Avec son discours sur l'état de l'Union, Ursula von der Leyen insuffle un nouvel élan à l'Europe?
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Avec son discours sur l'état de l'Union, Ursula von der Leyen insuffle un nouvel élan à l'Europe?Eric Maurice : Je dirais plutôt que son discours s'inscrit dans le nouvel élan créé par l'accord historique de juillet, le plan de relance adopté pour faire face aux répercussions sociales et économiques de la pandémie de Covid-19. Dans la foulée, le Parlement européen a donné un avis positif à la proposition de la Commission sur les ressources propres. Une fois adopté par les 27 et ratifié par les parlements nationaux, le texte permettra à la Commission d'emprunter 750 milliards d'euros sur le marché des capitaux. La présidente de la Commission a annoncé que 30 % de cette somme seront levés grâce à des obligations vertes. Pour atteindre la neutralité carbone en 2050, pierre angulaire du Green Deal européen, la Commission propose de diminuer d'au moins 55 % les émissions de gaz à effet de serre de l'Union en 2030 par rapport au niveau de 1990. L'objectif actuel est de -40%. L'ambition européenne sur le climat est donc revue à la hausse, mais cela n'a pas surpris, car ce relèvement avait fuité ces derniers jours.D'autres annonces d'Ursula von der Leyen sont plus inattendues ?L'une de ses annonces fortes est le projet de la Commission européenne de proposer à chaque citoyen de l'Union une "identité numérique sécurisée". L'idée est de promouvoir un modèle européen de protection des données. L'Europe ne veut plus se laisser imposer des normes par les grands acteurs numériques américains et chinois. En matière de santé, la présidente de la Commission a mis l'accent sur le programme UE4Health, que le Conseil européen avait pourtant raboté en juillet. Elle a aussi proposé de créer une nouvelle agence européenne de recherche-développement spécialisée dans le biomédical. Elle veut créer une Europe de la santé "plus forte", mais on ne peut réellement renforcer la politique sanitaire commune au sein du cadre restreint offert par les traités. Ursula von der Leyen relance aussi le chantier du salaire minimum légal, même s'il n'est pas question de l'imposer partout. L'objectif est plutôt d'adopter un cadre salarial qui respecte le paysage social et les traditions politiques et syndicales nationales. Le ton ferme de la présidente de la Commission à l'égard d'Ankara, de Pékin, de Moscou et de Londres vous a surpris ?Sur le Brexit, elle répète ce que dit l'Union depuis la semaine dernière : Londres ne peut modifier unilatéralement l'accord signé en janvier, qui scelle le départ du Royaume-Uni. L'Union, zone de droit, s'en tient à cet accord et aux principes de négociation actés dans la déclaration politique qui accompagne le texte. Ursula von der Leyen a réaffirmé l'unité des 27, qui s'est maintenue depuis le référendum britannique de 2016, et elle a eu des mots de soutien à Michel Barnier, le négociateur européen. La dimension "géopolitique" de la Commission est également réaffirmée. Ursula von der Leyen a défendu le modèle démocratique européen face à la Turquie, la Russie, la Chine. Elle a évoqué le sort des Ouigours de l'Ouest de la Chine, ou encore la tentative d'empoisonnement dont a été victime l'opposant russe Alexei Navalny. Elle réclame l'adoption par les 27 d'une "loi Magnitsky" européenne, qui permettrait à l'Union de prendre des sanctions dans des affaires comme celle-là. La présidente de la Commission a prévenu les Etats membres : pour faire respecter ses valeurs et être plus efficace, l'Europe doit passer de l'unanimité à la majorité qualifiée pour les décisions liées aux droits de l'homme ou à la mise en oeuvre de sanctions.