Une partie de la gauche (celle qui se prétend insoumise, pure et dure) dérape joyeusement depuis quelques semaines. Elle est abonnée aux déclarations à l'emporte-pièce. Mais cette fois, c'est du solide. Un festival de bêtises, de slogans simplistes et de silences complices face au danger de l'islamisme, à ne pas confondre évidemment avec l'islam.

La gauche "radicale" fait sécession

Après la décapitation d'un professeur français par un islamiste tchétchène, la réprobation a été unanime. Très vite pourtant, cette partie de la gauche que je qualifierais de "radicale", a fait sécession. Plutôt que de se mobiliser pour défendre la liberté d'expression, le droit à la caricature et dénoncer les propos belliqueux du président turc Recep Tayip Erdogan et d'autres leaders de l'extrême droite islamiste, elle est montée au front pour épingler ce qui constitue, selon elle, le bon combat : la dénonciation des affreux laïcs qui, particulièrement en France, persécuteraient nos concitoyens de confession musulmane.

Cette gauche radicale lutte contre un ennemi largement imaginaire, même si des actes antimusulmans existent et doivent être condamnés fermement. Hormis l'extrême droite, aucun parti, dans nos pays, ne met en cause l'islam. La condamnation porte sur l'islamisme, un "danger mondial", selon l'expression du journaliste et écrivain algérien, Kamel Daoud. Un danger que la gauche radicale combat mollement, dans le meilleur des cas, préférant se confiner dans un sport où elle excelle : la dénonciation de la soi-disant intolérance ... de celles et ceux qui résistent aux assauts de l'islamisme. Le monde à l'envers, mais dans les rangs de cette gauche-là, on n'en n'est pas à une aberration près.

L'ennemi principal, les "traîtres" à la classe ouvrière

En France, après avoir plaidé pour "l'unité nationale" au lendemain du dernier attentat islamiste, le leader des Insoumis, Jean-Luc Mélenchon, est retombé dans ses travers politiciens et a déclaré qu'il n'apportera pas son soutien à Emmanuel Macron, insulté par le président turc Erdogan.

A l'extrême gauche, les troupes sont mobilisées, non pas pour faire barrage à l'extrême droite islamiste, mais pour dénoncer "le déchaînement de violences et de haine racistes" qui séviraient en France, selon les mots du Nouveau Parti Anticapitaliste d'Olivier Besancenot. De Mélenchon à Besancenot, la ritournelle est la même : l'ennemi principal, ce sont les gestionnaires de la crise économique et sanitaire, qui attisent la haine et le racisme dans nos sociétés, et particulièrement les sociaux-démocrates, "traîtres à la classe ouvrière".

En Belgique, le PTB se tait pratiquement dans toutes les langues à propos des dangers de l'islamisme radical. Le parti d'extrême gauche est trop occupé à tirer à boulets rouges sur ce qui, selon lui, incarne l'horreur absolue, le gouvernement Vivaldi "antisocial".

Les compagnons de route de l'islamisme

Dans nos pays, des militants de gauche radicale rejouent la mauvaise pièce des "compagnons de route" : jadis ils fermaient les yeux sur les méfaits du communisme et du maoïsme, aujourd'hui ils refusent de voir la menace islamiste, voire parfois copinent avec certaines thèses des religieux ultraconservateurs, sexistes, homophobes et puritains. Ces militants se permettent même de donner des leçons, notamment aux intellectuels musulmans ou de culture musulmane qui, parfois au péril de leur vie, dénoncent l'islamisme radical, qui sont parfois accusés d'être des "traîtres" à leur communauté. C'est notamment le cas de l'écrivain et journaliste Kamel Daoud, et de l'ex-journaliste de 'Charlie Hebdo', Zineb El Rhazoui, que l'extrême gauche occidentale méprise.

Un débat complexe

Le débat sur ces questions est complexe parce que certains militants de gauche, parfois de bonne foi, assimilent toute dénonciation de l'islamisme radical à une critique méprisante envers l'islam. Il ne s'agit évidemment pas de cela. La gauche prétendument "pure et dure" qui minimise le danger de l'islamisme entretient la confusion. Elle devrait cesser de brouiller les pistes et s'engager dans un débat constructif autour de la "question religieuse". Pour l'heure, son insoutenable légèreté face au danger du radicalisme islamiste ne sert pas la cause qu'elle prétend défendre.

Claude Demelenne, essayiste, auteur de plusieurs ouvrages sur la gauche

Une partie de la gauche (celle qui se prétend insoumise, pure et dure) dérape joyeusement depuis quelques semaines. Elle est abonnée aux déclarations à l'emporte-pièce. Mais cette fois, c'est du solide. Un festival de bêtises, de slogans simplistes et de silences complices face au danger de l'islamisme, à ne pas confondre évidemment avec l'islam.La gauche "radicale" fait sécessionAprès la décapitation d'un professeur français par un islamiste tchétchène, la réprobation a été unanime. Très vite pourtant, cette partie de la gauche que je qualifierais de "radicale", a fait sécession. Plutôt que de se mobiliser pour défendre la liberté d'expression, le droit à la caricature et dénoncer les propos belliqueux du président turc Recep Tayip Erdogan et d'autres leaders de l'extrême droite islamiste, elle est montée au front pour épingler ce qui constitue, selon elle, le bon combat : la dénonciation des affreux laïcs qui, particulièrement en France, persécuteraient nos concitoyens de confession musulmane.Cette gauche radicale lutte contre un ennemi largement imaginaire, même si des actes antimusulmans existent et doivent être condamnés fermement. Hormis l'extrême droite, aucun parti, dans nos pays, ne met en cause l'islam. La condamnation porte sur l'islamisme, un "danger mondial", selon l'expression du journaliste et écrivain algérien, Kamel Daoud. Un danger que la gauche radicale combat mollement, dans le meilleur des cas, préférant se confiner dans un sport où elle excelle : la dénonciation de la soi-disant intolérance ... de celles et ceux qui résistent aux assauts de l'islamisme. Le monde à l'envers, mais dans les rangs de cette gauche-là, on n'en n'est pas à une aberration près.L'ennemi principal, les "traîtres" à la classe ouvrièreEn France, après avoir plaidé pour "l'unité nationale" au lendemain du dernier attentat islamiste, le leader des Insoumis, Jean-Luc Mélenchon, est retombé dans ses travers politiciens et a déclaré qu'il n'apportera pas son soutien à Emmanuel Macron, insulté par le président turc Erdogan. A l'extrême gauche, les troupes sont mobilisées, non pas pour faire barrage à l'extrême droite islamiste, mais pour dénoncer "le déchaînement de violences et de haine racistes" qui séviraient en France, selon les mots du Nouveau Parti Anticapitaliste d'Olivier Besancenot. De Mélenchon à Besancenot, la ritournelle est la même : l'ennemi principal, ce sont les gestionnaires de la crise économique et sanitaire, qui attisent la haine et le racisme dans nos sociétés, et particulièrement les sociaux-démocrates, "traîtres à la classe ouvrière".En Belgique, le PTB se tait pratiquement dans toutes les langues à propos des dangers de l'islamisme radical. Le parti d'extrême gauche est trop occupé à tirer à boulets rouges sur ce qui, selon lui, incarne l'horreur absolue, le gouvernement Vivaldi "antisocial".Les compagnons de route de l'islamismeDans nos pays, des militants de gauche radicale rejouent la mauvaise pièce des "compagnons de route" : jadis ils fermaient les yeux sur les méfaits du communisme et du maoïsme, aujourd'hui ils refusent de voir la menace islamiste, voire parfois copinent avec certaines thèses des religieux ultraconservateurs, sexistes, homophobes et puritains. Ces militants se permettent même de donner des leçons, notamment aux intellectuels musulmans ou de culture musulmane qui, parfois au péril de leur vie, dénoncent l'islamisme radical, qui sont parfois accusés d'être des "traîtres" à leur communauté. C'est notamment le cas de l'écrivain et journaliste Kamel Daoud, et de l'ex-journaliste de 'Charlie Hebdo', Zineb El Rhazoui, que l'extrême gauche occidentale méprise.Un débat complexeLe débat sur ces questions est complexe parce que certains militants de gauche, parfois de bonne foi, assimilent toute dénonciation de l'islamisme radical à une critique méprisante envers l'islam. Il ne s'agit évidemment pas de cela. La gauche prétendument "pure et dure" qui minimise le danger de l'islamisme entretient la confusion. Elle devrait cesser de brouiller les pistes et s'engager dans un débat constructif autour de la "question religieuse". Pour l'heure, son insoutenable légèreté face au danger du radicalisme islamiste ne sert pas la cause qu'elle prétend défendre.Claude Demelenne, essayiste, auteur de plusieurs ouvrages sur la gauche