Après les progrès observés ces dernières semaines sur un objectif de neutralité carbone d'ici 2050, l'unanimité des membres du Conseil européen devait se concrétiser. Cependant, la difficulté à ratifier l'accord, en vue du sommet pour le climat des Nations Unies en septembre prochain, reflète les divergences au sein de l'Union. Tandis que la planète brûle, les intérêts économiques à court terme et les lobbys dominent.

En ligne avec les mesures prises durant les accords de Paris, l'objectif pour 2050 consiste à maintenir l'augmentation des températures en dessous des 2 degrés. Bien qu'implémenté différemment d'un pays à l'autre, l'objectif d'émission nette-zéro à effet de serre serait rendu possible grâce à l'internalisation des émissions.

Vendredi tôt dans la nuit, le président du Conseil européen Donald Tusk expliquait que "atteindre l'unanimité n'était pas possible aujourd'hui". La mesure doit désormais obtenir le soutien de la Pologne, de la République Tchèque, de la Hongrie ainsi que de l'Estonie. Des différences économiques structurelles entre les membres de l'UE expliquent la réticence de certains pays de l'Est envers l'objectif. Alors que la Finlande et la Norvège ont rapproché leur objectif à 2035, la Pologne et son lobby du charbon peinent à y voir les bénéfices. "Pourquoi devrions-nous décider 31 ans à l'avance de ce qui se passera en 2050 ?", s'interrogeait à son arrivée au sommet le Président tchèque Andrej Babi¨.

Le bloc européen est le troisième émetteur le plus important au monde, comptant 10% des émissions globales. Fin mai dernier, le Secrétaire Général des Nations Unies, Antonio Guterres, demandait à l'UE de réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 55%, plutôt que l'objectif actuel de 40% d'ici 2030.

Le 11 juin, Jean-Claude Juncker mettait en garde à un évènement de Politico : "Nous devrions nous concentrer sur 2030", déclarant que "fixer encore et encore de nouveaux objectifs n'a aucun sens. Concentrons-nous sur la réalisation de ce que nous avons déjà convenu."

Malgré l'ascension récente des Verts durant les élections européennes en mai, l'action de l'UE reste insuffisante face aux enjeux climatiques. L'échec d'inscrire l'objectif de transition écologique dans le programme stratégique de 2019-2024 oblige à rétrograder les ambitions fixées dans les accords de Paris. Retardant les mesures écologiques, l'ambition de l'UE se fragilise en cette période de transition.

Jean Castorini