Le président des Républicains (LR) Laurent Wauquiez vit, boit, mange, dort politique. Il a une obsession (pas toujours satisfaite) : éviter les fautes. François-Xavier Bellamy assume de se tromper. Pour l'une de ses premières expressions comme tête de liste LR aux européennes, il se prend les pieds dans le tapis du Brexit. Son propos imprécis sur une éventuelle renégociation perturbe Michel Barnier, toujours adhérent de LR, qui mène les discussions de l'Union européenne avec le Royaume-Uni. Les deux hommes s'en expliquent au téléphone. " J'ai refusé de faire du média-training, quitte à commettre de petites erreurs, comme ce fut le cas à cette occasion ", se défend Bellamy.
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Le président des Républicains (LR) Laurent Wauquiez vit, boit, mange, dort politique. Il a une obsession (pas toujours satisfaite) : éviter les fautes. François-Xavier Bellamy assume de se tromper. Pour l'une de ses premières expressions comme tête de liste LR aux européennes, il se prend les pieds dans le tapis du Brexit. Son propos imprécis sur une éventuelle renégociation perturbe Michel Barnier, toujours adhérent de LR, qui mène les discussions de l'Union européenne avec le Royaume-Uni. Les deux hommes s'en expliquent au téléphone. " J'ai refusé de faire du média-training, quitte à commettre de petites erreurs, comme ce fut le cas à cette occasion ", se défend Bellamy. Le meilleur moyen de faire de la politique par les temps qui courent, c'est de ne pas en faire. Et à quoi reconnaît-on un non-homme politique ? Il suffit de tendre l'oreille. " Je serai le dernier à polémiquer sur le week-end au ski du président car ce serait vraiment médiocre ", susurre Bellamy. Vive la bienveillance. A l'instant où il critique l'exécutif, il lâche : " J'ai conscience de la facilité du propos. " LR est passé de 8 à 14 % dans les intentions de vote ? " Ça décolle... modestement ", corrige-t-il aussitôt. Mort aux matamores. La constitution de la liste qu'il conduit ? Il ne feint pas d'avoir eu son mot à dire.Histoire de prouver que la politique n'est pas son métier, il a réussi à échouer en 2017 dans une circonscription, la première des Yvelines (à l'ouest de Paris), jugée imperdable pour une raison simple : la droite ne l'avait jamais lâchée depuis les débuts de la Ve République. Quand il pense gagner, il perd. Quand il pense perdre, il gagne : il ne croyait pas que la liste dissidente sur laquelle il figurait en 2008 à Versailles, avec François de Mazières à sa tête, allait conquérir la ville face au candidat et officiellement investi par l'UMP - ça tombe bien, Bellamy a toujours détesté les partis... Ce matin-là, il sort d'un studio de télévision. La chauffeuse de taxi ne le reconnaît pas, on n'en est pas là, mais comme elle dispose de son nom pour la commande de la voiture et qu'elle entend la radio rediffuser des extraits de son intervention, elle comprend qui est assis à l'arrière. Du coup, elle se lance : " C'est quoi, les élections européennes ? " Pour elle, les présidents passent, ses problèmes demeurent. " Google a beaucoup plus changé ma vie que la politique ", relève celle qui se déplace grâce à l'application Google Maps installée sur son téléphone. Elle ne votera pas Bellamy le 26 mai, puisqu'elle ne votera pas du tout. Mais elle est allée l'écouter un lundi lors des Soirées de la philo, dont il est la vedette, dans un théâtre parisien. C'est dire si la politique ne mène pas à grand-chose et la philosophie à tout. C'est dire si l'intérêt est de privilégier la seconde. De là à le présenter comme philosophe, vous n'y pensez pas, ce serait une prétention digne d'un politique, une " usurpation " : il est " prof de philo ". Son histoire avec la vie publique a commencé avec Lacroix. Voilà qui ne s'invente pas pour un catholique comme lui. Christian Lacroix - et c'est là que les choses se gâtent. En octobre 2006, pour la Nuit blanche du château de Versailles, une exposition, à la Chapelle royale, de robes de mariée ssignées du grand couturier suscite une vive polémique. " Artifices et sacrifices, magie noire et mariage blanc ", le programme heurte la conscience des traditionalistes. Certains d'entre eux manifestent, un jeune homme bouscule une employée, qui se blesse légèrement : il s'appelle Bellamy, presque 21 ans à l'époque, et il finit en garde à vue. S'il se sort vite de ce mauvais pas, un membre du cabinet de Renaud Donnedieu de Vabres, ministre de la Culture, n'y est pas pour rien. Ils vont faire connaissance, et Bellamy intégrera l'équipe ministérielle. Bienvenue en politique... Treize ans ont passé. " Ça va être une boucherie. En plus vous êtes jeune, inexpérimenté, inconnu. Non, si vous êtes prudent, n'y allez pas. " Si Nicolas Sarkozy avait fait carrière dans la diplomatie, cela se saurait. Douche froide ? Non, Sarko show. Car Bellamy n'a pas encore eu le temps de réagir que l'ancien président poursuit : " Je n'ai jamais été prudent. Tout est une question de volonté. " Le Versaillais peut se lancer dans la bataille.Il y a peu, tandis qu'il effectuait sa tournée des grands-ducs avant d'être désigné tête de liste, les caciques du parti se moquaient volontiers de ce prétendant. " Il est arrivé en tremblant comme une feuille ", racontait l'ancienne ministre Nadine Morano. Aujourd'hui, ils saluent un homme avec une qualité : " Etre tout ce qu'on ne pensait pas, agile sur la forme, capable de tenir un discours sans notes, apaisant. " Sa prestation au conseil national de LR, le 16 mars, a achevé de convaincre les plus sceptiques. " Il cultive son originalité et il a raison. C'est grâce à elle qu'il a été identifié ", pointe l'ancien ministre Brice Hortefeux. Montrer que la droite peut être sincère, Laurent Wauquiez n'a rien contre, lui dont la linéarité des idées n'est pas souvent présentée comme l'atout n° 1. C'est François-Xavier Bellamy qui le confiait, bien avant d'imaginer l'aventure des européennes - il ne l'avancerait donc plus désormais : en choisissant, depuis son accession à la tête du parti, une ligne anti-intellectuelle, Wauquiez a contribué à alimenter son procès en inauthenticité. Bellamy n'est pas toujours un enfant sage. Il faudrait veiller à ce qu'il ne pousse pas trop loin le bouchon, au risque de voir le président de LR en prendre ombrage - une histoire vieille comme la politique. Son ascension intrigue déjà Emmanuel Macron, jamais avare d'une question à son sujet. François-Xavier Bellamy sait-il qui il est réellement ? Pour lui, que les aventures collectives ont rarement tenté, l'enjeu de la campagne est là : lui permettre de se trouver, l'aider, selon la formule de De Gaulle, à " se mettre d'accord avec ses arrière-pensées ". La politique, jusqu'où ? Ce n'est pas tout, ça, mais il doit filer. Il ne s'agit pas d'être en retard au cours de philosophie qu'il va donner : l'oeuvre d'art chez Heidegger. Par Éric Mandonnet.