Plus de trois ans après le référendum qui a vu les Britanniques voter à 52% pour une sortie de l'Union européenne, le Brexit - prévu initialement pour le 29 mars 2019 et sans cesse repoussé depuis - est toujours un casse-tête.

Quelque 3,6 millions de citoyens européens vivent actuellement au Royaume-Uni, et 1,2 million de Britanniques sur le continent.

- ROYAUME-UNI : risque de pénuries -

Le Premier ministre Boris Johnson envisage un divorce sans accord, malgré des prévisions alarmantes, de son propre gouvernement, de pénuries alimentaires, de médicaments et de risques de troubles à l'ordre public.

L'Union européenne a prévu qu'en cas de Brexit dur, elle mettrait immédiatement en place des contrôles douaniers, des inspections de sécurité alimentaire et de vérification des normes européennes aux frontières avec le Royaume-Uni. Le Parlement européen a approuvé en avril l'exemption de visas pour les Britanniques effectuant de courts séjours dans l'Union européenne après le Brexit, sous réserve de réciprocité.

Plus d'un million d'Européens ont déjà obtenu le statut de "résident permanent" ("settled status"), pour continuer à travailler ou toucher des prestations sociales lorsque le Royaume-Uni aura rompu ses liens avec l'UE.

Le gouvernement britannique a annoncé début septembre qu'il allait proposer un permis de séjour de trois ans aux ressortissants européens qui souhaiteraient s'y installer après un Brexit sans accord.

Londres travaille aussi à ouvrir de nouvelles voies de passage via d'autres ports que celui de Douvres (sud).

- IRLANDE : l'épine du backstop -

Dans son budget pour 2019, l'Irlande a mis 1,5 milliard d'euros de côté, pour amortir toute onde de choc liée au divorce avec le Royaume-Uni. 1.000 personnes ont notamment été embauchées pour les contrôles douaniers et sanitaires.

Les regards sont braqués sur un dispositif qui cristallise les passions : le "filet de sécurité", ou "backstop", qui est censé éviter le retour à une frontière physique entre la République d'Irlande et la province britannique voisine d'Irlande du Nord.

Il stipule que le Royaume-Uni demeure sur un "territoire douanier unique" avec l'Union européenne, ce qui limiterait la capacité de Londres à négocier des traités commerciaux avec des Etats tiers. Inimaginable pour les partisans d'un divorce net avec Bruxelles qui estiment que cela arrimerait leur pays indéfiniment à l'Union européenne.

Belgique: elon Charles Michel, nous sommes prêts autant qu'il est possible de l'être

Le gouvernement fédéral a fait le point vendredi sur la préparation de la Belgique à l'égard du Brexit à six semaines de l'échéance des discussions entre le Royaume-Uni et l'Union européenne. "Nous sommes prêts autant qu'il est possible de l'être même si nous mesurons bien qu'il y a un certain nombre de points que nous ne pouvons pas prédire", a assuré le Premier ministre, Charles Michel.

Cette année, un budget de 10 millions d'euros a été libéré. L'an prochain, il s'élèvera à 20 millions d'euros. L'un des premiers défis est le recrutement d'agents pour les Douanes, l'Agence Fédérale de la Sécurité de la Chaîne Alimentaire (AFSCA) et la police.

Si le Royaume-Uni devient un pays tiers, la tâche des Douanes sera considérablement accrue. Le recrutement de 386 douaniers a été lancé, 289 sont à l'oeuvre, 29 le seront bientôt, s'est félicité le ministre des Finances, Alexander De Croo.

L'incertitude demeure quant aux termes de la sortie des Britanniques de l'UE. Mais ces agents demeureront nécessaires même si un accord commercial est conclu avec l'Union européenne, a précisé l'administrateur-général adjoint des Douanes, Stephan Legein.

A la police, trente agents supplémentaires ont été recrutés et sont affectés en Flandre occidentale.

L'impact du Brexit risque particulièrement de se faire sentir au port de Zeebrugge et dans les ports du nord de la France. L'un des problèmes à résoudre sera celui du transport routier vu les formalités que devront remplir les transporteurs. Une campagne a d'ailleurs été menée dans les pays d'Europe centrale et orientale afin de dissuader les transporteurs de se rendre à Zeebrugge s'ils ne disposent pas des documents douaniers ad hoc.

Le Centre de crise a aussi planifié différentes procédures pour répondre aux éventuels problèmes d'engorgement sur les routes du Royaume. Les gouverneurs ont notamment inventorié les lieux de parking les plus importants en Flandre occidentale et orientale, capables d'accueillir au besoin des camions ne disposant pas des autorisations suffisantes. Des stress-tests en collaboration avec les douanes sont également prévus le mois prochain.

Les autorités belges et françaises ont également eu plusieurs contacts sur ce sujet.

En ce qui concerne l'agence fédérale pour la sécurité de la chaîne alimentaire (AFSCA) - chargée des contrôles phytosanitaires -, le recrutement de 115 personnes est en cours. "Une bonne partie d'entre elles ont déjà été engagées et formées", a précisé la porte-parole de l'AFSCA, Stéphanie Maquoi.

L'agence recherche encore principalement des vétérinaires. Si les recrutements ne devaient pas donner lieu à l'engagement de 115 personnes supplémentaires d'ici le 31 octtobre, l'AFSCA aura alors recours à des affectations temporaires en interne afin de disposer d'un cadre complet et d'assurer la fluidité des contrôles.

- ALLEMAGNE : "prête à tout" -

Le gouvernement allemand, qui assure être "préparé à toutes les possibilités imaginables de sortie", prévoit en particulier une période de transition de neuf mois pour permettre aux Britanniques de faire les démarches administratives nécessaires afin de rester en Allemagne après le Brexit. Ils devront ensuite faire une demande de titre de séjour pour rester en Allemagne.

Les douanes allemandes ont prévu 900 postes supplémentaires.

- FRANCE : aménagement des ports -

Il est prévu que les Britanniques qui habitent sur le territoire français, où ils sont au moins 150.000, "pourront continuer de résider en France sans titre de séjour" pendant un an, le temps de régulariser leur situation, à condition que la réciprocité soit accordée aux 300.000 Français vivant au Royaume-Uni.

Des travaux d'aménagement, d'un montant de 50 millions d'euros, ont été engagés dans les ports (Dunkerque, Calais, Le Havre), le tunnel sous la Manche et les aéroports, avec notamment des parkings géants pour éviter les embouteillages. Près de 600 nouveaux douaniers ont été recrutés et formés.

- ITALIE : inquiétude pour le prosecco -

L'obtention du statut de résident permanent sera liée à une présence d'au moins six mois sur douze en Italie, au cours des cinq années ayant précédé le Brexit.

Les vignerons italiens, qui exportent chaque année au Royaume-Uni le chiffre colossal de 120 millions de bouteilles de prosecco, craignent les conséquences d'une hausse des prix du fait des droits de douane.

"L'incertitude de la situation nous inquiète, mais nous avons confiance dans le fait que les citoyens britanniques n'abandonneront pas leur péché mignon", dit Innocente Nardi, le président du consortium du prosecco supérieur Conegliano Valdobbiadene (DOCG).