance d'avoir une Commission paritaire en genre, d'avoir fait du "Green Deal" européen une priorité et de lui avoir octroyé un "poids lourd" en la personne de Frans Timmermans. "Nous sommes prêts à travailler constructivement", souligne l'eurodéputée allemande. Elle s'inquiète en revanche de la qualification du portefeuille incluant la politique d'Asile et de migration, intitulé "Protéger notre mode de vie européen". "Nous espérons que Mme von der Leyen ne voit pas de contradiction entre le soutien aux réfugiés et les valeurs européennes", note-t-elle.

En utilisant "la rhétorique de l'extrême droite les migrants menacent le mode de vie européen et en liant la migration à la sécurité", l'intitulé de ce portefeuille "envoie un message inquiétant", a twitté un porte-parole d'Amnesty International, Stefan Simanowitz. Mme von der Leyen a précisé que le Grec Margaritis Schinas allait travailler "sur toute la chaîne", du pays d'origine des migrants au trafic d'êtres humains, à des frontières extérieures "qui fonctionnent" et au droit d'asile, mais aussi sur la migration légale de travailleurs qualifiés.

Côté socialiste, on reste mitigé, comme lors du vote de confiance à la candidature de Mme von der Leyen qui avait vu une trentaine de députés - dont les Belges francophones - voter contre. "Avec 10 commissaires sur 27, les socialistes ont plus de postes que toute autre famille politique européenne", se réjouit le groupe S&D, en insistant sur la parité en genre. Mais tous les socialistes ne partagent pas cet enthousiasme. "Pas sûr que l'on soit vraiment gagnant avec cette répartition", indiquait un socialiste sceptique. Tout comme les Verts, il relevait lui aussi les cas des candidats commissaire hongrois et polonais. Le premier cité était à la manoeuvre lors d'une réforme controversée de la justice en Hongrie, tandis que le second est visé par une enquête de l'office européen antifraude (OLAF) pour des "irrégularités présumées concernant le remboursement de frais de voyage" lorsqu'il était eurodéputé.

A la gauche radicale, l'élu belge Marc Botenga (PTB, GuE) juge de mauvais augure la transformation du portefeuille "Emploi, Affaires sociales" en "Jobs". Il voit "une mauvaise blague" dans la proposition du Belge Didier Reynders au poste de commissaire à la Justice, "lui dont le nom apparaît dans une série de scandales politiques belges". Pour une source socialiste, M. Reynders s'est vu confier une "belle-mère" en la personne de la vice-présidente tchèque Vera Jourova, et le portefeuille de ses compétences reste relativement maigre. Le libéral a en revanche été félicité par l'eurodéputé Benoît Lutgen (cdH, PPE).